No 261 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 7 juin 2026 – Le Saint Sacrement du corps et du sang du Christ

« Ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson » (Jn 6, 51-58)

    En ce temps-là,
Jésus disait aux foules des Juifs :
    « Moi, je suis le pain vivant,
qui est descendu du ciel :
si quelqu’un mange de ce pain,
il vivra éternellement.
Le pain que je donnerai, c’est ma chair,
donnée pour la vie du monde. »
    Les Juifs se querellaient entre eux :
« Comment celui-là
peut-il nous donner sa chair à manger ? »
    Jésus leur dit alors :
« Amen, amen, je vous le dis :
si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme,
et si vous ne buvez pas son sang,
vous n’avez pas la vie en vous.
    Celui qui mange ma chair et boit mon sang
a la vie éternelle ;
et moi, je le ressusciterai au dernier jour.
    En effet, ma chair est la vraie nourriture,
et mon sang est la vraie boisson.
    Celui qui mange ma chair et boit mon sang
demeure en moi,
et moi, je demeure en lui.
    De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé,
et que moi je vis par le Père,
de même celui qui me mange,
lui aussi vivra par moi.
    Tel est le pain qui est descendu du ciel :
il n’est pas comme celui que les pères ont mangé.
Eux, ils sont morts ;
celui qui mange ce pain
vivra éternellement. »

Veuillez noter que nous terminerons nos méditations ce dimanche 21 juin et que nous les reprendrons le lundi 7 septembre. Nous vous remercions de nous avoir lu durant toute cette année et nous espérons vous revoir en septembre. Bonnes vacances et que Dieu vous accompagne ! Alice (celle qui prête sa voix aux méditations), Ange-Lydie, Barbara, Colette, Halyna, Lucille, Marie-Emmanuel, Martial, Paolo, Stéfan et Vincent

Méditation – Quand l’Amour descend dans notre pain !

Alors que nous voulons parfois fuir le réel si limité, et à d’autres jours, nous y enfouir, nous faisons aussi l’expérience que l’amour habite la crèche de nos gestes les plus humbles, saisissant parfois avec surprise, dans la chaude mémoire des rencontres, que l’éternité a fait son chemin dans l’éphémère et le passager.

Comment Jésus pouvait-il exprimer la pérennité de son Amour qui embrassait l’Humanité de tous les temps alors même qu’Il approchait de sa mort ? Manger sa chair ? Boire son sang ? Sa Parole nous heurte de plein fouet, nous provoquant à quitter la saisie d’une compréhension rationnelle pour que nous plongions dans le Mystère de son Être.

À travers ces signes tangibles que sont le pain et le vin, le Christ vient écrire son Amour en notre Histoire et en notre vie..

Comment Jésus transmettra-t-il son Amour même au-delà de la mort qui Le fera disparaître ?

C’est à cette question qu’une maman était confrontée en regard de son amour pour sa fille…

Elle avait reçu le verdict d’un cancer foudroyant… Elle savait qu’elle allait bientôt mourir et que le temps était compté… À l’occasion d’un moment où elle était seule, elle avait demandé à sa fille de 11 ans de venir la rejoindre dans sa chambre, en lui demandant de s’assoir sur son lit. La jeune fille ne savait pas trop pourquoi sa maman l’appelait… Elle s’assoit à côté de sa mère qui, doucement, prend la parole.

« Tu sais que je suis malade… je suis allée à l’hôpital plusieurs fois pour des traitements… Tu sais que j’ai le cancer et que ma situation de santé se dégrade… Tu vois bien aussi que je suis de plus en plus faible… Je sais… que je vais bientôt mourir… »

Les seules paroles de la jeune fille étaient ses larmes sur son visage… Sa maman lui tenait la main et continuait de poser ses yeux sur elle… Après un léger temps de silence, elle continua…

« Tu sais combien gros je t’aime… et je t’aimerai toujours. Je sais que bientôt tu ne me verras plus… Mais je voudrais que toujours, peu importe où tu sois et ce que tu vivras, tu puisses te rappeler que mon amour t’accompagnera toujours… toujours... »

Et la maman de détacher une petite chaîne avec une croix, qu’elle portait toujours sur elle, à son cou…

« Tu vois cette chaîne et cette petite croix, c’est ma mère qui me l’a donnée il y a longtemps. Aujourd’hui, je te la donne et je voudrais qu’à chaque jour, elle puisse te rappeler que mon amour t’accompagnera toujours. »

La maman remit la chaîne au cou de sa fille et l’embrassa… Enlacées, leurs larmes perlaient sur leurs visages…

Lors des funérailles, la jeune fille tenait la petite croix que sa mère lui avait offerte. Personne n’avait vraiment remarqué cette petite croix… d’ailleurs un bijoutier n’aurait pas accordé un grand intérêt à un bijou d’à peine 14 carats… Sa valeur monétaire était insignifiante. De plus, sa petitesse n’attirait pas les regards… Seule la jeune fille voyait vraiment ce que représentait cette petite croix à son cou : l’amour de sa maman que même la mort ne pouvait faire disparaître. Elle seule décodait ce que cet humble signe portait d’éternité de l’essentiel.

