No 6 – série 2026-2027
Évangile du samedi 12 septembre 2026 – 23ème Semaine du Temps Ordinaire
« Pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !” et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Lc 6, 43-49)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Un bon arbre ne donne pas de fruit pourri ;
jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit.
Chaque arbre, en effet, se reconnaît à son fruit :
on ne cueille pas des figues sur des épines ;
on ne vendange pas non plus du raisin sur des ronces.
L’homme bon tire le bien
du trésor de son cœur qui est bon ;
et l’homme mauvais tire le mal
de son cœur qui est mauvais :
car ce que dit la bouche,
c’est ce qui déborde du cœur.
Et pourquoi m’appelez-vous en disant : “Seigneur ! Seigneur !”
et ne faites-vous pas ce que je dis ?
Quiconque vient à moi,
écoute mes paroles et les met en pratique,
je vais vous montrer à qui il ressemble.
Il ressemble à celui qui construit une maison.
Il a creusé très profond
et il a posé les fondations sur le roc.
Quand est venue l’inondation,
le torrent s’est précipité sur cette maison,
mais il n’a pas pu l’ébranler
parce qu’elle était bien construite.
Mais celui qui a écouté
et n’a pas mis en pratique
ressemble à celui qui a construit sa maison
à même le sol, sans fondations.
Le torrent s’est précipité sur elle,
et aussitôt elle s’est effondrée ;
la destruction de cette maison a été complète. »
Méditation – Sommes-nous des êtres de sable ou de roc ?
Sommes-nous des êtres de sable ou de roc ? C’est assurément une question troublante à se poser, car elle nous appelle à nous demander si notre vie est en Dieu ou dans les choses friables du monde.
L’évangile d’aujourd’hui nous explique qu’une personne de sable construit son être « à même le sol, sans fondations ». Elle ne s’intéresse qu’aux choses de la terre et y investit tout son temps, son intelligence, son affectivité, son énergie… Elle devient, ainsi, aussi dispersée que ce qu’elle cherche à posséder, et son intérieur aussi pauvre qu’une accumulation de grains de sable. Un tel état exige beaucoup de travail, car il lui faut en accumuler beaucoup pour se donner une forme de consistance intérieure, sans compter que le sable fuit par toutes les failles causées par l’existence. Pire encore, ce sable prend la couleur du mal ou y perd toute densité, car tout cet avoir n’a plus de référence à Dieu et se vit sous le seul régime de la possession. « Mauvaise, elle tire le mal de son cœur qui est mauvais ».
Que peut-elle, de fait, tirer de ce qui ne peut la définir, de simples avoirs ? Quel chemin peut-elle prendre ou discerner, quand ses pas s’égrènent derrière elle, ne laissant aucune mémoire de sa vie ? Comment peut-elle trouver le chemin de la Vie quand elle ne sait pas entendre la Parole qui se dit en elle et en tout et en tous ? Ce n’est pas sans surprise que les malaises inondants du monde la submergent constamment, et qu’ils ne demeurent pour elle pour survivre que les succédanés pharmaceutiques, les addictions multiples ou la fuite dans les distractions.
La personne de roc, quant à elle, se tourne vers Celui qui lui donne la Vie, Dieu, pour simplement l’accueillir. Plus elle y travaille et plus elle s’ouvre à l’Esprit de Dieu, plus ce dernier lui donne de découvrir la Parole qui fonde son être même et la constitue dans son identité filiale unique. En fait, l’Esprit lui donne de « creuser très profond » dans le mystère de Dieu, dans le mystère de son être reçu de Dieu. C’est ainsi qu’elle « tire le bien du trésor de son cœur qui est bon », car c’est le Bien même qui se donne à elle. Elle ne peut donner alors que de bons fruits et n’a jamais crainte que cette source infinie de Vie lui fasse défaut. Elle vit sans crainte de perdre, car tout lui est donné en une Vie éternelle qui ne s’arrête jamais. Elle trouve plutôt joie à tout perdre pour ce Dieu d’Amour et pour ses frères et sœurs en humanité.
Bien sûr, elle est soumise, elle aussi, aux malaises du monde, mais rien ne l’inonde, car, en elle, ont été bâties les frontières de son identité filiale, faisant d’elle une personne dans le monde, mais non pas du monde. Elle aime ce monde et tout ce que Dieu a fait, mais son intérêt demeure toujours en Dieu. Elle apprend, au jour le jour, à mieux contempler sa Présence et à s’y appuyer, car elle sait que Dieu seul suffit.
Mais qu’arrive-t-il quand une personne de sable et une personne de roc se rencontrent ? La personne de sable en demeurera probablement à chercher en l’autre ce qu’elle pourrait obtenir. S’il lui reste un coin de roc, peut-être sera-t-elle dans l’envie de ce qu’elle perçoit ? Et s’il y a un peu plus de roc ou que le vent chasse le sable et qu’elle est mise à nu, osera-t-elle alors se laisser creuser pour y découvrir le trésor qu’elle porte ! De son côté, la personne de roc verra en l’autre comment le sable lui sort par la peau, mais elle saura voir en elle le roc qui s’y trouve depuis toujours. Elle laissera à Dieu qu’Il vienne la rejoindre, afin que le Dieu créateur et rédempteur lui bâtisse une demeure au ciel, en Lui.
Probablement, nous sommes plus des personnes de sable-roc ou de roc-sable, mais ne désespérons jamais de voir notre être et notre vie, un jour, entièrement fondés sur le roc divin. C’est étrangement beaucoup plus facile de vivre ainsi, car nous laissons la construction de notre être, son entretien, ses améliorations, etc., dans les mains d’un Autre.
En ce jour de la mémoire du saint Nom de Marie, elle, femme de roc, nous apprenne la voie de nous laisser faire par la Parole ! Que Dieu nous accompagne !
Stéfan Thériault – stheriault@lepelerin.org
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