No 275 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 21 juin 2026 – 12ème dimanche du Temps Ordinaire
« Ne craignez pas ceux qui tuent le corps » (Mt 10, 26-33)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses Apôtres :
« Ne craignez pas les hommes ;
rien n’est voilé qui ne sera dévoilé,
rien n’est caché qui ne sera connu.
Ce que je vous dis dans les ténèbres,
dites-le en pleine lumière ;
ce que vous entendez au creux de l’oreille,
proclamez-le sur les toits.
Ne craignez pas ceux qui tuent le corps
sans pouvoir tuer l’âme ;
craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne
l’âme aussi bien que le corps.
Deux moineaux ne sont-ils pas vendus pour un sou ?
Or, pas un seul ne tombe à terre
sans que votre Père le veuille.
Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés.
Soyez donc sans crainte :
vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux.
Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes,
moi aussi je me déclarerai pour lui
devant mon Père qui est aux cieux.
Mais celui qui me reniera devant les hommes,
moi aussi je le renierai
devant mon Père qui est aux cieux. »
Veuillez noter que nous terminerons nos méditations ce dimanche 21 juin et que nous les reprendrons le lundi 7 septembre. Nous vous remercions de nous avoir lu durant toute cette année et nous espérons vous revoir en septembre. Bonnes vacances et que Dieu vous accompagne ! Alice (celle qui prête sa voix aux méditations), Ange-Lydie, Barbara, Colette, Halyna, Lucille, Marie-Emmanuel, Martial, Paolo, Stéfan et Vincent
Méditation – Au milieu de nos peurs, Sa Voix nous redit : « Soyez sans crainte! »
Quand la peur se cache !
Dans une émission radiophonique[1] de Radio-Canada, un scientifique, M. Sébastien Bohler, explique les mécanismes du cerveau en regard de la peur. La menace climatique, la perturbation des équilibres géostratégiques mondiaux, l’incertitude en regard de ce que va engendrer l’IA, sont des réalités qui touchent toute la planète et sur lesquelles nous n’avons aucune prise. Notre cerveau n’est pas adapté pour faire face à ces peurs systémiques invisibles et totalement globales. Ces réalités que nous ne pouvons pas fuir engendrent l’anxiété. Face à ces menaces potentielles, l’amygdale du cerveau s’enflamme… c’est grâce à elle qu’on peut survivre en repérant les dangers pour nous en protéger. Ces sources de peur provoquent l’activation du système nerveux sympathique et suscitent 3 comportements possibles : s’immobiliser, attaquer ou fuir.
Il ajoute que la première angoisse de l’homme, c’est la séparation, même plus importante que l’alimentation. Nous avons besoin de sentir que nous appartenons à un groupe : beaucoup de comportements de mimétisme ou de conformisme en témoignent.
Les liens sociaux sont notre protection première : ils génèrent des ocytocines et des endorphines qui viennent calmer l’amygdale. Une société individualiste entraîne une diminution de ces liens. De fausses solutions surgissent alors pour se rassurer : l’hyper consommation qui engendre de la dopamine, les addictions et l’agression des autres. Des expériences en laboratoire ont montré qu’un rat ayant très peur développe des ulcères, perd ses poils et maigrit… il est rongé par sa peur ! Mais si on met un autre rat dans sa cage, il commence à l’agresser et transforme sa peur en violence, et par cette canalisation dans l’agressivité, il guérit. Dans une société angoissée, on aura tendance à développer une agressivité latente et trouver des boucs émissaires sur lesquels des groupes angoissés vont se libérer de leur peur. Cette société angoissée aura tendance à aller vers des autoritarismes et se choisir des leaders autoritaires pour se rassurer. Ces propos apportent une lumière sur les ressorts cachés de notre vie collective.
Quand la peur pousse à vouloir convertir les autres !
« Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en plein lumière. » Il m’est arrivé de constater que cette interpellation est parfois utilisée par certaines personnes pour imposer aux autres leurs propres compréhensions. Il ne manque pas de personnes pour exprimer que ce qu’elles disent vient de Dieu : animés d’un sentiment d’urgence, elles se sentent investies d’une mission en devenant les haut-parleurs de la conversion que les autres ont à vivre. Habitées par une certitude inébranlable quant à ce qu’elles expriment au nom de ce qu’elles entendent en elles, elles deviennent sourdes à toute interpellation. La radicalité de l’expression qu’elles en font, est habitée de peur et de crainte devant les événements que nous vivons, allant jusqu’à annoncer que la fin du monde approche.
Un dévoilement du « dedans » de notre cœur !
Dans l’expérience que les disciples vivent, ce ne sont pas eux qui démonisent les autres. Le Christ n’est jamais entré dans ce regard de jugement à l’emporte-pièce. Il libère des démons en affirmant la dignité des personnes, tout en interpellant ce dont elles sont prisonnières à sortir.
