No 257 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 3 juin 2026 – 9ème Semaine du Temps Ordinaire
« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Mc 12, 18-27)
En ce temps-là,
des sadducéens
– ceux qui affirment qu’il n’y a pas de résurrection –
vinrent trouver Jésus.
Ils l’interrogeaient :
« Maître, Moïse nous a prescrit :
Si un homme a un frère qui meurt
en laissant une femme, mais aucun enfant,
il doit épouser la veuve
pour susciter une descendance à son frère.
Il y avait sept frères ;
le premier se maria,
et mourut sans laisser de descendance.
Le deuxième épousa la veuve,
et mourut sans laisser de descendance.
Le troisième pareillement.
Et aucun des sept ne laissa de descendance.
Et en dernier, après eux tous, la femme mourut aussi.
À la résurrection, quand ils ressusciteront,
duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse,
puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur dit :
« N’êtes-vous pas en train de vous égarer,
en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu ?
Lorsqu’on ressuscite d’entre les morts,
on ne prend ni femme ni mari,
mais on est comme les anges dans les cieux.
Et sur le fait que les morts ressuscitent,
n’avez-vous pas lu dans le livre de Moïse,
au récit du buisson ardent,
comment Dieu lui a dit :
Moi, je suis le Dieu d’Abraham,
le Dieu d’Isaac,
le Dieu de Jacob ?
Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants.
Vous vous égarez complètement. »
Veuillez noter que nous terminerons nos méditations ce dimanche 21 juin et que nous les reprendrons le lundi 7 septembre. Nous vous remercions de nous avoir lu durant toute cette année et nous espérons vous revoir en septembre. Bonnes vacances et que Dieu vous accompagne ! Alice (celle qui prête sa voix aux méditations), Ange-Lydie, Barbara, Colette, Halyna, Marie-Emmanuel, Martial, Paolo, Stéfan et Vincent
Méditation – Un amour, un ange et un chien
La semaine dernière, la liturgie nous invitait à méditer l’incompréhension des fils de Zébédée devant l’annonce des souffrances du Messie. Aujourd’hui, c’est l’incompréhension des Sadducéens devant la résurrection des morts qui retient notre attention. La croix et la résurrection suscitent deux incompréhensions symétriques.
Les Sadducéens, « ceux qui affirment qu’il n’y a pas de résurrection », inventent une histoire qui met en scène le malheur d’une femme, sept fois veuve, comme modèle d’une vie accablée par la mort. « À la résurrection, quand ils ressusciteront, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? » L’anecdote présentée à Jésus par les Sadducéens rappelle le Livre de Tobie qui raconte l’histoire de Sara, jeune fille mariée sept fois, et dont le démon Asmodée fit mourir tour à tour chacun de ses sept maris lors de la nuit de noces (Tb 3,8).
Sept fois veuve… que la vie peut être violente ! L’amour s’écrase sept fois contre le mur de la mort… Dans cette anecdote, les Sadducéens se saisissent des éclats tranchants d’une vie brisée pour poser des limites à la fécondité et à la puissance de Dieu. Il est vrai qu’au regard de la corruption des tombeaux, la résurrection des morts est une proposition insensée. « Dieu est mort » (1) disait Nietzsche ou, ce qui revient au même, « la Mort est Dieu » (2).
Pourtant, le Livre de Tobie ouvre une espérance. En effet, Tobie, accompagné par l’archange Raphaël, voyage jusqu’à la ville où habite Sara. Sur les conseils de l’ange, Tobie épouse Sara. Puis, le jeune homme —affrontant par amour le risque de la mort— suit les conseils de Raphaël qui parviennent à faire fuir le démon (Tb 8,3). Sara délivrée, Tobie vivant, le jeune couple se réjouit ! Le nom porté par l’ange Raphael signifie « Dieu guérit » : c’est le signe de l’intervention thérapeutique de Dieu dans le monde.
