No 247 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 24 mai 2026 – Pentecôte
« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie : recevez l’Esprit Saint » (Jn 20, 19-23)
C’était après la mort de Jésus ;
le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie
en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé,
moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Méditation – Devenir musique par son Souffle !
Le tout premier souffle de l’enfant qui vient au monde est comme une médaille aux 2 côtés inséparablement unis : d’un côté, « je respire »… de l’autre, « j’étouffe ».
Le chemin du Souffle se vit au cœur d’un risque, d’une faille, d’un passage à vivre… Pour passer du plafond du ventre de notre mère, au plafond du ciel avec les visages de nos parents, il y a un passage étroit… pour lequel, si l’enfant pouvait parler, il demanderait sûrement simplement un élargissement du ventre de maman, sentant bien que ça commence à être petit l’univers où il se trouve. La réponse se vivra dans cette première traversée des eaux alors que sa venue s’annonce par : « les eaux ont crevées ! »
C’est petit l’univers où nous sommes… Surtout que, comme les disciples, nous nous y enfermons de l’intérieur… Ce ne sont pas des gardiens de prison qui ont mis les cadenas à l’extérieur du lieu où nous nous trouvons, c’est nous qui, de l’intérieur avec la peur qui nous enserre et nous étouffe, c’est nous qui avons posé les verrous.
Ce lieu si petit pour nous, convaincu que nous devons nous y tenir pour survivre, est pourtant le lieu où le Christ trouve moyen d’y être… C’est par sa Paix et sa Parole d’envoi qu’Il suscitera que tombe ce qui nous paralyse. Sans faire aucun reproche sur la présence de ces verrous, Jésus n’interpelle pas les disciples sur ceux-ci. Il respecte la peur des disciples… Il l’accueille, tout en les faisant entrer dans cet élan du Père révélé en Jésus.
C’est en leur montrant ses mains et son côté, que Jésus se fait reconnaître et qu’Il leur fait ce souhait de Paix. Les marques de la crucifixion sont encore présentes. Il ne s’agit pas d’une Paix qui serait le fruit de la guérison des plaies : elles sont éloquentes de cet Amour qui ne nous abandonnera jamais à nos blessures. Comment des plaies qui ont engendré la mort peuvent maintenant exprimer une Vie qui ne pourra jamais mourir ?
Sans autre formalité, Jésus envoie ses disciples en mission, déposant le Souffle de l’Esprit-Saint au cœur de leur fragilité. Cette mission du Pardon des péchés, qui relève de Dieu, sera déposée au cœur de leur vulnérabilité. La conscience de leur pauvreté les rendra perméables au Mystère dont ils sont les premiers nécessiteux pour en devenir contagieux pour ceux vers qui Jésus les envoie.
Cette peur est légitime… le mal est réel et il fait tant de ravages : guerres, exploitation des personnes et de la nature, féminicides, mensonges, corruption… Le mal opprime la vie jusqu’à la tuer. Dans son Amour, le Christ nous révèle qu’Il est le premier à en être atteint et que, s’Il a pris sur Lui tout ce mal, jusqu’à en mourir, c’est parce qu’au plus creux de notre mal, Il continue de nous aimer et que nous sommes les membres de son Corps.
Par le Don du Souffle de l’Esprit, Il fait entrer ses disciples dans l’élan de l’Amour du Père, jusqu’à les envoyer au cœur de ce monde blessé, encore prisonnier du mal et de la mort. Loin de fuir le réel, Il leur confie la remise des péchés. Il les envoie à la racine de ce qui détruit ce monde, dans l’assurance donnée par sa Parole qui ose mettre le doigt sur ce qui ne va pas. Ils iront non pas parce qu’ils seraient immunisés ou que leurs propres forces les rassureraient pour agir de haut, avec suffisance. Par la foi qui donne la joie de Le reconnaître, la fragilité où ils se trouvent se laisse surprendre et traversée par le Souffle du Don de l’Esprit-Saint.
Jésus nous le redit à nous aussi :
« Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Que veulent dire cette « remise » et ce « maintien » des péchés » qu’Il confie à ses disciples ?
