No 240 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 17 mai 2026 – Ascension
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28, 16-20)
En ce temps-là,
les onze disciples s’en allèrent en Galilée,
à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent,
mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles :
« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples :
baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
apprenez-leur à observer
tout ce que je vous ai commandé.
Et moi, je suis avec vous
tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Méditation – Disparaître à tes yeux pour que tu apparaisses !
Contrairement à la Judée, centrée sur Jérusalem et plus repliée sur elle-même, la Galilée[1] est une zone de passage, traversée par de grandes routes commerciales reliant l’Égypte à la Mésopotamie. Elle est marquée par le métissage de sa population, ce qui la rendait plus suspecte aux yeux des autorités religieuses de Jérusalem. C’est au cœur de cette diversité que Jésus, à travers les femmes qui reviennent du tombeau, donne rendez-vous aux disciples. Le lieu où les disciples sont convoqués et le moment du départ de Jésus ne sont pas choisis par les disciples : ils relèvent de l’initiative du Christ.
Ce groupe des onze porte la marque du manque à travers la réalité qu’ils ne sont plus douze… C’est une Église boiteuse et estropiée qui est appelée à cette montagne… marquée par des passages où elle a fait l’expérience de ses faiblesses, de ses manques et de ses trahisons. Cette faiblesse marque aussi les disciples alors qu’en se prosternant, un doute persiste chez certains.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Jésus n’est pas peureux ! Il confie sa Mission si précieuse à ces fragiles bien-aimés. Dans la surprise que même leurs faiblesses ne les disqualifient pas aux yeux de Jésus, c’est sur sa Parole qu’ils seront envoyés. Jésus n’attend pas que nous nous sentions prêts ou que nous ayons fait nos preuves avant de nous envoyer en mission. Cet envoi et cette mission sont les catalyseurs de l’émergence de notre identité et de la réalisation de son Œuvre de salut.
Son départ est nécessaire pour que nous recevions le Don de l’Esprit… À travers ce Don, nous sommes nous-mêmes transformés au cœur de cet envoi vers les autres. Jésus nous place en Don de Dieu pour les autres.
Quelle est la direction de cet envoi en mission ? La rencontre de l’autre. En témoignant de l’Amour du Ressuscité, une communion nouvelle tisse la communauté et donne corps à l’Église. Rien du repliement sur soi, rien de la recherche identitaire, rien de la peur de l’autre.
Ils iront à toute rencontre[2], sur sa Parole, dépouillés de leur auto-suffisance par cette Mission qu’ils n’auraient jamais pu se donner : témoigner du Ressuscité qui les a sauvés.
Dans ce départ de l’Ascension, sa Présence physique disparaît pour nous faire entrer dans une migration : de la présence physique de Jésus à l’accueil du Don de l’Esprit, d’une sécurité extérieure à un Souffle intérieur. C’est dans cette fragilité existentielle, nouvelle pour les disciples, que le Christ remettra entre nos mains ceux et celles que son Amour vient sauver. En disparaissant à nos yeux, il veut que nous puissions apparaître.
Les Actes des Apôtres relateront l’enjeu de la rencontre[3]… Ainsi nous sommes envoyés au cœur du monde à la manière de Philippe qui va à la rencontre de l’eunuque, dont la vie fut rendue stérile. L’Esprit envoie Philippe sur une route déserte, dont la fécondité reste improbable. Alors qu’il se met en marche, un Éthiopien, fonctionnaire de la reine de Candace, revient de Jérusalem où il s’était rendu pour adorer. Assis sur son char, il était en train de lire le livre d’Isaïe. L’Esprit dit à Philippe : « Approche et rejoins ce char ». Et Philippe se met à courir. En s’approchant, il entend que l’homme lit le prophète Isaïe. Il lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? ». L’Éthiopien lui répond : « Comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? ». Il invita donc Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui. Au carrefour de la question et de l’Écriture, Philippe lui annoncera la Bonne Nouvelle de Jésus. Comme ils poursuivaient leur route, ils arrivèrent à un point d’eau et l’eunuque dit : « Voici de l’eau : qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » Il fit arrêter le char, ils descendirent dans l’eau tous les deux, et Philippe baptisa l’eunuque. Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur emporta Philippe; l’eunuque ne le voyait plus, mais il poursuivait sa route, tout joyeux. »
Comme Philippe, courir pour rejoindre l’autre, avec cette écoute et cette bienveillance qui suscite que l’autre nous invite à monter dans son char, à entrer dans ce qui l’habite… Dans l’écoute de sa quête et de sa recherche de sens, découvrir la connivence de la personne avec le Mystère de Dieu. Au berceau des mots de l’autre, être suffisamment libre de soi pour se laisser enseigner le Chemin que Dieu prend pour rejoindre l’autre, reconnaître le Souffle qui nous a devancés pour y susciter le grand désir et… plonger au profond du baptême demandé ! Plonger ensemble dans ces eaux à travers lesquelles la Parole du Christ nous donne de renaître… Et se retrouver tous les deux ruisselant d’eau, renouvelés dans notre foi. À travers la Mission confiée, Il continue de nous rencontrer, de nous interpeller, de nous sauver ! Jusqu’à disparaître aux yeux des personnes vers qui ll nous envoie… jusqu’à entrer nous-mêmes dans le mystère de l’Ascension pour que l’autre puisse apparaître.
