No 226 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 3 mai 2026 – 5ème Dimanche de Pâques
« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 1-12)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Que votre cœur ne soit pas bouleversé :
vous croyez en Dieu,
croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père,
il y a de nombreuses demeures ;
sinon, vous aurais-je dit :
‘Je pars vous préparer une place’ ?
Quand je serai parti vous préparer une place,
je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi,
afin que là où je suis,
vous soyez, vous aussi.
Pour aller où je vais,
vous savez le chemin. »
Thomas lui dit :
« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas.
Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond :
« Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ;
personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez,
vous connaîtrez aussi mon Père.
Dès maintenant vous le connaissez,
et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit :
« Seigneur, montre-nous le Père ;
cela nous suffit. »
Jésus lui répond :
« Il y a si longtemps que je suis avec vous,
et tu ne me connais pas, Philippe !
Celui qui m’a vu
a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ?
Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père
et que le Père est en moi !
Les paroles que je vous dis,
je ne les dis pas de moi-même ;
le Père qui demeure en moi
fait ses propres œuvres.
Croyez-moi :
je suis dans le Père,
et le Père est en moi ;
si vous ne me croyez pas,
croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes.
Amen, amen, je vous le dis :
celui qui croit en moi
fera les œuvres que je fais.
Il en fera même de plus grandes,
parce que je pars vers le Père »
Méditation – Apprendre à marcher en situation de crise !
Dans le désarroi palpable à l’approche des événements tragiques que Jésus vivra à travers sa Passion et sa mort, voilà que Jésus Lui-même fait le don d’une Parole d’intimité qui inscrit, au plus fort de la tourmente, une ancre de Paix. Alors que tous les repères disparaissent et que l’univers des disciples se fissure, Sa Parole s’offre comme demeure. Il est étonnant que l’Église choisisse de placer au cœur du Temps pascal cette séquence évangélique qui nous replace au seuil de la mort de Jésus… comme si notre quotidien nous inscrivait dans un passage où la vie côtoie la mort, où le moment présent garde le vertige d’un passage pour lequel nos propres forces ne peuvent nous rassurer devant l’issue incertaine qui hante notre vie.
Jésus nomme et accueille le bouleversement des disciples… Il les invite aussi à faire de ce bouleversement un tremplin vers une foi qui saisit ce qu’ils sont en train de vivre comme l’espace où Il leur prépare une place dans la maison du Père, où il y a de nombreuses demeures. Son absence est elle-même au service de cette communion accomplie par Lui… « …je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez vous aussi. ».
Reconnaissant la foi en Dieu qui les habite déjà, Jésus les invite maintenant à cette foi en Lui dont l’Amour choisit de s’incarner au cœur de la chair des événements et de notre histoire.
Ce qu’ils vivent est exigeant : la mort de Jésus approche… Ils le sentent… Jésus ne leur cache pas qu’Il doit partir… Il leur a déjà exprimé qu’Il devait souffrir et qu’il serait mis à mort…
Même si Jésus est le premier concerné par le drame où leurs vies sont plongées, Il ne se préoccupe pas de Lui-même, mais des siens. Son Regard est encore et toujours habité par ce que nous vivons dans ces bouleversements au cœur desquels les mêmes questions angoissantes surgissent.
« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Ne pas savoir… Ils ne savent pas où Jésus va… et c’est bien vrai… Ils ne mesurent sûrement pas le drame dans lequel ils seront plongés avec Jésus. Ils seront témoins de la condamnation de Jésus et de sa mise à mort… Comment croire que ce chemin conduira à la Résurrection… non seulement celle de Jésus, mais aussi la leur ?
Bien que conscient du chemin qu’Il vivra, Jésus n’entre pas dans une description des événements pour répondre à leur question… Il ne donnera pas une carte routière… Il les invitera à passer par Lui, à être en relation avec Lui : Il est cette Vérité en qui nous pouvons mettre toute notre confiance; Il est cette Vie qui nous sauve par Amour et nous invite à aimer. Il est ce Chemin qui donne une espérance indéfectible à notre présent en lui donnant un avenir de fécondité et de communion.
