No 264 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 10 juin 2026 – 10ème Semaine du Temps Ordinaire
« Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir » (Mt 5, 17-19)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis :
Avant que le ciel et la terre disparaissent,
pas un seul iota, pas un seul trait
ne disparaîtra de la Loi
jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera
un seul de ces plus petits commandements,
et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,
sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.
Mais celui qui les observera et les enseignera,
celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Veuillez noter que nous terminerons nos méditations ce dimanche 21 juin et que nous les reprendrons le lundi 7 septembre. Nous vous remercions de nous avoir lu durant toute cette année et nous espérons vous revoir en septembre. Bonnes vacances et que Dieu vous accompagne ! Alice (celle qui prête sa voix aux méditations), Ange-Lydie, Barbara, Colette, Halyna, Lucille, Marie-Emmanuel, Martial, Paolo, Stéfan et Vincent
Méditation – Remplir de Sa Présence
Une femme sort d’une bouche du métro et longe l’avenue qui s’étire. Dans le froid piquant, elle suit l’éclairage public. Progressant d’un point lumineux à l’autre, elle s’enfile dans un immeuble qui l’absorbe. Fatiguée de sa journée de travail, elle monte dans l’ascenseur qui l’avale. Puis, dans son appartement, elle prépare le dîner. Sa petite fille, qui a attendu sa mère depuis son retour de l’école, éparpille ses jouets dans la chambre. Elle gambade avec ses licornes en peluche rose. Le dîner préparé, la mère commande à sa fille de mettre de l’ordre dans sa chambre : « Tu ne viendras pas manger tant que tu n’auras pas rangé ta chambre ! » D’un coup, la bulle imaginaire qu’avait tissé le jeu se crève ! Quel choc ! Retombée de son rêve, la fillette se redresse ; elle regarde les jouets en débâcle sur la moquette. Devant le désastre, l’enfant s’effondre en sanglots. La mère a prononcé la loi, mais la loi qui fixe l’idéal ne procure pas l’énergie de l’atteindre. Comment accomplir la loi ? La mère accompagne son enfant : « Allons… ma chérie… viens… je vais t’aider à ranger ta chambre. » La mère vient. Elle aide son enfant à ranger la chambre, jouet après jouet. Que manquait-il à la Loi ? Une présence…
Jésus déclare à ses disciples qu’il n’est pas « venu abolir, mais accomplir. » Abolir consiste à supprimer un régime juridique, abroger la validité d’une règle en vigueur. Que signifie accomplir ? Ce que l’on traduit par « accomplir » correspond au verbe grec « plèroun » qui signifie également « remplir ». Dans la pèche miraculeuse, Jésus combla les pécheurs étonnés. Jésus a rempli : « Ils vinrent et remplirent les deux barques, au point qu’elles s’enfonçaient. » (Lc 5,7). De quoi Jésus remplit-Il la barque de nos existences ? De Sa Présence !
Comment Jésus mène-t-il à sa perfection « la Loi ou les Prophètes » ? Pour Jésus, accomplir la Loi, c’est de rejoindre l’homme. Dieu s’incarne. Il ne délègue pas un ange. Jésus vient. Jésus se déplace et remplit de Sa présence divine nos sensations humaines, notre corps et nos expériences de vie. Il fait un détour pour être présent à la Samaritaine. Il se rend à Béthanie auprès de Marthe et Marie en deuil. La mort ne parvient pas à éloigner Jésus de ceux qu’Il aime. La Loi commande ce qui est juste sans donner la force d’accomplir la justice. Moïse avait bien senti que la faiblesse du peuple en marche : « Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, est-ce moi qui l’ai enfanté, pour que tu me dises : “Comme on porte un nourrisson, porte ce peuple dans tes bras jusqu’au pays que j’ai juré de donner à tes pères” » (Nb 11,12) Comme un enfant qui apprend à marcher, chacun de nous avons besoin d’être soutenu. La main qui rattrape et prévient la chute est une présence. La Loi élabore une norme, mais n’offre pas l’énergie d’obéir. Seul un amour qui se porte aux côtés de l’enfant accomplit la Loi. Seul l’Esprit de Dieu insuffle un amour et remplit nos vies d’une présence. La Loi donne des repères, mais ne fait pas vivre. Être impeccable et sans faute, cela ne fait pas jouer le jeu de la vie. L’Esprit aide à risquer le jeu de la vie. La Sagesse joue avec les hommes dont elle fait les délices pour accomplir la volonté de bonheur de Dieu (Proverbes 8,30-31). Ce que les yeux humains ont vu de Dieu il y a deux mille ans, lors de la venue si brève de Jésus sur notre terre, se renouvelle tous les jours par l’Esprit. Jésus est là.
Mais, dirons certains… la Présence s’oppose à l’absence corporelle ! La Présence de Jésus n’est pas palpable ni physique. Comment dire que Jésus est présent ? Mais, le contraire de la Présence, ce n’est pas l’absence. Le contraire de la présence, c’est la négligence, l’indifférence à ce qui relie, c’est le fait d’avoir déserté sa propre vie. La foi aide à creuser l’absence. La foi est un détecteur de présence. Car, c’est à l’intérieur de l’absence… c’est dans la pauvreté du manque… que l’Esprit ouvre nos yeux spirituels pour « discerner le corps du Seigneur » (1 Co 11,29). Le Christ vivant est avec nous jusqu’à la fin du monde (Mt 28,29). La foi révèle Sa présence. Nous n’avons pas à fabriquer Sa présence. L’œuvre de l’Esprit est de nous rendre présent au Christ qui est déjà là… Alors, ne nous absentons pas de nous-mêmes ! Car, absentés de nous-mêmes, nous risquerions d’étaler sur toutes choses le trou béant que nous aurions à la place du cœur. Ainsi, apeurés et vides comme Adam qui se cachait au Jardin, nous ferions de Dieu un mot inutile ou une idée chimérique.
Regardons. À ceux que la Loi excluait, Jésus manifeste sa proximité : Il a touché les lépreux exclus comme impurs, Il a partagé ses repas avec les publicains déclarés infréquentables. Par la croix, Jésus s’est rangé au nombre des maudits. En effet, le Deutéronome déclarait : « Maudit soit celui qui est pendu au bois de la croix. » (Dt 21,22-23). La Loi qui maudissait, Jésus l’a portée à la perfection de Sa miséricorde ; il a métamorphosé la malédiction en bénédiction pour qu’aucun ne soit perdu (Jn 17,12). C’est pourquoi Saint Paul écrit : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous -car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois, – afin que la bénédiction d’Abraham eût pour les païens son accomplissement en Jésus-Christ, et que nous pussions recevoir par la foi l’Esprit qui avait été promis. » (Ga 3,13-14)
La résurrection de Jésus est une promesse. C’est l’arbre de Vie dont nous pouvons savourer les fruits. Désormais, nos présences partielles et nos relations en lambeaux peuvent se confier à un amour qui remplit et qui accomplit.
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
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