No 268 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 14 juin 2026 – 11ème dimanche du Temps Ordinaire
« Jésus appela ses douze disciples et les envoya en mission » (Mt 9, 36 – 10, 8)
En ce temps-là,
voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles
parce qu’elles étaient désemparées et abattues
comme des brebis sans berger.
Il dit alors à ses disciples :
« La moisson est abondante,
mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson
d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
Alors Jésus appela ses douze disciples
et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs
et de guérir toute maladie et toute infirmité.
Voici les noms des douze Apôtres :
le premier, Simon, nommé Pierre ;
André son frère ;
Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère ;
Philippe et Barthélemy ;
Thomas et Matthieu le publicain ;
Jacques, fils d’Alphée, et Thaddée ;
Simon le Zélote
et Judas l’Iscariote, celui-là même qui le livra.
Ces douze, Jésus les envoya en mission
avec les instructions suivantes :
« Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes
et n’entrez dans aucune ville des Samaritains.
Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.
Sur votre route,
proclamez que le royaume des Cieux est tout proche.
Guérissez les malades, ressuscitez les morts,
purifiez les lépreux, expulsez les démons.
Vous avez reçu gratuitement :
donnez gratuitement. »
Veuillez noter que nous terminerons nos méditations ce dimanche 21 juin et que nous les reprendrons le lundi 7 septembre. Nous vous remercions de nous avoir lu durant toute cette année et nous espérons vous revoir en septembre. Bonnes vacances et que Dieu vous accompagne ! Alice (celle qui prête sa voix aux méditations), Ange-Lydie, Barbara, Colette, Halyna, Lucille, Marie-Emmanuel, Martial, Paolo, Stéfan et Vincent
Méditation – Ce Regard, je ne l’oublierai jamais !
La recherche du sens de notre vie nous a fait prendre tant de détours ! Nous sommes comme les arbres… lorsqu’ils poussent croches, c’est parce qu’ils cherchent la lumière. C’est à cette recherche de lumière que répond le Christ à travers sa Parole comme à travers sa manière d’être. Dans cet Évangile, le Regard du Christ se pose sur les foules qui sont sous ses yeux… comme Il s’est posé sur les disciples antérieurement et sur les foules d’aujourd’hui. C’est ce Regard de Jésus sur les disciples qui les a éveillés à mettre leurs pas dans les siens. Et voilà que ce Regard va les envoyer vers les autres… non plus comme à la remorque des pieds du Maître, mais dans l’élan de cette confiance qu’Il met en eux, jusqu’à leur confier une Mission qu’ils vivront à distance de Jésus, dans cet Amour où Il les conduit à « sortir du nid » pour voler sur les ailes de son Regard sur eux.
L’initiative de Jésus va à l’encontre des pratiques habituelles. Au temps de Jésus, ce sont les personnes qui choisissent le maître qu’ils veulent suivre et non le maître qui les choisit. L’expérience que les disciples ont faite est précisément inverse… c’est Jésus qui leur a demandé de Le suivre. Initiative de Dieu qui précède toutes nos démarches, qui jette à terre la méritocratie où notre rendement et nos bonnes œuvres sont premiers et où nos moindres faiblesses jettent à terre le château de cartes de nos présumées solidités.
Ce Regard de Jésus continue de façonner les disciples en les faisant entrer dans le Regard qu’Il porte sur les autres. Comme ce Regard est large et bienfaisant ! Il n’est pas un regard de jugement, mais bien un Regard qui, dans sa Tendresse, perçoit et nomme la souffrance cachée… Jésus sait se faire proche pour saisir, accueillir et compatir… Il comprend ce que nos yeux aveuglés de jugement ne peuvent voir, alors même qu’ils sont à distance, à cause de leur propre regard sur les foules et de leurs préjugés à travers lesquels ils se protègent de l’interpellation de la rencontre de l’autre, différent d’eux. Du profond de sa compassion, Jésus embrasse de son Regard ces brebis qui sont désemparées et abattues, comme des brebis sans berger, à la merci des bêtes sauvages. C’est l’absence d’un berger qui est la cause de l’état où elles se trouvent. Perdre le Nord, ne plus saisir le sens de sa vie, se laisser contaminer par ce qui dévore notre vie, intoxiqués même à notre insu… il y a de quoi être en péril !
Les disciples eux-mêmes en savent quelque chose… C’est Jésus qui les a appelés et leur a révélé le précieux de leur vie : en Lui, ils ont trouvé le berger en qui s’exprime leur confiance et se déploie leur chemin. Ils sont conscients aussi de ce qu’était leur vie avant de rencontrer Jésus. Chacun a fait l’expérience de cette manière unique à travers laquelle le Regard du Christ les a saisis, alors même qu’ils étaient perdus, peut-être même sans le savoir.