Manger sa chair et boire son sang… Si les signes sont déroutants, c’est qu’ils mettent devant nos yeux la Croix du Christ. Ces signes témoignent de la souffrance et de la mort dans laquelle Jésus entrera. Manger sa chair et boire son sang, c’est prendre au sérieux le Don que Jésus a fait de sa Vie en nous nourrissant de l’Amour qui est le secret de l’offrande de la Vie du Christ pour nous. Il s’agit de nous nourrir de son Amour. Il ne s’agit pas de demeurer dans la réalité matérielle où nous serions des « cannibales » ou comme si nous n’étions que dans un « mime » de ce qui s’est vécu lors de la dernière Cène. La mort du Christ est l’expression de cet Amour sans mesure qui se donne pour nous et qu’Il nous demande de nous en nourrir.

Le pain et le vin, déjà chargés de la Pâque à travers laquelle Dieu avait donné aux Hébreux de traverser la Mer Rouge pour les libérer, sont devenus éloquents à la fois de l’offrande de sa Vie et à la fois de ses mains qui accueillent notre vie telle qu’elle est. Ce pain et ce vin conjuguent notre présence à Celle du Ressuscité qui nous accompagne sur nos routes pour nous donner de demeurer en Lui et de vivre déjà éternellement, dans ce présent où Lui-même continue d’offrir sa Vie pour nous.

Ce pain et ce vin ont l’humilité de ce qui nous ressemble et expriment l’effacement dans lequel le Christ accepte d’entrer en venant à notre rencontre. Ils ont la capacité de nous permettre d’exprimer ce que nous sommes et ce que nous vivons. À travers l’offrande de nous-mêmes, ils deviennent l’espace de sa Présence réelle et nous inscrivent dans une Mission vers les autres. Ne reniant rien de nous-mêmes, Il saisit ce que nous sommes pour y déposer ce qu’Il est.

Bien sûr, ces signes demeurent fragiles… Nous pouvons chosifier cette Présence et entrer dans une logique de « consommation », ou entrer dans une mentalité magique qui associe aux gestes une efficacité automatique, sans même que nous soyons engagés par notre intériorité dans la rencontre que le Christ veut vivre avec nous. Nous pouvons si facilement nous donner bonne conscience à travers un ritualisme sans âme.

Cependant, burinés par les souffrances de la vie, nous sommes aussi conduits à l’approfondissement de notre faim et de notre désir… Comme le sculpteur fait émerger de la matière brute l’œuvre dont il porte l’intuition sans pourtant en connaître les contours, nos faims appellent un dégrossissement où nous mettons initialement notre espérance dans les calories vides de tant d’idoles séduisantes, de bonheurs « bonbons » ou de bonheurs « calmants »… mais la faim profonde demeure. Elle continue de nous interpeller… Sentir cette faim est déjà une grâce. Sur ce chemin, nous découvrons que dans le Désir du Christ, nos besoins peuvent s’exprimer… Nous Le découvrons aussi avec sa Soif et son Besoin : Il suscite en nous le désir d’aimer à sa suite. Le Christ fait de notre quotidien et de notre vie son Chemin.

La Présence du Christ ne se rétrécit pas à la seule hostie consacrée. Au creux de nos morts et de nos souffrances, de nos amours et de ce qui nous émerveille, Il continue d’offrir sa Vie par amour pour nous. Derrière le visible et la matérialité de nos vies, s’immisce son Amour qui nous accompagne pour nous faire passer de l’extériorité à l’intériorité, de l’agitation des eaux de surface… au calme où nous attend sa Présence. Le Secret de Sa Présence Réelle habite notre vie : accueillir Celui dont l’Amour nous est éternellement présent nous fait entrer dans cette vie éternelle que Jésus désire pour nous.

L’Eucharistie n’est pas le moyen pour rendre Dieu présent à nous ! Il y est toujours. Elle est le moyen de nous rendre présent à Celui qui nous est éternellement présent à chaque instant. Il déploie le Don de sa Vie en nous aimant jusqu’au bout pour nous donner d’entrer dans la Vie nouvelle qu’Il désire pour nous : Il communie à nous bien avant que nous puissions communier à Lui et à nos frères et sœurs !

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com



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