Et Philippe d’ajouter…
« Seigneur, montre-nous le Père; cela nous suffit. »
Ne pas voir le Père… À la nuit du savoir s’ajoute la nuit de la vision ! Malgré cette longue expérience de présence avec Jésus, les disciples ne voient pas Celui dont Jésus est la transparence. Dans le lointain où nous avons confiné le Père… dans la Toute-Puissance où nous Lui avons donné notre visage… nous ne voyons pas sa proximité, sa Miséricorde et son Amour qui prennent chair en Jésus. Il nous révèle cette communion intime qu’Il vit avec le Père, qui se fait jour dans l’humilité du quotidien, dans la nuée lumineuse où nous sommes plongés. Cette relation filiale nous est révélée pour que nous puissions y entrer.
Ballotés par les flots, nous sommes invités à plonger dans une foi plus grande, pour entrer dans cette relation où la main du Christ nous donne de marcher sur les eaux.
Dans ce qui nous questionne et nous bouleverse, le Ressuscité cherche en nous un espace pour sa Parole. Plus loin que le bouleversement provoqué par les événements souffrants, il y a un autre bouleversement… celui-là même que Marie avait expérimenté lorsqu’elle entendit les paroles de l’ange. Sans nul appui, au creux même de l’impossible, Marie exprima son « oui » sans réserve : « Que tout m’advienne selon ta Parole ! »[1]
Au regard de la situation mondiale, de notre planète fiévreuse, des conflits, des injustices, de la pauvreté, des situations familiales, de la souffrance des malades, des personnes seules, et de tant de situations pour lesquelles nous nous sentons dépassés, nous sommes invités à accueillir cette Parole du Christ qui nous donne de nous tenir debout. Nous sommes les héritiers d’une Église où les récriminations des veuves de langue grecque ont donné naissance au diaconat, où les frontières rigides entre juifs et païens ont été invitées à s’ouvrir à l’accueil de la différence pour entrer dans la communion, où les prescriptions de la Loi en regard de la circoncision ont cédé devant l’œuvre de l’Esprit… Même « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle »[2]. Le dernier mot n’appartient pas à ce qui nous bouleverse !
Apprendre à marcher en situation de crise !
Lorsqu’on apprend à marcher à un enfant, on le place debout dans un corridor, en s’assurant qu’il ne peut pas compter sur le secours des meubles… Sa mère est devant lui… le père assure les arrières. Elle lui tend les mains… Alors qu’il ignore tout du potentiel de ses jambes si ce n’est que pour ramper, hésitant et tremblant, il vacille… l’espérance d’un pas vertigineux habite le cœur des parents… L’enfant, aimanté par la relation qui l’appelle à travers les bras tendus de sa mère, et désireux de s’y plonger pour y communier, prend le risque… C’est la relation de confiance qui donne de traverser l’abîme… Et l’enfant de faire un pas… Et la mère de reculer d’un autre pas… C’est au prix de cette absence amoureuse que s’éveille ce qui permettra à l’enfant un jour de courir, danser, sauter…
Le Ressuscité appelle le saut de la foi au creux de ce qui nous bouleverse, plus loin que la nuit de nos incompréhensions et plus loin que la nuit de nos cécités. Au creux de ce gel des événements, et de ce dégel par sa Parole, monte la sève qui ne vient pas de nous, celle-là même qui nous donne de donner chair à ses œuvres. Sa Parole suscite en nous l’éveil, au cœur même de notre impuissance, de cette fécondité que sa Parole veut inscrire en nous… jusqu’à faire les mêmes œuvres que Jésus et même de plus grandes.
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Luc 1, 38
[2] 1 Pierre 2, 7
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