No 177 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 15 mars 2026 – 4ème Dimanche de Carême

« Il s’en alla et se lava ; quand il revint, il voyait » (Jn 9, 1-41)

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance.

Ses disciples l’interrogèrent :

« Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? »

Jésus répondit :

« Ni lui, ni ses parents n’ont péché.
Mais c’était pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.

Cela dit, il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ;
puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit :

« Va te laver à la piscine de Siloé »

– ce nom se traduit : Envoyé.
L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait.

Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors :

« N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? »

Les uns disaient : « C’est lui. »
Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. »

Mais lui disait : « C’est bien moi. »

On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle.

Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux.

À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir.
Il leur répondit :

« Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. »   

Parmi les pharisiens, certains disaient :

« Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. »

D’autres disaient :

« Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? »

Ainsi donc ils étaient divisés.   

Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle :

« Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? »

Il dit :    « C’est un prophète. »

Ils lui dirent alors : « Comment a-t-il fait pour t’ouvrir les yeux ? »

Il leur répondit :            

« Je vous l’ai déjà dit, et vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous m’entendre encore une fois ?
Serait-ce que vous voulez, vous aussi, devenir ses disciples ? »

Ils se mirent à l’injurier :

« C’est toi qui es son disciple ; nous, c’est de Moïse que nous sommes les disciples.
Nous savons que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d’où il est. »

L’homme leur répondit :

« Voilà bien ce qui est étonnant !
Vous ne savez pas d’où il est, et pourtant il m’a ouvert les yeux.

Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. »

Ils répliquèrent :

« Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? »

Et ils le jetèrent dehors.

Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? »

Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? »

Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. »

Il dit : « Je crois, Seigneur ! »

Et il se prosterna devant lui.    

Jésus dit alors :

« Je suis venu en ce monde pour rendre un jugement :
que ceux qui ne voient pas puissent voir,
et que ceux qui voient deviennent aveugles. »

Parmi les pharisiens, ceux qui étaient avec lui entendirent ces paroles et lui dirent :

« Serions-nous aveugles, nous aussi ? »

Jésus leur répondit :

« Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ;
mais du moment que vous dites : ‘Nous voyons !’, votre péché demeure. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Dans l’angle mort des savoirs qui nous rendent aveugles, Sa Parole épouse notre chair !

Au sortir du Temple, croisant un aveugle de naissance, les disciples demandent qui a péché pour que l’aveugle se retrouve ainsi : lui ou ses parents ? Cette question dévoile bien notre propension à associer les réalités difficiles de nos vies avec notre culpabilité. N’avons-nous pas déjà entendu : « Qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour qu’une telle tuile me tombe sur la tête ? »… laissant ainsi entendre que le mal est envoyé par Dieu en punition de nos fautes. L’aveugle ne demande pas d’être guéri : est-ce l’écho de l’adhésion qu’il donne lui-même à la conviction que sa situation est la conséquence du péché ? Sans même qu’il sache en quoi il en est responsable, il ne semble pas manifester ni désir d’en sortir, ni même entrevoir la possibilité que sa situation puisse changer. La lecture qu’en font les disciples est éloquente : pour eux, la réalité de la naissance de cet homme aveugle ne peut s’expliquer que par le péché de ses parents, ou les propres péchés de l’aveugle… ce qui est quand même peu probable puisqu’étant aveugle de naissance, sa cécité ne peut s’expliquer par le fait d’avoir personnellement péché.

Il nous est tentant de donner une toute-puissance au mal qui nous a marqués. Nous nous vivons alors comme prisonnier d’une histoire que nous aimerions autre, pour laquelle nous ne pouvons rien changer.

Dénonçant cette fausse lecture, Jésus exprime que le mal est justement ce que Dieu ne cautionne pas et Il nous interpelle à travailler aux Œuvres du Père pour que surgisse sa Lumière dans nos ténèbres. Par cette guérison, Jésus manifeste l’engagement de Dieu pour nous sauver du mal.

Sans que l’aveugle demande quoi que ce soit, lui qui ne sait même pas ce que cela veut dire de voir, Jésus prend l’initiative d’appliquer de la boue sur ses yeux, une boue faite de terre et de salive… La vérité germera de la terre… La salive du Christ, intimement liée à Sa Parole, vient rejoindre l’intime du « terreux » de notre vie, afin de nous faire entrer dans un « voir » nouveau, en nous frottant les yeux par ce mélange rugueux qui prend forme à travers cette boue. La chair et l’Esprit se rencontrent… Le Verbe s’est fait chair pour que notre chair devienne le Verbe éloquent de son Œuvre. Il nous fait ainsi entrer dans un « voir » où la densité de l’Amour de Dieu se révèle au cœur de toute notre histoire, telle qu’elle est. C’est un « voir » qui lit notre vie, y décelant le « fil rouge » où Dieu prononce notre nom.

Alors qu’il est toujours non voyant, Jésus envoie l’aveugle à la piscine de Siloé. Par la foi, nous avons nous aussi choisi d’avancer au cœur de passages exigeants alors même que nous étions encore dans la cécité en regard de la grandeur de son Amour. Le « serré » de ces passages a eu le mérite de nous dessiller les yeux progressivement, et de nous conduire à renaître… Comme le serpent a besoin de ces roches serrées qui agrippent la vieille peau pour qu’apparaisse la neuve. Nos yeux, inondés d’obscurité, étaient aveugles sur l’Amour de Dieu et sur nous-mêmes… et comme cet aveugle de naissance, nous ne savions pas ce que pouvait vouloir dire « voir ».

En contraste avec ce « voir » nouveau dont il fait l’expérience, et malgré la confirmation de sa guérison qu’il en donne lui-même à maintes reprises, l’aveugle guéri fait l’expérience de la « cécité » des personnes qui l’entourent. Les pharisiens sont aveugles parce qu’ils ne savent pas d’où vient Jésus et parce qu’il n’observe pas le repos du sabbat… Seul l’aveugle reconnaîtra en Jésus le Fils de l’homme, même si la même Grâce s’offrait aux pharisiens.

La guérison a un effet de division et de démarcation entre ceux dont les yeux de la foi sont ouverts à l’agir inusité de Dieu et ceux qui sont aveugles parce qu’ils demeurent prisonniers de leurs propres connaissances et convictions absolutisées.

Dans cette friction de la Parole de Dieu avec le « terreux » de nos vies, accueillir cette « boue » comme le cataplasme posé sur nos yeux pour nous conduire à ce « voir » dans lequel le Christ veut nous faire entrer, jusqu’à découvrir sa Présence à l’intime de notre être.

Dans l’angle mort des savoirs qui nous rendent aveugles, sans savoir d’où Il vient, son Amour embrasse notre vie pour nous ouvrir à sa Lumière, Parole inscrite au plus intime de notre histoire.

Seigneur, viens Toi-même dessiller nos yeux sur ton Amour qui nous sauve, là même où nous sommes aveuglés par l’absolu que nous donnons à nos savoirs.

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com



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