No 243 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 20 mai 2026 – 7ème Semaine du Temps Pascal

« Qu’ils soient un comme nous-mêmes » (Jn 17, 11b-19)

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint,
garde mes disciples unis dans ton nom,
le nom que tu m’as donné,
pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.
Quand j’étais avec eux,
je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné.
J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu,
sauf celui qui s’en va à sa perte
de sorte que l’Écriture soit accomplie.
Et maintenant que je viens à toi,
je parle ainsi, dans le monde,
pour qu’ils aient en eux ma joie,
et qu’ils en soient comblés.
Moi, je leur ai donné ta parole,
et le monde les a pris en haine
parce qu’ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde,
mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde,
de même que moi, je n’appartiens pas au monde.

Sanctifie-les dans la vérité :
ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde,
moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même,
afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

Méditation – « In Illo uno unum » (1)

Jésus prononce ces paroles devant Ses disciples qu’Il entraîne dans Son élan auprès du Père. Ces paroles partagées indiquent le don immense d’une fraternité divine : nous sommes un dans l’unité du Père. Le Fils nous fait le don du Nom du Père qu’Il révèle dans Sa sainteté : « Père saint ». Ce Nom ne s’étale pas devant nous comme un panorama grandiose qui nous resterait extérieur. Une chaîne de montagnes enneigées déroule sa majesté. Mais, l’élévation des sommets ne met pas fin à la séparation : je ne suis pas la montagne. L’océan accueille la goutte dans la vastitude, mais la goutte se perd dans les flots et les vagues. Elle n’a pas d’identité et la communion n’a pas lieu.

Si nous ne faisions qu’apprendre que le Père est, notre gratitude serait déjà sans borne. Mais, le Fils va plus loin, puisqu’Il nous révèle que nous, pauvres et indignes disciples, demeurons sous la garde du Père, enfouis dans son Nom. Ce Nom inaccessible nous est donné : « le nom que tu m’as donné ». Cette densité de présence inaccessible aux efforts humains, nous est partagée ! Le Fils ne fait pas une leçon pour nous apprendre quelque chose sur le Père : Il manifeste ce qui demeure, une Présence qui soutient.

Jeudi dernier, nous fêtions l’Ascension du Seigneur, le retour solennel du Fils de l’homme auprès du Père. Si les images nous aident dans la prière, nous pouvons imaginer Jésus qui s’élève dans le ciel ou les retrouvailles de Jésus avec son Père. Mais, une réalité spirituelle traverse ces représentations. Le Fils de l’homme monte au ciel avec l’humanité unifiée derrière Lui dans un acte de réconciliation avec le Père. Comme l’explique Saint Augustin, les hommes unifiés dans le Christ forment un seul corps. L’Ascension célèbre donc la communion des disciples au Père dans le corps du Fils : « Les chrétiens avec leur chef qui est monté aux cieux, ne forment qu’un seul Christ. Il n’est point seul, et nous plusieurs ; mais quoique plusieurs, nous sommes un en lui seul. Jésus-Christ donc n’est qu’un seul homme comprenant la tête et les membres. » (1)

« Quoique plusieurs, nous sommes un en lui seul. » Notre Pape Léon XIV a pris comme devise cette expression de saint augustin : « En Celui qui est Un, nous sommes Un ». L’unité vécue dans le Père n’est ni un nivellement qui arase les singularités, ni l’uniformisation à une norme. C’est de Dieu que nous tenons notre personnalité, notre identité singulière. Comment Dieu se réjouirait-Il de la dissolution des personnes dans la fusion d’un grand tout ? Dans notre culture, la notion même de « personne » vient d’une méditation sur la Trinité, ces trois personnes divines dont l’amour fonde le mystère d’unité. Le Christ se réjouit de la pluralité et la diversité des personnes qui trouvent leur unité dans l’origine absolue qu’est le Père : « Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » L’unité dans la fraternité issue du Père est une source d’où coule la joie et la paix !

« Tout procède du seul Verbe
    et tous rendent ce seul témoignage :
    « Ce Verbe est le principe qui nous parle » Jn 8, 25).

Sans lui, nul ne peut comprendre
    ni juger correctement.

Celui à qui tout est unité
    et qui rapporte tout à l’unité
    et qui voit tout dans l’unité
    peut avoir le cœur stable
    et demeurer dans la paix de Dieu.

Ô Dieu de vérité ! 
     fais-moi un avec toi
     dans une charité perpétuelle. » (2)

Comment vivre un mystère si grand ? « Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. » Ne sommes-nous pas déficients face à la vérité ? Oui, pauvres et indigents, mais Celui qui a dit « Je suis la vérité » chemine avec nous et notre cœur demeure en Son amour.

Prenons quelques minutes dans notre journée pour que le temps se réjouisse d’être un puits qui s’abreuve à une nappe phréatique d’éternité. Sous nos pieds, une immensité demeure. Dans la course folle de nos journées, une plongée dans le cœur redit que la vérité nous sanctifie, que l’unité du Père est déjà là dans la foi. 

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Notes :

(1) Saint Augustin, Discours sur le Psaume 127, section 3. « non ille unus et nos multi, sed et nos multi in illo uno unum. »

(2) Thomas a Kempis, L’Imitation de Jésus-Christ, (écrit à la fin du XIV°s et début XV°s), Livre I, chapitre III, 1, (p.42). Edition Salvator, 2024, traduction de 1999 de Charles Dietrich.



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