No 14 – série 2026-2027
Évangile du dimanche 20 septembre 2026 – 25ème dimanche du Temps Ordinaire
« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? » (Mt 20, 1-16)
En ce temps-là,
Jésus disait cette parabole à ses disciples :
« Le royaume des Cieux est comparable
au maître d’un domaine qui sortit dès le matin
afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.
Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée :
un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent,
et il les envoya à sa vigne.
Sorti vers neuf heures,
il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.
Et à ceux-là, il dit :
‘Allez à ma vigne, vous aussi,
et je vous donnerai ce qui est juste.’
Ils y allèrent.
Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures,
et fit de même.
Vers cinq heures, il sortit encore,
en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :
‘Pourquoi êtes-vous restés là,
toute la journée, sans rien faire ?’
Ils lui répondirent :
‘Parce que personne ne nous a embauchés.’
Il leur dit :
‘Allez à ma vigne, vous aussi.’
Le soir venu,
le maître de la vigne dit à son intendant :
‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire,
en commençant par les derniers
pour finir par les premiers.’
Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent
et reçurent chacun une pièce d’un denier.
Quand vint le tour des premiers,
ils pensaient recevoir davantage,
mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.
En la recevant,
ils récriminaient contre le maître du domaine :
‘Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure,
et tu les traites à l’égal de nous,
qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’
Mais le maître répondit à l’un d’entre eux :
‘Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi.
N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?
Prends ce qui te revient, et va-t’en.
Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :
n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ?
Ou alors ton regard est-il mauvais
parce que moi, je suis bon ?’
C’est ainsi que les derniers seront premiers,
et les premiers seront derniers. »
Méditation – Quand l’arbre de notre œuvre nous cache la forêt de son Amour !
À première vue, nous voilà plongés dans le monde du travail. Le propre de cet univers est d’être très règlementé et encadré pour éviter les injustices, et la rétribution est en fonction du travail réalisé, de la compétence des personnes et de leur formation. Le patron a le souci de son profit et le travailleur a le souci de son salaire. Cette perspective fabrique un angle mort auquel Jésus justement veut nous éveiller. Dieu n’est pas le « boss » d’une entreprise dont l’objectif serait les profits à son compte.
Ici, en les embauchant, le maître appelle les ouvriers à devenir les jardiniers de sa vigne, en se mettant d’accord avec eux sur le salaire de la journée, soit une pièce d’argent, un denier. Il sort à 5 reprises, à différentes heures qui épousent la durée de la journée de travail.
À l’époque de Jésus, le « denier » correspondait à la somme qui convient pour bien faire vivre une famille pendant une journée. Il n’est pas là pour faire accroître nos « économies ». À la manière du « pain quotidien », il nous est donné pour chaque jour, nous faisant expérimenter que notre vie profonde ne repose pas sur nos « réserves accumulées », mais bien sur cette prévenance d’un Dieu qui nous donne ce dont nous avons besoin à chaque jour.
Ce don n’est pas fait en fonction du mérite des ouvriers, mais bien en fonction de ce dont ils ont besoin pour bien vivre. Dieu nous donne en fonction de ce dont nous avons besoin pour notre vie profonde. Ce « denier », c’est le Don que le Christ fait de sa Vie pour nous. Il ne s’agit pas d’un salaire en fonction du travail réalisé mais du Don que Dieu fait de Lui-même pour nous sauver. Il s’agit d’une plénitude de Vie et d’Amour donnée à tous sans partage et sans réserve, peu importe l’heure où notre vie se trouve.
Notre compréhension spontanée chosifie le « denier » en fonction du travail accompli, ce qui nous donne à penser que le « salaire » versé aux premiers ouvriers est injuste en regard de ce que les derniers reçoivent. Nous situons Dieu comme un employeur au lieu de Le découvrir comme se donnant tout entier à chaque personne, peu importe ses mérites et l’heure où elle arrive. Et Il ne cesse de sortir à toute heure du jour pour embaucher à sa vigne ceux et celles qui sont restés sans rien faire parce que personne ne les avait embauchés, là où Il nous trouve désœuvrés et en recherche de sens pour notre vie.
À travers cette Parole, c’est le maître du domaine qui sort pour venir à notre rencontre. Sommes-nous déjà absorbés par la vigne qui demande tant de soin ? Peut-être faisons-nous l’expérience du poids du jour et de la chaleur, alors que nos efforts se déploient depuis longtemps… et que nous percevons peu de fruits à notre engagement…
Peut-être que nous n’avons pas la perception de travailler à la vigne du Père… bien sûr, nous travaillons, nous peinons, mais cela nous semble bien éloigné parfois d’un chemin spirituel à travers lequel se tisse l’Alliance avec le Père par Jésus…
Peut-être sommes-nous aussi contaminés, sous le poids des blessures et des épreuves, par une vision de nous-mêmes où nous nous percevons comme ayant peu de valeur, affairé au banal des jours.
Mais le Père sort à nouveau pour nous rejoindre à travers sa Parole qui nous choisit aujourd’hui encore, et ce, peu importe notre âge, peu importe le chemin parcouru, ou la manière de voir notre vie. Le Père nous choisit, et dans ce choix, il y a une élection, un appel qui nous concerne, qui s’adresse à nous et porte la couleur unique de notre être profond. La saisie de cet appel se vit dans un moment opportun où nous sommes touchés par le fait que le Père vient nous chercher et qu’Il a besoin de nous. Nous laisser désœuvré ne fait pas partie de ses plans. Comment nous a-t-il rejoint ? Quel feu a-t-il éveillé un jour en nous jusqu’à susciter que nous mettions nos pas dans les siens ?
Dans la communauté de Mattieu, juifs et païens convertis se côtoient. Les juifs convertis, forts de leur longue pratique depuis leur enfance, dans la conscience d’être ce Peuple élu, voient soudainement arriver dans la communauté naissante des païens tout récemment convertis, qui n’ont jamais pratiquer les commandements, et qui reçoivent le même Amour de Dieu et sont traités de la même manière : quelle injustice !
Et ce maître qui fait par exprès pour bien montrer aux premiers ce que les derniers reçoivent… et alors qu’ils s’attendaient à recevoir davantage, ils se voient remettre le même montant que les derniers, alors qu’à leurs yeux, ils méritent un salaire plus élevé !
Et voilà que les premiers venus se mettent à juger le maître !
Les derniers venus sont jugés… le maître de la vigne lui-même est jugé… Tout cela, au nom des mérites qu’ils associent à leur travail, oubliant même le don premier du maître qui leur a fait confiance en les embauchant à sa vigne.
Dieu ne se lasse pas… Il prend les devants… toujours… et ce, jusqu’à la dernière heure. Cette dernière heure est l’heure présente. Elle peut même être au dernier moment de notre vie.
Le jugement que nous portons sur les autres à la lueur de nos efforts, est le symptôme de notre aveuglement au Don Gratuit que Dieu nous fait de son Amour qui nous choisit.
L’arbre des mérites que nous nous attribuons (ou des limites avec lesquelles nous nous jugeons) nous cache la forêt du Don de Dieu qui dépose son Amour au quotidien, sous d’humbles apparences.
Comme il nous est facile de passer d’une relation filiale à une relation contractuelle !
Dans le Royaume de Dieu, personne ne dira : « Moi, j’ai mérité davantage » car tous pourront dire : « J’ai tout reçu ! »[1]
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Inspiré d’un interview de Bernadette Dumont, catéchète et auteur de livres pour enfants, « La petite voie de l’Évangile », de la revue Magnificat, au dimanche 20 septembre 2026.
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