No 11 – série 2026-2027

Évangile du jeudi 17 septembre 2026 – 24ème Semaine du Temps Ordinaire

« Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour » (Lc 7, 36-50)

En ce temps-là,
  un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui.
Jésus entra chez lui
et prit place à table.
  Survint une femme de la ville, une pécheresse.
Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien,
elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum.
  Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds,
et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus.
Elle les essuyait avec ses cheveux,
les couvrait de baisers
et répandait sur eux le parfum.

  En voyant cela,
le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même :
« Si cet homme était prophète,
il saurait qui est cette femme qui le touche,
et ce qu’elle est : une pécheresse. »
  Jésus, prenant la parole, lui dit :
« Simon, j’ai quelque chose à te dire.
– Parle, Maître. »
  Jésus reprit :
« Un créancier avait deux débiteurs ;
le premier lui devait cinq cents pièces d’argent,
l’autre cinquante.
  Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser,
il en fit grâce à tous deux.
Lequel des deux l’aimera davantage ? »
  Simon répondit :
« Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce
de la plus grande dette.
– Tu as raison », lui dit Jésus.
  Il se tourna vers la femme et dit à Simon :
« Tu vois cette femme ?
Je suis entré dans ta maison,
et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ;
elle, elle les a mouillés de ses larmes
et essuyés avec ses cheveux.
  Tu ne m’as pas embrassé ;
elle, depuis qu’elle est entrée,
n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.
  Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ;
elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.
  Voilà pourquoi je te le dis :
ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés,
puisqu’elle a montré beaucoup d’amour.
Mais celui à qui on pardonne peu
montre peu d’amour. »
  Il dit alors à la femme :
« Tes péchés sont pardonnés. »
  Les convives se mirent à dire en eux-mêmes :
« Qui est cet homme,
qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »
  Jésus dit alors à la femme :
« Ta foi t’a sauvée.
Va en paix ! »

Méditation – La quête

Nous sommes sous le grand portail d’une église qui comme un vaste vaisseau s’enfonce dans la nuit. Dans une couverture, une femme s’est enveloppée dans la courbure que creuse le porche. Elle ajuste son dos à l’arrondi de la muraille. Des piécettes brillent autour d’un sac, résultat d’une quête étalée sur le trottoir. 

Le sommeil :

« Chut ! Elle vient de s’endormir… ne faites pas de bruit ! La journée a été dure ! Ce vent… qui descend du nord à travers les plaines… Tout le jour, ce vent… a enveloppé de son immensité ce corps transi. De loin, elle est venue se prosterner au parvis d’une immensité encore plus immense. Regardez comme elle grelotte, cette fille de Dieu, au seuil de Sa demeure. »

La lune, cet autre soleil réservé à la nuit, tire un long rayon jaune qui comme un fil de lumière relie cette femme étendue au ciel illuminé.

Le sommeil :

« Après la lutte d’une journée, chaque âme ressent comme un besoin de retomber dans la torpeur initiale d’Adam, lorsque Dieu tira de son sommeil une femme avec un visage d’amour. Sur tout le pays, les yeux s’appesantissent… Et, à mon signal, les paupières se ferment sur le monde et ses activités. La bouche baille comme pour appeler un secours. Chacun a besoin de rentrer chez soi et de plonger son âme dans la miséricorde d’un Dieu qui lave et régénère. »

Autour de cette femme (comme un parfum qui se répand là où personne ne l’attend), une ombre se dresse. C’est un songe, autorisé par le sommeil, qui vient et prend sa part de parole.

Le songe :

« Une fois que la conscience s’est relâchée… « Surveillance » et « Performance » redeviennent des petites filles jouant au pied de leur Père. Je peux enfin apparaître, moi, le songe qui parfume la nuit ! J’apporte à la terre l’enchantement d’un mystère. Les cinq cents pièces d’argent qui tournent les têtes… Pschitt… c’est fini ! Elles fondent comme des pièces en chocolat devant l’ardeur de l’amour ! « Urgence » et « Importance » rentrent sous terre telles des lapins fatigués. Alors, moi, le songe, je parfume l’âme avec cette lumière qui vient directement du ciel nocturne et je vois, mieux que tous, les choses divines dans leur vérité. »

La femme se retourne, dans son sommeil, le visage mouillé de larmes.

Le songe reprend la parole :              

« Elle cherche encore le chemin pour me rejoindre… Ce que nous appelons utile, convenance et habitude tournent encore autour d’elle en faisant croire à leur importance. »

Le songe se penche sur la femme :

« Ah ! Enfin, je vois qu’elle est endormie. Voici que les critiques et les malédictions qui enserrent son âme comme une gale commencent à se dégonfler ! Ouf ! Regardez ces paroles hautaines qui hérissaient, au seuil de cette âme créée par Dieu, le soupçon et la malveillance… Regardez ces paroles méchantes… comme elles se dégonflent maintenant à la lumière de ce fil d’or qui tombe des étoiles ! Ah… Elles ne font plus les malignes ces phrases méchantes qui tordaient le cou à l’unique Parole éternelle soutenant dans l’être cette fille de Dieu ! La Parole venue sur terre pour établir chaque âme dans son royaume de dignité, c’est Elle que je sers, moi, le songe qui visite les pauvres. »

Réveillé par l’odeur d’une tacite louange, un ange se frotte le nez. Du haut du tympan, l’ange de la miséricorde sort de sa niche. Amoureusement, il regarde cette femme : 

« Passants pressés ! sur ce trottoir, vous ne voyez là… qu’une femme comme une bouteille de vin répandue. Mais, dans son désastre, palpite un amour qui, comme une exquise senteur échappée d’un flacon d’albâtre, monte vers Dieu ! »

L’ange déplie ses ailes engourdies dont il époussète, du revers de la main, les fientes de pigeons. Puis, il vole vers la femme endormie :

« Quelle vie brisée ! Des éclats de vie traînent partout dans son âme en désordre. Cette chère âme déchirée, comme elle aime… « même trop, même mal » (1). Même son péché cherche, en pleurant dans la nuit, une lueur où se réchauffer. À travers les coups reçus et rendus, c’est bien cette étoile qu’elle est depuis sa création qu’elle cherche à chaparder. Pourquoi voler à la dérobée quand le propriétaire du trésor offre à larges brassées l’or de Sa grâce ? Cette pauvre âme a bien fait de venir ici se déposer endormie au seuil de l’Amour. »

Le songe :

« L’Amour seul voit ce qu’il y a d’amour dans une âme couverte de plaies. »  

L’ange conduit la femme au pied de l’autel d’où une douce voix retentit en songe :

« Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. »

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Note : 
(1) Jacques BREL, L’Homme de la Mancha, 1968, « La quête ».



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