No 229 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 6 mai 2026 – 5ème Semaine du Temps Pascal

« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jn 15, 1-8)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Moi, je suis la vraie vigne,
et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi,
mais qui ne porte pas de fruit,
mon Père l’enlève ;
tout sarment qui porte du fruit,
il le purifie en le taillant,
pour qu’il en porte davantage.
Mais vous, déjà vous voici purifiés
grâce à la parole que je vous ai dite.
Demeurez en moi, comme moi en vous.
De même que le sarment
ne peut pas porter de fruit par lui-même
s’il ne demeure pas sur la vigne,
de même vous non plus,
si vous ne demeurez pas en moi.

Moi, je suis la vigne,
et vous, les sarments.
Celui qui demeure en moi
et en qui je demeure,
celui-là porte beaucoup de fruit,
car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi,
il est, comme le sarment, jeté dehors,
et il se dessèche.
Les sarments secs, on les ramasse,
on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi,
et que mes paroles demeurent en vous,
demandez tout ce que vous voulez,
et cela se réalisera pour vous.
Ce qui fait la gloire de mon Père,
c’est que vous portiez beaucoup de fruit
et que vous soyez pour moi des disciples. »

Méditation – Les nœuds de la vigne

Sous le vaste ciel qui unit un horizon à l’autre, est-il possible de se sentir un moi isolé et perdu ? Dans ce bleu intense, puis-je me considérer comme une chose étriquée et oubliée de la lumière ? Quand un vaste courant frissonne dans les herbes chauffées par l’été, mon âme s’ouvre d’elle-même aux forces nourrissantes qui la comble. « Dans le silence bruissant de la prairie, sous le ciel immense, il m’est presque impossible de rester un moi unique et séparé, une aveugle petite vie entêtée qui refuse de se fondre dans la grande communauté. Autrefois, j’avais tiré toute ma fierté d’être une telle vie, mais sur l’alpage cette vie m’apparait misérable et ridicule, un néant bouffi d’orgueil. » (1)

Pourtant, la vaste montagne est encore trop petite pour prononcer par elle-même le message qu’elle porte. La terre et la montagne ne peuvent me dire directement la lettre qu’elles délivrent de la part du Créateur. Pour recevoir ce message céleste, l’âme a besoin de la foi. Et alors seulement, au fond de l’âme, les mots de la lettre s’articulent qui me disent doucement : « je t’aime ». La stridulation des grillons ondule dans l’air frais. Ce rythme du silence vient alors chercher, en mon âme, une vie plus profonde que je ne connais pas. Dans cette vie inconnue, le cœur se dilate à l’unisson du Plus Grand. Libérée par la foi, l’âme s’envole, sur les ailes de l’Esprit, jusqu’au Créateur : « Comme un oiseau, nous avons échappé au filet du chasseur ; le filet s’est rompu : nous avons échappé. Notre secours est le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la terre » (Psaume 123).

Cet évangile de Jean nous apprend que notre vie est directement branchée sur une vie plus vaste : « Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. » Comme la branche ligneuse et flexible d’une plante grimpante qui ondule, notre vie suit le mouvement que la Vie divine lui communique.

Ce mystère de communion au Père nous est offert par le Fils et communiqué par l’Esprit !  C’est acquis et déjà là ! Mais, c’est un mystère auquel nous avons à participer librement. Le Fils souligne la nécessité de notre consentement : « Demeurez en moi, comme moi en vous. » Cette image a quelque chose de vital : la branche sent d’emblée de quel côté lui vient la sève ! Et pourtant, cet élan vital est présenté par Jésus sous la forme d’un commandement qui dit « demeurez » à notre cœur pour lui indiquer le chemin de sa liberté. Demeurer, c’est rester uni à Dieu avec la fidélité de la chair nourrie par le sang, c’est faire de cette vie divine notre habitation.

Le Christ fait croître dans le monde une vigne que le Père entretient : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. » Malgré les apparences, notre monde n’est pas livré au hasard, à l’absurde ou abandonné à la mort. Mais, dans le Christ, notre vie devient un mystère de vie sur lequel le Père veille. La sève qui circule à l’intérieur de la Sainte Trinité, c’est-à-dire l’Esprit, se répand dans cette vigne. Notre origine repose sur l’action amoureuse du Père qui soigne notre vie : le Père est le bon vigneron qui prend soin. Quelle bonne nouvelle propre à convertir nos images faussées par un père terrestre défaillant ! Notre vie s’origine dans amour qui nous justifie, nous accepte. Nous sommes soutenus dans l’être par un amour qui ne demande qu’à aimer. La sève est cette inspiration vitale, qui, de l’intérieur, irrigue notre être de la certitude d’être aimé. La vigne ne grandit pas par l’action extérieure du sécateur, mais par un élan interne. Le sécateur enlève les impasses, les formes manquées pour que ne s’y consomment pas la sève précieuse. Le Père ne mutile pas, Il n’impose aucune privation, ni diminution. Car, le Père trouve sa gloire dans notre vie ! « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »  

Pourquoi Jésus choisit-il l’image de la vigne ? Peut-être parce qu’aimer n’a rien de sentimental, ni de mièvre. Aimer, c’est difficile ; c’est une action rugueuse. En étant tordu et noueux, le pied de vigne symbolise bien l’amour. Dépourvu de la fière beauté du chêne, le pied de vigne sinueux porte en lui la lutte pour défendre la vie et soigner ce qui croît.

Dans un roman autrichien, Le Mur invisible, une femme rompue à la vie paysanne décrit l’amour dont elle a entouré son veau : « Aimer et prendre soin d’un être est une tâche très pénible (…). Élever un enfant représente vingt ans de travail (…). Même le taureau a mis un an pour devenir grand et fort (…). Je pense à tout ce temps pendant lequel la vache Bella a porté patiemment son veau dans son ventre et l’a nourri ; je pense aux heures difficiles de sa naissance et aux longs mois qu’il a fallu pour que le petit veau se transforme en un puissant taureau. Le soleil a dû briller pour faire pousser l’herbe dont il avait besoin, l’eau a dû jaillir et tomber du ciel pour l’abreuver. Il a fallu l’étriller et le brosser, enlever le fumier pour que sa litière soit sèche. » (2)

Tu es béni, Seigneur Jésus, Toi qui fait couler Ta vie dans notre existence pleines de noeuds et qui ondule à travers les doutes et les erreurs. Tu n’as pas peur de nous aimer spontanément, ni de renouveler généreusement l’inventivité de Ton amour.

Merci Père pour ta veille qui conduit notre âme.

Merci Esprit « qui est Seigneur et qui donne la vie » pour cette sève d’amour qui coule dans nos veines.

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Notes :

  • Marlen Haushoffer, Le Mur invisible, Éd. Actes Sud, (1992), Babel n°44,(p.215). J’ai remplacé dans cette citation les verbes à l’imparfait par un présent. 

(2) Marlen Haushofer, Le Mur invisible, Ed. Actes Sud, (1992), Babel n°44, p.188.



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