La rencontre : chemin d’un baptême réciproque dans l’inusité de la créativité du Souffle !
L’Ascension du Christ veut nous déprendre de nos peurs et de la disqualification de notre vie. Il disparaît pour que nous apparaissions et que puisse surgir, en allant vers les autres, une communion à travers laquelle se tisse le vêtement sans couture du Christ Ressuscité.
Si l’Ascension est révélation de notre être et de notre mission, elle est aussi révélation du Christ.
Souvent, il m’a été donné, auprès de personnes en fin de vie, d’entendre que le plus difficile pour elles, étaient de quitter ceux et celles qu’elles aiment… C’est là où le Christ se trouve dans ce moment où Il nous quitte.
Il y a une souffrance vécue par le Christ au cœur de l’Ascension alors qu’Il s’apprête à quitter celles et ceux qu’Il aime. Hans Urs von Balthasar parle même de l’Ascension de Jésus non plus seulement comme d’un triomphe, mais aussi comme une forme ultime de dépouillement.
Pour Balthasar, le Christ a vécu 3 passions.[4]
La première liée à la Croix où Il accepte de descendre dans notre souffrance et notre mort physique.
La deuxième où Il accepte de descendre aux enfers : en se faisant solidaire de tous les captifs de la mort, prisonniers du règne de l’absence, son Amour descend au cœur de cette obscurité totale en acceptant d’entrer dans cette passivité absolue où la mort nous contraint.
La troisième est celle de l’Ascension comme renoncement ultime en acceptant de ne plus être présent de manière tangible parmi les siens. En mourant à la visibilité et à la présence directe avec les siens, Il s’efface pour laisser place à l’Esprit Saint et à la liberté de l’Église. Il se retire pour que l’autre puisse agir : Il disparaît pour permettre à l’autre de devenir ce qu’il est. Pour les disciples, cette absence physique induira le passage du « voir » au « croire ». À travers le retrait de sa présence, le Don de l’Esprit sera fait à tous. Ce départ douloureux mais nécessaire à travers le sacrifice de la proximité pour une communion plus profonde inaugurera le temps de l’Esprit. Ce déchirement est nécessaire pour que l’Esprit Saint puisse être donné : le retrait de sa présence visible ouvre le chemin de sa présence sacramentelle et ecclésiale.
L’annonce de l’Évangile n’est pas d’abord affaire de connaissances ou de dogmes… en le rétrécissant à des mots, si beaux soient-ils, nous enfermons le Souffle dans une rigidité où Il ne souffle plus… Et au nom de nos faibles mots, nous voulons coloniser les autres. Les autres nous sont donnés justement pour qu’à travers la rencontre, nous puissions casser la coquille des mots dans lesquels nous avons enfermé le Mystère… Au plus intime de chaque personne, il y a une pierre d’attente précieuse qui attend d’être visitée… C’est là, dans l’écoute où elle se sent reconnue, qu’elle commence à entendre le battement d’un cœur dans le sien. La joie est sans mesure quand nous sommes saisis par la Mission qu’Il nous confie et que nous réalisons que le manque que nous portons ne nous a pas disqualifiés… mais qu’il est devenu passage de sa Grâce pour d’autres.
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Ces renseignements ont été fournis par l’intelligence artificielle
[2] Devise informelle de Saint-François de Laval
[3] D’après Actes des Apôtres 8, 26-40
[4] N’ayant pas les volumes de Hans Urs von Balthasar, cette recherche sur les 3 passions s’est faite à partir de l’intelligence artificielle et elle s’appuie sur les Volume IV (Le Dénouement) et V (Le Dernier Acte) de la « La Dramatique Divine »
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