Ce que Jésus exprime, c’est qu’Il leur confie la mission de la remise des péchés de « A à Z », d’une extrémité à l’autre, de toutes les situations dont les personnes sont captives. Le Pardon de Jésus est sans limite : Il nous invite à pardonner 70 fois 7 fois, à aimer sans retour, comme Lui. Jamais Jésus ne refuse son Pardon. Même du haut de la Croix, Il demandait au Père de nous pardonner. C’est à nous, les « pardonnés », qu’Il confie cette responsabilité d’être instrument de guérison à travers le Pardon pour que soit désamorcé le mal. Seul l’Esprit peut nous donner ce Souffle du Pardon au milieu de ces lieux de blessures, de morts, de fractures et de fermetures engendrés par le mal, ce mal dont nous mesurons l’ampleur à travers même notre regard sur le monde.
Lors de son Message pour la Journée mondiale de la Paix 2002, St-Jean-Paul II exprimait :
« Les familles, les groupes, les États, la communauté internationale elle-même, ont besoin de s’ouvrir au pardon pour renouer les liens rompus, pour dépasser les situations stériles de condamnations réciproques, pour vaincre la tentation d’exclure les autres en leur refusant toute possibilité d’appel. La capacité de pardonner est à la base de tout projet d’une société plus juste et plus solidaire. Le refus du pardon, au contraire, surtout s’il entretient la poursuite de conflits, a des répercussions incalculables pour le développement des peuples. Les ressources sont consacrées à soutenir la course aux armements, les dépenses de guerre, ou à faire face aux conséquences des rétorsions économiques. C’est ainsi que font défaut les disponibilités financières nécessaires au développement, à la paix, à la justice. De quelles souffrances l’humanité n’est-elle pas affligée parce qu’elle ne sait pas se réconcilier, quels retards ne subit-elle pas parce qu’elle ne sait pas pardonner ! La paix est la condition du développement, mais une paix véritable n’est possible qu’à travers le pardon. La proposition du pardon n’est pas une chose que l’on admet comme une évidence ou que l’on accepte facilement ; par certains aspects, c’est un message paradoxal. En effet, le pardon comporte toujours, à court terme, une perte apparente, tandis qu’à long terme, il assure un gain réel. La violence est exactement le contraire : elle opte pour un gain à brève échéance, mais se prépare pour l’avenir lointain une perte réelle et permanente. Le pardon pourrait sembler une faiblesse ; en réalité, aussi bien pour l’accorder que pour le recevoir, il faut une grande force spirituelle et un courage moral à toute épreuve. Loin de diminuer la personne, le pardon l’amène à une humanité plus profonde et plus riche, il la rend capable de refléter en elle un rayon de la splendeur du Créateur. »[1]
Le Souffle de l’Esprit nous est donné : Il ne nous manque jamais. Il éclaire en nous le lieu où nous nous sommes enfermés… À travers l’expression du mal subi ou fait, Il suscite une désintoxication de ce qui nous tenait captifs. Sa Paix vient nous libérer de l’emprise des verrous dont nous étions les prisonniers. Même nos enfermements sont habités de sa Présence.
Nous sommes nés de son côté ouvert… Par l’accueil de sa Miséricorde, nos blessures elles-mêmes deviennent lieu d’une vie nouvelle pour les autres. C’est alors que le « j’étouffe » se transforme en « je respire », dans l’élan de son Amour qui nous enfante et nous envoie vers les autres au nom du Père. L’envoi exprime le Souffle qui se fait Don et nous choisit comme instrument de son Œuvre.
C’est l’art de Dieu que de saisir en ses tendres mains de Père, par son Souffle, le roseau « troué » que nous sommes, pour en faire la flûte à travers laquelle son Souffle fera surgir de nos « plaies » une musique inouïe où se rythmera la danse de sa Miséricorde !
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] St-Jean-Paul II, Message pour la Journée mondiale de la Paix 2002, §9-10 (trad. © Libreria Editrice Vaticana)
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