Jésus reprend les Sadducéens qui forgent des arguments comme autant de barreaux pour mettre en cage la fécondité et la puissance de Dieu : « N’êtes-vous pas en train de vous égarer, en méconnaissant les Écritures et la puissance de Dieu ? » Pour les Sadducéens, la mort est le seul avenir. En Jésus, l’irruption de Dieu brise le cercle mortel : « Ô mort, où est ta victoire ? » (1 Co 15,55). Le Christ invente par la croix et la résurrection une autre manière de vivre : c’est le Royaume de Dieu. Malgré les annonces explicites de Jésus, la résurrection des morts excède notre capacité et ne peut être qu’un événement incompris. Pourtant, par la foi, la démesure de Dieu s’introduit dans notre monde comme une réalité sur laquelle nous pouvons faire fond. « La résurrection d’entre les morts (c’est-à-dire l’assomption de toute l’existence, corporelle et spirituelle, individuelle et sociale, avec toute sa temporalité éphémère, dans la vie éternelle) reste une idée démesurée… Mais avec la résurrection du Christ, cette idée devient réelle, elle est rendue présente (c’est le sens des rencontres qui ont suivi Pâques) comme une réalité qui peut constituer désormais l’avenir réel de la vie humaine et de l’histoire du monde » (3)
Les Sadducéens, qui inventent une anecdote pour piéger Jésus, s’égarent en faisant de la résurrection un tour de magie, alors que la résurrection est le sceau d’une vie divine qui authentifie les Paroles de vérité de Jésus et Son invincible amour vécu pendant la Passion. La résurrection de Jésus est une révélation de la puissance du Père. Mais, encore faut-il relier la puissance du Père à la fécondité de Son amour. À une époque où la puissance nazie recouvrait l’Europe, Simone Weil imaginait une hypothèse irréelle pour mieux souligner le lien entre résurrection et amour divin : « Hitler pourrait mourir et ressusciter cinquante fois que je ne le regarderais pas comme le Fils de Dieu. » (4) La résurrection est la victoire d’une puissance de l’Amour. « Sans doute la résurrection des morts sera une résurrection corporelle, mais, puisque ceux qui auront été jugés dignes d’elle ne mourront plus, le mariage et la génération d’enfants non plus n’auront encore de significations — ce qui ne veut nullement dire que l’on ne pourra plus distinguer entre homme et femme —, les glorifiés en Dieu auront une tout autre fécondité. Car la fécondité appartient à l’image de Dieu dans l’homme, pourtant cette fécondité n’aura plus rien à faire avec la mortalité, mais au contraire avec la vie qui a part avec la fécondité vivante de Dieu. » (5)
La résurrection des morts… l’historiette de Sara et Tobie… tout cela ressemble à un conte ! Comment y croire ? La puissance et la fécondité de Dieu s’introduisent dans nos vies par un art de croire. Pour croire, il faut un amour, un ange et un chien. Comme le dit le Livre de Tobie : « Le garçon partit, et l’ange avec lui ; le chien partit aussi avec lui et il les accompagnait. Ils firent donc route ensemble. » (Tb 6,1) La puissance de la fécondité de Dieu ne s’expérimente pas en dehors d’un AMOUR. Le lien entre Tobie et Sara forme la terre ferme d’un amour où marcher avec Dieu. Comment être guidé sur ce sol ? Un CHIEN, la truffe à terre, renifle les bonnes odeurs de la vie. Le chien fidèle, c’est la foi, c’est la confiance qui discerne les chemins de Dieu. Au-dessus du chemin, il faut un espace où lever les yeux : l’espérance dresse une verticale qui ouvre le ciel. L’ANGE, c’est cette espérance surnaturelle qui éclaire l’horizon de mort qui bouchait la vie de Tobie. Avec un amour, la confiance et l’espérance, nous sommes équipés pour faire une place à la puissance et à la fécondité de Dieu dans notre cœur.
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
Notes :
- Nietzsche, Gai savoir, § 125 « L’insensé ».
- Le philosophe Rémi Brague montre l’équivalence de ces deux formules.
- Hans Urs von Balthasar, Points de repère, (p.230).
(4) Simone Weil, Lettre à un religieux, (écrit en 1942), Œuvre Complète, tome V 1, (p.182). Première publication en 1951.
(5) Hans Urs von Balthasar, Lumière de la Parole, Commentaires des lectures dominicales, Année C, (p.141-142).
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