No 208 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 15 avril 2026 – 2ème Semaine du Temps Pascal
« Dieu a envoyé son Fils dans le monde, pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-21)
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème :
« Dieu a tellement aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique,
afin que quiconque croit en lui ne se perde pas,
mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
non pas pour juger le monde,
mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ;
celui qui ne croit pas est déjà jugé,
du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le Jugement, le voici :
la lumière est venue dans le monde,
et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière,
parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Celui qui fait le mal déteste la lumière :
il ne vient pas à la lumière,
de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ;
mais celui qui fait la vérité vient à la lumière,
pour qu’il soit manifeste
que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »
Méditation – Faire la vérité
Comment Dieu voit-il le monde ? Du point de vue de Dieu, se déploie une logique de l’amour qui fait sens et fonde le monde. Ce n’est pas un sentimentalisme vague, mais une véritable logique qui soutient une vérité de l’amour. Trois mots concentrent ce regard : amour, don et vie.
Amour. Pour des hommes enfermés dans l’obscurité, c’est-à-dire pour nous, exister, c’est lutter. Dès l’école, chacun apprend à se battre pour la première place, à lutter pour avoir de bonnes notes et à protéger son goûter contre les plus grands. Lorsque Dieu entre dans le monde, Il n’adopte pas notre perspective blessée. Mais, Dieu aime avec enthousiasme : « Dieu a tellement aimé le monde. » Dieu ne se place jamais au-dessus de l’homme. Comme cela est étrange pour nos yeux humains ! Dieu ne se met pas en surplomb du monde pour le condamner. D’une manière bouleversante, Dieu aime le monde avec intensité. C’est en aimant le monde que Dieu montre qui Il est vraiment.
Don. L’homme n’aime qu’à partir de soi et selon ses intérêts propres… Si Dieu aimait le monde comme nous aimons, c’est-à-dire si médiocrement, Dieu aimerait le monde en séducteur ou en amateur qui déguste. Mais, du côté de Dieu, l’amour se manifeste par un don. Lorsque Dieu aime, Il s’engage : « Il a donné son Fils unique ». Le Dieu qui —au sein de la Trinité— aime en se donnant… fait le choix de dépendre du monde ! Le monde que le Créateur fait exister en dehors de Lui n’est pas, du point de vue de Dieu, une réalité vue de loin avec détachement. Mais, le monde devient le jardin de Dieu, son domaine précieux, sa vigne cultivée avec efforts.
Vie. Ce don amoureux a un but qui est le projet de Dieu. Dieu veut-Il qu’on lui rende hommage comme à un enfant égocentrique ? Dieu habite-t-Il dans les volutes d’encens ? Dieu se donne dans le but « que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. » L’amour se fait partage pour féconder notre vie. Dieu prend souci de notre vie.
Amour, don vie : ces trois mots bouleversent nos manières humaines de penser et de vivre. Nul ne médite ces vérités sans être bouleversé.
Deux points éclairent le propos.
Premier point. Comment répondrons-nous à cet amour qui se donne ? Dieu peut-Il nous sauver contre notre choix ? Entrer de force dans un amour, c’est le détruire. Un chameau ne force pas le chas d’une aiguille sans l’anéantir.
Deuxième point. L’amour, par sa nature même, tisse une relation et se pose face à une personne. L’amour se fait mendiant d’amour et se manifeste comme une interpellation. Or, l’interpellation d’un amour n’est pas une chose devant laquelle on passe comme un touriste pressé. Courir loin de cet amour pour vaquer à nos occupations, c’est renoncer à cet amour.
Le mot clé de la réponse est ici le verbe « croire ». Un verbe est ce qu’un sujet doit mettre en action. Il ne s’agit pas de penser Dieu, de parler à propos de Dieu, mais de croire, d’adhérer, de reprendre à son compte la perspective d’amour, de don et de vie initiée par Dieu. Cet amour, ce don, cette vie… nous ne pouvons la produire par nous-mêmes. Nous ne pouvons que les recevoir humblement, à genoux, dans la foi. Croire, c’est s’unir. Dès lors, « celui qui croit en lui échappe au Jugement. »
Refuser de croire, c’est prétendre se nourrir de ses propres lumières. Refuser d’entrer dans la dépendance d’un Autre divin, c’est mettre la main sur l’amour, bétonner sa source intérieure pour se faire maître de son origine. Il ne s’agit pas de savoir à quelle église on cotise… la question plonge à des profondeurs plus vertigineuses que celle d’une appartenance à tel groupe.
Le texte de l’évangile introduit un mot pour montrer l’immensité du don et de l’enjeu : le mot « lumière » apparaît. La lumière crée un milieu de vie, suscite tout un monde où il est possible d’évoluer, de vivre et de marcher. Il y a, dans ce monde obscur, une lumière. Cette lumière qui illumine, qui réchauffe et donne vie peut être refusée. Nier la lumière, n’est-ce pas éteindre l’amour et la vie ? C’est l’insondable mystère du mal qui préfère la nuit et la protège contre le jour ! Dès lors, le jugement ne vient pas d’une lubie de Dieu. Le jugement n’est pas le caprice d’un Dieu susceptible : « le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière ».
Cette lumière venue d’ailleurs… éclaire notre vie la plus ordinaire. La vérité n’est pas une chose à penser, à dire, mais à faire : « celui qui fait la vérité vient à la lumière. » Jésus, lumière du monde, aide la Samaritaine à faire la vérité sur sa vie. Avec quelle joie, elle accueille cet éclat divin : « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait. Ne serait-il pas le Christ ? » (Jn 4,29).
Comment faire la vérité ? Une lumière ne s’ouvre-t-elle pas dans le sourire d’une personne visitée en hôpital ? Une joie de grandir n’illumine-t-elle pas un enfant en difficulté auquel un amour patient apprend à lire ?
À fleur de quotidien, la lumière de Dieu nous place en état d’adoration : « Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent, c’est en esprit et vérité qu’ils doivent l’adorer. » (Jn 4,24).
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
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