À travers cet Appel qu’Il fait aux disciples, Jésus donne un tout nouveau sens à leur propre vie… Il leur révèle qu’ils portent un Don pour les autres. Ils ne sont pas envoyés n’importe où… Ils sont envoyés vers des personnes qui sont aux prises avec des difficultés pour lesquelles Dieu seul peut agir et les sauver. À proprement parler, les disciples sont envoyés là où l’initiative humaine est impuissante et sans recours, là où elle ne peut plus rien faire, au cœur d’impasses insolubles à vue humaine. Ils sont donc placés par Jésus dans l’inconfort de se sentir eux-mêmes démunis devant ce qui dépasse leur capacité propre tout en étant envoyés pour manifester la Force de l’Agir de Dieu qui vient, à travers eux, au cœur des fractures de ce monde, cimetières de nos espoirs fragiles.
Par l’invitation à prier pour que le Père envoie des ouvriers à sa moisson, Il nous rappelle qu’être berger n’est pas une mission que l’on se donne mais le fruit d’une réponse à un Appel qui nous précède et nous envoie.
Cette invitation à nous recevoir du Père nous inscrit dans cette Gratuité qui nous dépossède de notre prétention à vouloir mettre la main mise sur cette Mission en cédant à la tentation de vouloir convertir les autres. D’ailleurs, le Christ précise bien qu’il s’agît d’ouvriers pour sa moisson.
Dans la hantise que nous pouvons avoir devant ce monde en déroute, notre vocation n’est pas de devenir des « spécialistes en extermination » en répandant du « Round Up » sur les personnes ! … mais bien plutôt d’être des ouvriers de sa moisson. Il ne s’agit pas non plus de nous approprier la responsabilité de la moisson… Il s’agit de sa moisson. C’est au Maître qu’il revient de moissonner. Et le bon grain est plus en sécurité entre ses mains qu’entre les nôtres où la moindre ivraie nous fait « jeter le bébé avec l’eau du bain » en refusant l’œuvre du temps, bénéfique à la croissance du meilleur.
Il faut bien reconnaître qu’en regardant ce monde avec ses difficultés, notre regard peut facilement prêter flanc au jugement et à la condamnation des personnes ou des situations. Ce regard désespéré sur le monde d’aujourd’hui nous rend fragiles à invalider les autres, même dans ce qui est de l’ordre de l’Esprit en eux.
Cet envoi se fait sur la Parole du Christ et porte la marque d’une proximité définie… comme pour éviter un éparpillement qui nuirait à la mission, comme pour éviter que nous ne nous sentions pas concernés d’abord par les plus proches de nous. Ce sont les rives qui bordent la rivière et la canalisent qui assurent la force du courant.
Cet envoi n’est pas banal… il les envoie là où ils n’auraient jamais choisi d’aller : vers les personnes pour lesquelles Dieu seul peut ouvrir une issue : guérir les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Ils deviennent ainsi les passeurs de l’Agir de Dieu… même si la réalité de leurs faiblesses est aussi manifestée par la présence de Judas au cœur des appelés et qu’ils ne sont pas les initiateurs de cet envoi. Les disciples eux-mêmes ne se seraient jamais donné cette Mission.
Le dynamisme de cet envoi pour annoncer que le royaume des cieux est tout proche s’enracine dans l’expérience que les disciples ont fait d’avoir reçu gratuitement, pour ensuite donnez eux aussi.
Le Christ révélera l’ampleur du Don qui leur sera fait à travers la réalité de sa souffrance et de sa mort sur la croix. En acceptant d’en être passage, leur vie prend sens et devient vivante de Lui. Cet appel les inscrit au cœur même de ce que Jésus a accepté de vivre Lui-même. Le sens de leur vie personnelle est intimement lié à leur être-Don pour les autres. La destination communautaire est profondément inscrite dans l’Appel et l’envoi qui leur révèle le sens de leur propre vie.
Dans ce que nous avons reçu gratuitement se cache ce Regard du Christ, cet Amour qui nous choisit, Sa Confiance qui nous envoie en Mission, et cette rencontre de l’autre comme chemin de Son Souffle qui nous libère et nous sauve.
Ce Regard de Jésus, je ne l’oublierai jamais ![1]
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Tiré d’un chant de Noël Colombier dont voici le lien : https://youtu.be/nCGiVe4PQqE?si=WxrjP_czo-MXA1Cw
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