No 238 – série 2025-2026
Évangile du vendredi 15 mai 2026 – 6ème semaine du Temps Pascal
« Votre joie, personne ne vous l’enlèvera » (Jn 16, 20-23a)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Amen, amen, je vous le dis :
vous allez pleurer et vous lamenter,
tandis que le monde se réjouira ;
vous serez dans la peine,
mais votre peine se changera en joie.
La femme qui enfante est dans la peine
parce que son heure est arrivée.
Mais, quand l’enfant est né,
elle ne se souvient plus de sa souffrance,
tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde.
Vous aussi, maintenant, vous êtes dans la peine,
mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ;
et votre joie, personne ne vous l’enlèvera.
En ce jour-là, vous ne me poserez plus de questions. »
Méditation – Une joie promise
Dans le discours d’adieu qui précède la Cène, alors que la Passion est à présent toute proche, Jésus ne cherche pas à minimiser la réalité de la souffrance à venir. Au contraire, il ouvre à ses disciples un chemin de résilience spirituelle face à l’adversité imminente.
Sa propre angoisse, légitime et humaine, ne le replie pas sur lui-même ; elle le transforme en un canal de réconfort et d’espérance pour ceux qu’il aime. Il refuse la facilité d’encouragements vides qui nieraient la dureté du temps présent. Réaliste, il sait que l’avenir sera semé de difficultés, mais il révèle une perspective transformatrice : ce départ nécessaire, bien que douloureux, est le vecteur d’une présence nouvelle et universelle. Jésus ne cède pas à la facilité des encouragements factices. Il nomme la réalité : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez ». Il ne s’agit pas d’anesthésier la douleur de l’autre par des promesses lointaines, mais de valider son vécu présent. L’espérance chrétienne n’est pas un optimisme de tempérament, mais une certitude qui traverse le tragique. Comme le Christ, nous pouvons nous aussi regarder l’épreuve en face, sans la minimiser, car c’est seulement en l’habitant qu’elle peut être transformée.
Le Christ ressuscité, ayant traversé la mort physique et toutes nos « morts » symboliques (échecs, pertes, ruptures), nous montre que la résurrection n’est pas une exception, mais la loi de la vie spirituelle. Ancrés dans la foi en sa résurrection, nous disposons d’une énergie nouvelle pour affronter ces transitions. L’Évangile ne condamne ni la peur ni les larmes ; il les intègre comme des étapes inévitables du cheminement. La promesse centrale, « votre peine se changera en joie », ne s’applique pas par une magie qui effacerait la douleur, mais par une transformation profonde au cœur même de l’épreuve. Et cette transformation ne peut se réaliser sans ce « pas de côté » qu’est le départ de Jésus. Il l’annonce comme une promesse d’un avènement d’une relation nouvelle. Se sentir indispensable peut être pour chacun de nous une tentation subtile. Pourtant, le Christ nous montre que la maturité spirituelle de l’autre exige parfois ce détachement pour nous permettre, à nous comme à l’autre, de nous ancrer directement dans le Père. La certitude de la résurrection nous permet de traverser l’abandon sans être détruit, transformant chaque crise en une porte ouverte vers une communion plus intense avec le divin. La douleur reste réelle, mais elle n’est plus le mot de la fin ; elle devient le creuset d’une joie indestructible.
Cette joie promise n’est pas un simple bonheur éphémère, mais une vie en abondance, une plénitude spirituelle qui se construit sur les ruines de l’ancien soi. Le savoir, et y consentir dans la foi, permet de rester debout dans l’incertitude du « samedi saint », avec la confiance que la vie en abondance est déjà en germe. C’est passer d’une relation de besoin à une relation de liberté où, finalement, l’autre n’a plus besoin de nous interroger (v. 23a), car il a trouvé sa propre source en Dieu.
Soeur Marie-Emmanuel Raffenel – raffenel@gmail.com
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