No 210 – série 2025-2026
Évangile du vendredi 17 avril 2026 – 2ème Semaine du Temps Pascal
« Il en distribua aux convives, autant qu’ils en voulaient » (Jn 6, 1-15)
En ce temps-là,
Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée,
le lac de Tibériade.
Une grande foule le suivait,
parce qu’elle avait vu les signes
qu’il accomplissait sur les malades.
Jésus gravit la montagne,
et là, il était assis avec ses disciples.
Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.
Jésus leva les yeux
et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.
Il dit à Philippe :
« Où pourrions- nous acheter du pain
pour qu’ils aient à manger ? »
Il disait cela pour le mettre à l’épreuve,
car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire.
Philippe lui répondit :
« Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas
pour que chacun reçoive un peu de pain. »
Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :
« Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge
et deux poissons,
mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »
Jésus dit :
« Faites asseoir les gens. »
Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit.
Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.
Alors Jésus prit les pains
et, après avoir rendu grâce,
il les distribua aux convives ;
il leur donna aussi du poisson,
autant qu’ils en voulaient.
Quand ils eurent mangé à leur faim,
il dit à ses disciples :
« Rassemblez les morceaux en surplus,
pour que rien ne se perde. »
Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers
avec les morceaux des cinq pains d’orge,
restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli,
les gens disaient :
« C’est vraiment lui le Prophète annoncé,
celui qui vient dans le monde. »
Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever
pour faire de lui leur roi ;
alors de nouveau il se retira dans la montagne,
lui seul.
Méditation – Le signe et le regard
Le texte de ce jour comporte une inclusion : il est question de signe au début et à la fin, attirant notre attention sur ce thème central dans l’évangile selon St Jean.
La nature même du signe est de pointer vers une réalité supérieure à l’événement visible. Toutefois, cette compréhension ne peut se faire sans l’appel à la réflexion de chacun. Comme l’adage le suggère, si le sage montre la lune, le sot fixe le doigt. Ici, la foule s’est mise à suivre Jésus en raison des signes déjà accomplis. Fascinée par l’abondance matérielle et la satisfaction de la faim qui se réalise sous ses yeux, elle identifie immédiatement Jésus comme « le Prophète qui doit venir dans le monde ». La conclusion qu’ils en tirent est cependant mal ajustée, et trahit une incompréhension du mystère : ils souhaitent faire de lui un roi politique, un dirigeant omnipotent capable de garantir la sécurité temporelle. Face à cette dérive idéologique, Jésus s’éloigne dans la solitude.
Loin d’être un constat d’échec, cette fuite marque une pédagogie divine : le signe ne se commande pas, ne se réclame pas comme une preuve. Car le signe appelle une conversion du regard. Il ne s’impose pas de façon contraignante. Lorsque, ailleurs, des autorités religieuses réclament un signe, Jésus renvoie au « signe de Jonas » (cf. Évangile selon saint Matthieu, Mt 12,39), c’est-à-dire à un mystère qui ne se comprend qu’à la lumière de la Pâque. Le signe ne répond pas à une exigence de démonstration ; il sollicite la liberté et la réflexion de celui qui le reçoit. Il ne force pas l’adhésion, mais il invite à un chemin.
Dans cette perspective, les signes ressemblent à ces petits cailloux blancs du conte du Petit Poucet : discrets, fragiles, parfois ambigus, mais capables d’indiquer une direction à qui accepte de les chercher et de les interpréter. Ils demandent du temps, de l’attention, une disponibilité intérieure. Ils supposent aussi une certaine humilité : accepter de ne pas tout comprendre immédiatement, consentir à avancer pas à pas.
Dans le quotidien de nos rencontres, les signes de la présence de Dieu ne sont que rarement spectaculaires. Ils se cachent dans le “murmure d’une brise légère” (cf. Premier Livre des Rois, 1 R 19,12) qui se fait entendre au milieu du vacarme de l’actualité ou des tempêtes intérieures. Nous sommes invités à apprendre à reconnaître Dieu non pas dans la force qui écrase, mais dans le pain rompu qui se donne, à passer du prodige qui fascine au mystère qui libère, et à la découverte de la présence constante de Dieu dans la simplicité du don et de la fraternité. En cela, la multiplication des pains n’est pas seulement un miracle passé, mais une invitation permanente à transformer notre regard sur le monde et sur les autres.
Elle nous appelle à ne pas chercher des certitudes éclatantes ou des expériences extraordinaires comme des preuves irréfutables de la présence de Dieu. Elle encourage plutôt à relire l’existence, à discerner dans les événements, les rencontres, les élans du cœur, des traces de l’agir de Dieu. Le signe devient alors lieu de dialogue : il ouvre une question plus qu’il n’apporte une réponse définitive.
Pour cela, dans mes rencontres, je suis invitée à toujours affiner mon regard, éveiller l’écoute, apprendre à accueillir les signes sans les absolutiser. A offrir mes « cinq pains d’orge » qu’est mon écoute imparfaite, dont le Christ pourra multiplier les fruits. Et à prendre de la distance dans le silence de la prière lorsque cela est nécessaire pour ne pas faire écran entre l’autre et Dieu. Car le signe, en définitive, n’est pas un point d’arrivée : il est un appel à entrer dans une relation vivante avec Dieu, qui se donne à reconnaître sans jamais se laisser enfermer.
Soeur Marie-Emmanuel Raffefel – raffenel@gmail.com
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