No 173 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 11 mars 2026 – 3ème Semaine de Carême
« Celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand » (Mt 5, 17-19)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis :
Avant que le ciel et la terre disparaissent,
pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi
jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera
un seul de ces plus petits commandements,
et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,
sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.
Mais celui qui les observera et les enseignera,
celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Ne restons pas ce que nous sommes
« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » Une chenille broute un brin d’herbe. Avec beaucoup d’imagination, que pourrait-elle dire de son accomplissement ? Peut-être se dira-t-elle : « Si je broute beaucoup de feuilles tendres, quand je serai grande, je serai un haricot vert ! » La chenille n’imagine pas la gloire du papillon ! Entre la chenille et le papillon, Dieu a posé un mur impénétrable à l’imagination. La chrysalide est appelée à vivre une inconcevable métamorphose. Elle remet son existence à Dieu.
Cet élan que Dieu imprime à la Création, le Christ le reçoit et le pousse à son accomplissement. Toujours et encore, en dépit des apparences, une Parole divine soutient notre monde dans la lumière : « Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. » (Gn 1,3). Cette lumière porte un Nom. Elle S’adresse à nous avec le visage du Christ : « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; la lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » (Jn 1,4-5)
Toute la Création célèbre l’éclat de la Vie divine. Sur terre, les plantes tournent leurs feuilles vers le soleil. Le lézard se chauffe sur la pierre caressée par l’été. La chenille, qui suit son cycle de vie, voit tout son corps se liquéfier à l’intérieur de la chrysalide avant de se réveiller dans la splendeur aérienne du papillon. Tout ce qui désire se tend vers la lumière céleste. Tout ce qui vit aspire au Dieu lumineux qui irradie le créé. Ce chemin vers Dieu que la multitude des êtres vivants emprunte par l’instinct, c’est par la liberté que l’homme doit le parcourir. Dans l’intime du cœur, l’être humain est invité à consentir à la Vie divine pour rejoindre son ultime achèvement. Le salut est posé devant nous comme un choix qui sollicite notre engagement : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. » (Si 15, 15-20)
Il y a bien longtemps le poète grec Pindare invitait ses contemporains à entrer dans la marche de l’être : « Deviens qui tu es, quand tu l’auras appris » (1). Pindare sentait bien que ce que nous sommes, nous avons à le devenir dans une transformation. Mais, ce que nous sommes, pouvons-nous l’apprendre ? Notre être profond se formule-t-il dans un savoir ? Qui formulera l’idée dont nous devrions assurer la réalisation ? Comment savoir ce que nous sommes pour l’accomplir ? Si je définis moi-même ce que je suis, ne suis-je pas en train de réduire ce que je suis à ma petite idée ? Et… qui me donnera l’énergie de l’achèvement ?
L’extérieur se propose et s’empresse de définir ce que je suis… Souvent, le développement personnel conduit à s’adapter aux exigences sociales ou à se conformer à ce que le monde du travail attend de nous…
Mais, se comprendre comme un être biologique secoué par des réflexes, n’est-ce pas se nier ? Se définir comme un être sociologique traversé par les idéologies qui font le tapage d’un moment, n’est-ce pas se renier ? L’homme reste une énigme pour lui-même. Je suis une interrogation qui ne trouve pas le premier mot de son explication, ni le dernier mot de son achèvement : « Il n’y a pas d’achèvement naturel de l’homme. L’homme réel demeure en lui-même inachevé, et cela de la manière la plus douloureuse. » (2)
Néanmoins, nous ne sommes pas livrés à l’absurde, puisque notre être profond réside en Dieu qui « nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde » (Eph 1,4). « L’Esprit sonde tout » (1 Co 2,10). Seul le Christ nous connaît, nous aime et porte notre être à son achèvement : « L’homme tout simplement n’est pas entièrement compréhensible en lui-même ; il ne le devient que par l’existence du Fils de Dieu mourant et ressuscitant. La fin ultime de l’homme se situe au-delà de l’homme : en Dieu. Le Fils de Dieu incarné est unique en son genre et insurpassable : il est la norme de tout homme et de toute l’humanité » (2)
Notre existence se fonde sur une Parole divine qui nous soutient dans l’être. Mon accomplissement dans le Christ éclaire la Parole intérieure que je suis. Car, « l’homme, en lui-même, est déjà un langage de Dieu, un discours qui révèle Dieu et qui est doué du pouvoir de répondre. » (3) Mais, l’homme capable de Dieu ne peut répondre à Dieu qu’avec les mots appris de la bouche de Dieu Lui-même : nous avons besoin du Christ pour répondre à cette lumière céleste qui nous fait vivre ! Dans le Christ, l’accomplissement apporte une imprévisible nouveauté. L’accomplissement n’est pas « la simple réalisation de ce qui était écrit » (4), ni le déroulement d’un programme déjà établi. « En réalité, dans le mystère du Christ crucifié et ressuscité, l’accomplissement s’effectue d’une manière imprévisible. Il comporte un dépassement. Jésus ne se limite pas à jouer un rôle déjà fixé — le rôle de Messie — mais il confère aux notions de Messie et de salut une plénitude qu’on ne pouvait pas imaginer à l’avance ; il les remplit d’une réalité nouvelle ; on peut même parler, à ce sujet, d’une « nouvelle création ». » (4)
Nous, qui avons entendu retentir en nous cette Parole : « Je suis la lumière du monde », avançons « marqués du signe de la vraie lumière. C’est le moment de renaître : naissons d’en haut. C’est le moment d’être remodelés : (….) ne restons pas ce que nous sommes (…) » (5)
Seigneur Jésus, viens Toi-même accomplir ma vie !
Que par grâce, je devienne enfin qui je suis, sous le regard du Père aimant qui me crée.
Cette version dégradée de toi-même, j’ai besoin de Ton aide pour la dépasser.
Souffle de Dieu, Toi qui fais « toutes choses nouvelles » (Ap. 21,5), entraîne-moi dans la métamorphose du Christ, crucifié et ressuscité, pour que s’accomplisse mon être profond !
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
Notes :
(1) Pindare (518-438 av.J-C), Pythique, II, vers 72.
(2) Von Balthasar, De l’intégration. Aspects d’une théologie de l’Histoire, (p.95-96).
(3) Von Balthasar, De l’intégration. Aspects d’une théologie de l’Histoire, (p.250).
(4) Commission biblique pontificale, Le Peuple juif et ses Saintes Écritures dans le Bible chrétienne, 2001, § 21.
(5) Saint Grégoire de Nazianze, Discours 39, « Sur les Lumières ».
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