Dans le regard des personnes enclines à vouloir convertir les autres, le regard qui les habite est habité par une peur qui rend fragile à démoniser les autres. Est-ce là l’écho qu’elles n’ont pas fait l’expérience de toucher leur propre blessure et d’être accueillies jusque dans leur aveu ?
Je me permets une image en m’inspirant de la sonorisation de nos églises où l’enjeu est de bien entendre « au-dedans » du lieu.
Lorsqu’on ajuste un système de son de qualité pour une église, on fait passer dans les caisses de son, via l’amplificateur, un bruit « rose ». C’est un son où toutes les fréquences sont présentes avec la même intensité. Le résultat audible est un son semblable au bruit d’un poste radio mal syntonisé. À l’intérieur de l’église, le technicien analyse le son ambiant en mesurant avec un appareil de précision, le son modifié par l’église qui en est la caisse de son. C’est alors qu’il constate que certaines fréquences sont augmentées et d’autres diminuées… Avec un ordinateur relié à l’égaliseur couplé au système de son, il ajuste les fréquences de manière très précise, jusqu’au moment où le son entendu dans l’église correspond au son envoyé dans le système. Le résultat permet une reproduction fidèle du son émis. Sans cet ajustement, l’édifice devient lui-même la cause de la distorsion, allant jusqu’à porter atteinte gravement à l’intelligibilité du son. Ajoutons aussi que la sonorisation dans un bâtiment de béton est plus compliquée à cause de la réverbération provoquée par les surfaces dures.
Peut-être que l’armure posée sur nos blessures, pour nous protéger de la souffrance qui y est présente, est l’une des causes de notre difficulté à entrer dans cette confiance que le Christ nous invite à vivre. L’injonction de la peur qui résonne en nous, parle du « bâti » de notre histoire, qui a besoin d’être mis à la lumière afin de mieux accueillir ce « Soyez sans crainte » que le Christ prononce pour nous au plus intime de notre être.
C’est au plus risqué de la vie des disciples, là même où la peur est normale parce que les persécutions vont jusqu’à porter atteinte à leur vie, que Jésus vient déposer cette Parole plus forte que toutes les tempêtes… même leurs cheveux sont comptés.
Nous ne sommes pas à l’abri des persécutions… ni celles qui viennent de l’extérieur à travers notre vie en société, ni celles qui nous sont intérieures par les peurs inscrites dans notre histoire.
La peur elle-même n’est pas à condamner… au contraire… Le Ressuscité la dévoile pour nous accompagner alors même que nous pouvons rester à la merci des difficultés rencontrées. Il nous invite à prendre appui sur Lui qui est vainqueur du mal et de la mort. Il nous fait ainsi entrer dans l’audace du témoignage et le courage de l’amour et du pardon.
Car c’est vrai, la foi dérange et bouscule !
Les disciples font l’expérience des persécutions à cause de leur foi. Aujourd’hui encore, il y a plus de 300 millions de chrétiens qui sont persécutés à travers le monde. Nous faisons aussi l’expérience d’une animosité en regard des personnes qui sont croyantes. Même les pouvoirs publics mettent de l’avant des règles qui portent préjudice au droit fondamental de la liberté religieuse. Des soutiens financiers sont retirés à partir du moment où l’organisme s’affiche comme lié à la foi. Parfois même au sein de nos familles, la réalité de notre foi peut être perçue comme dépassée ou comme nous enlevant de la crédibilité. Nous percevons parfois que la moindre évocation religieuse suscite une levée de barricades pour lesquelles nous ne parvenons pas à trouver une explication dans la relation que nous vivons avec les personnes.
Cette animosité est en partie liée aux blessures engendrées par des membres de l’Église : le dévoilement de ces situations est douloureux et nécessaire. Du fond de nos ténèbres, le Christ nous invite à entrer dans le dévoilement de ce qui est caché, de ce qui est au-dedans. C’est d’autant plus difficile qu’il y a, en nous, un système de défense qui veut nous protéger du contact avec notre blessure, nous rendant ainsi aveugle à ce qui nous agit à notre insu.
Au plus creux de nos profondeurs, jusque-là où nos peurs retiennent notre témoignage et notre fécondité, le Ressuscité, y descendant Lui-même avec nous, continue de nous dire : « Soyez sans crainte! » !
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Point de repère, Décrypter la mécanique secrète de nos angoisses, Sébastien Bohler. Émission du 16 juin 2026 https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/points-de-repere/segments/rattrapage/2404843/entrevue-avec-sebastien-bohler-pour-son-nouveau-livre-pourquoi-avons-nous-peur
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