No 271 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 17 juin 2026 – 11ème Semaine du Temps Ordinaire

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-6.16-18)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
    « Ce que vous faites pour devenir des justes,
évitez de l’accomplir devant les hommes
pour vous faire remarquer.
Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous
auprès de votre Père qui est aux cieux.
    Ainsi, quand tu fais l’aumône,
ne fais pas sonner la trompette devant toi,
comme les hypocrites qui se donnent en spectacle
dans les synagogues et dans les rues,
pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
    Mais toi, quand tu fais l’aumône,
que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
    afin que ton aumône reste dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

    Et quand vous priez,
ne soyez pas comme les hypocrites :
ils aiment à se tenir debout
dans les synagogues et aux carrefours
pour bien se montrer aux hommes quand ils prient.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
    Mais toi, quand tu pries,
retire-toi dans ta pièce la plus retirée,
ferme la porte,
et prie ton Père qui est présent dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

    Et quand vous jeûnez,
ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites :
ils prennent une mine défaite
pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
    Mais toi, quand tu jeûnes,
parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
    ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes,
mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ;
ton Père qui voit au plus secret
te le rendra. »

Veuillez noter que nous terminerons nos méditations ce dimanche 21 juin et que nous les reprendrons le lundi 7 septembre. Nous vous remercions de nous avoir lu durant toute cette année et nous espérons vous revoir en septembre. Bonnes vacances et que Dieu vous accompagne ! Alice (celle qui prête sa voix aux méditations), Ange-Lydie, Barbara, Colette, Halyna, Lucille, Marie-Emmanuel, Martial, Paolo, Stéfan et Vincent

Méditation – Se retirer dans le plus retiré…

Jésus nous l’assure : « ton Père (…) est présent dans le secret ». De quelle présence Jésus parle-t-il, puisque justement il s’agit d’une présence secrète ? À première vue, la présence se définit comme une réalité physique accessible aux yeux. Dès lors, une présence secrète peut-elle avoir un sens ?

Pour les hommes, la présence est un commerce de reconnaissance : je te reconnais une valeur et en échange, tu me reconnais comme existant. Ainsi, le cercle de la « gloire qui vient des hommes » est bouclé. Le sentiment d’être présent se gagne par l’exposition de notre existence aux regards d’autrui. Il s’agit alors de « se donner en spectacle » aux hommes, de se rendre visible dans l’espace social des échanges. Ces regards pèsent les existences : un tel, c’est du lourd… et tel autre ne compte pas… il est « invisibilisé » par l’indifférence. Il est tentant de transporter en Dieu nos manières de faire très humaines. Mais, nos usages sociaux ont-ils un sens pour Dieu ?

La présence est un mystère, nous le sentons bien. La présence physique laisse trop souvent un goût d’inachevé. Au creux de nos présences, un trou empêche de se rejoindre parfaitement. Même les époux les plus proches sentent bien qu’une séparation tient à distance. Pour s’aimer, nous avons besoin d’un secret d’amour qui abouche les coeurs. Où trouver cette origine jaillissante ? « Les hommes, même les plus proches : époux, parents, enfants ou amis, ne peuvent se trouver et s’atteindre à fond, se rejoindre dans leur racine, dans ce qu’ils ont de plus secretet de plus personnel, qu’à travers Dieu. Car Dieu est notre racine commune. C’est en Dieu que notre vie a son origine et son berceau. C’est dans le cœur de Dieu qu’elle jaillit à chaque instant. C’est en Dieu que nous atteignons notre véritable identité et c’est par là que nous pouvons réellement nous rencontrer les uns les autres, nous aimer en échangeant Dieu, nous aimer en respirant sa présence, nous aimer en nous communiquant les uns aux autres ce bien infini qu’est le Dieu vivant. » (1) La présence secrète de Dieu fonde nos relations humaines dans ce qu’elles ont « de plus secret et de plus personnel ». C’est le paradoxe de la vie spirituelle ! Nos présences corporelles obtiennent leur densité d’une présence invisible et secrète, fondée en Dieu.

Pour rejoindre cette présence de « Celui qui voit dans le secret », Jésus invite à se retirer dans une chambre secrète. Comment trouver ce lieu de l’intériorité où chacun peut faire silence ? Trouver ce lieu, c’est prier. Et, ce lieu secret… n’est-ce pas notre existence dans ce qu’elle a d’unique ? Si, nous nous réduisons à une chose produite en série, nous rabâcherons des formules produites en série. Mais, nous avons reçu le secret d’une existence unique et personnelle à laquelle doit répondre une prière unique et personnelle. La prière est un éloignement de la pré-fabrication ; elle entre dans le vif de la Création : « retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte. » « Chacun a reçu un secret qui ne s’adresse qu’à lui. Il s’ensuit donc qu’il faut que nous ayons une prière personnelle. Si vous n’avez pas une prière personnelle, ce que vous avez de plus unique en vous ne pourra pas s’exprimer du côté de Dieu et cela manquera à votre prière elle-même. » (2)

Où rejoindre notre prière unique si ce n’est dans notre identité la plus secrète ? « Quel sera le caractère de cette prière ? Ce sera de répondre à nos goûts. Votre première vocation, c’est votre existence. Votre première vocation, c’est votre nature, car c’est avec les éléments que vous avez reçus que vous devez construire la cathédrale de vous-mêmes. Les goûts les plus profonds en vous constituent votre première vocation et elle doit se réaliser du côté de Dieu, parce que c’est l’expression la plus personnelle de vous-mêmes. » (2)

La conversation du Ressuscité avec les pèlerins d’Emmaüs montrent que la présence corporelle de Jésus peut ne pas être remarquée. Corps et présence sont dissociés. Aucune reconnaissance ne fait dire : voici le Christ ressuscité ! Que faut-il pour que ces pèlerins deviennent présents à Celui qui cheminent avec eux dans le secret ? Le cheminement d’une interrogation au carrefour des Écritures et la fraction du pain dessillèrent leurs yeux. Et alors, au moment où le Christ se rendit invisible à leurs yeux, c’est-à-dire au moment où le Christ entrait dans la chambre la plus secrète de leur cœur, c’est à ce moment-là que les pèlerins reconnurent la présence divine. Paradoxe de la vie spirituelle ! La présence est vue lorsque le corps visible échappe. Guidés par le corps eucharistique, descendus dans la pièce retirée, les disciples d’Emmaüs vécurent une présence au cœur brûlant qui élance dans la nuit du monde.

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Notes :

(1) Maurice ZUNDEL, Vie, mort, résurrection, éditions Anne Signier, 1995

(2) Maurice ZUNDEL, Revue Présence de Maurice Zundel, La PRIERE : Avec qui prier ? Octobre 2017 – N°100, Article « Prière communautaire et prière personnelle », Saint Maurice, Suisse, Novembre 1953, page 17.



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