No 233 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 10 mai 2026 – 6ème Dimanche de Pâques
« Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur » (Jn 14, 15-21)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Si vous m’aimez,
vous garderez mes commandements.
Moi, je prierai le Père,
et il vous donnera un autre Défenseur
qui sera pour toujours avec vous :
l’Esprit de vérité,
lui que le monde ne peut recevoir,
car il ne le voit pas et ne le connaît pas ;
vous, vous le connaissez,
car il demeure auprès de vous,
et il sera en vous.
Je ne vous laisserai pas orphelins,
je reviens vers vous.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus,
mais vous, vous me verrez vivant,
et vous vivrez aussi.
En ce jour-là, vous reconnaîtrez
que je suis en mon Père,
que vous êtes en moi,
et moi en vous.
Celui qui reçoit mes commandements et les garde,
c’est celui-là qui m’aime ;
et celui qui m’aime
sera aimé de mon Père ;
moi aussi, je l’aimerai,
et je me manifesterai à lui. »
Méditation – Vous êtes en moi et moi en vous !
La Parole du Christ vient rejoindre les disciples dans la fragilité de ce passage où la mort du Christ leur fera vivre le naufrage de leurs espérances à taille humaine. Il est ce pont qui franchit l’abîme menaçant d’engloutir les disciples. Prononcée par son Amour, sa Parole demeure cependant dans la vulnérabilité d’avoir besoin de notre ouverture et de notre foi.
Par sa Parole, le Christ nous invite à accueillir ce Souffle qui demeure auprès de nous pour habiter notre vie et être en nous. Même si ce Souffle est Présence, la fermeture de notre cœur peut nous garder orphelins de son Amour qui veut nous faire sortir de notre tombeau… Ce pouvoir de nous enfermer tient de la peur d’être à nouveau blessé. Même Jésus ne peut nous forcer la main… Il respecte trop notre intimité où respire le sacré de nos vies. Exilés de la vérité de notre vie et de notre être par l’armure que nous avons posé sur notre blessure, nous tentons de survivre en cherchant un salut à travers l’avoir, la gloire, le pouvoir ou tant d’autres idoles qui ne peuvent parler. Cette auto-suffisance nous rend hermétiques au Souffle, pourtant toujours donné et toujours présent.
À l’approche de la tourmente qui frappera les disciples de plein fouet, le Christ les invite à garder ses commandements. Il ne s’agit pas d’obéir à un commandement extérieur comme on peut recevoir un ordre dans l’armée. Il nous révèle plutôt le centre de notre vie, l’axe qui nous donne de pouvoir nous vivre dans la dynamique d’un Souffle qui ne vient pas de nous, qui est au secret de notre naissance, de notre être, de notre vie et de notre bonheur. « Garder ses commandements » est l’expression de notre réponse à son Amour proposé gratuitement : Il nous invite à entrer dans cette Alliance qu’Il désire vivre avec nous. Il ne s’agit pas d’un principe moral ou d’un ordre à exécuter… Il s’agit de se laisser introduire par le Christ dans l’Amour de Dieu. Cet Amour vient nous rejoindre, comme pour les disciples, dans nos enjeux de vie et de mort.
Aimer comme Jésus, c’est aimer à partir d’un Amour reçu. Dieu ne nous place pas dans une Mission à cause de nos qualités ou de nos performances : Il se donne au cœur de notre vie, par Amour, nous permettant de faire l’expérience d’être aimé et d’aimer, jusqu’à entrer dans le dévoilement de ce qui s’y refuse en nous.
Au cœur de cet Amour qui se donne à nous, Jésus ne se situe pas comme le possédant ou le propriétaire de l’Esprit… En priant son Père, le Christ se reçoit de Celui qui nous fera Don de l’Esprit de vérité, notre Défenseur, qui sera pour toujours avec nous. Ce n’est pas un Don qui vient du monde. Le monde, c’est lorsque nous cherchons à nous vivre à partir de nous-mêmes, en nous appuyant sur nos propres forces. Dans cette auto-suffisance et cette toute-puissance où nous pouvons nous gratifier ou nous condamner, nous restons prisonniers de nous-mêmes, en circuit fermé, sans ouverture et accueil au Don de son Souffle.
Les disciples sont placés devant la réalité prochaine de l’absence de Jésus dont la mort approche. Alors même qu’ils vivront son départ, Jésus leur exprime qu’Il reviendra et qu’Il ne les laissera pas orphelins.
C’est dans la lumière de sa résurrection que nous sommes invités à accueillir cette Parole où le Christ, habitant Lui-même le plus tragique de notre existence, nous exprime à quel point son Amour nous porte, même au cœur de ces conditions hostiles où Il se trouve et où nous sommes, et où nous nous trouvons avec Lui. Il dépose sa Présence là où Il nous semble absent. Au cœur de nos nuits, Il nous révèle ce Don du Père : l’Esprit de vérité qui est notre défenseur. Il ne s’agit pas d’un esprit de performance ou de perfectionnisme. Cet Esprit demeure auprès de nous et vient éclairer notre cœur pour nous conduire à être simplement vrai.
Notre vie reste sur un « un respirateur artificiel » tant que nous n’avons pas fait l’expérience de l’aveu de ce qui se sent abandonné au plus profond de nos vies et de l’expérience à travers laquelle nous avons abandonné le Christ en Le laissant seul dans ce lieu où nous souffrons. Nous L’avons laissé seul parce que nous avons choisi de nous blinder pour nous protéger de la souffrance qui nous habite… La vie elle-même se heurte ainsi à notre propre système de défense, ne mesurant pas que dans l’armure que nous nous sommes donnés, notre vie elle-même a été coupée de la Vie qui vient de Lui pour nous sauver. Son Amour habite le pays de l’absence tout autant que celui de la présence. Nos larmes témoigneront que le barrage a cédé.
Dans le dévoilement de cette vérité, où la profondeur de son Amour vient nous rejoindre, Il veut nous conduire à Le découvrir Vivant, pour qu’en Le voyant, nous vivions nous aussi. S’Il accepte ainsi de descendre dans le mystère du mal et de la mort à travers sa passion et sa mort sur la Croix, c’est pour descendre dans le mystère de notre propre vie, marquée elle aussi par le mal et la mort, comme les disciples qui sont eux-mêmes plongés dans l’expérience de la mort de Celui qu’ils aiment et sont aussi conduits à l’aveu de leurs propres difficultés à Lui être fidèles.
Le monde n’est pas en mesure de Le percevoir, parce qu’il s’établit dans l’univers qui ne relève que de soi, dans l’exubérance et l’orgueil de ses forces, ou dans le désespoir et la condamnation de ses faiblesses : c’est en sa Parole qu’Il donne à nos yeux de s’ouvrir à l’Œuvre du Père par les bras du Fils.
Revivre parce que nous le découvrons vivant en nous dans cet Amour qui fait de notre vérité le lieu de l’adhérence de son Amour, comme l’huile peut pénétrer un morceau de bois enfin dénudé de ces faux finis.
Le chemin de la découverte de sa Présence passe par l’intériorité… L’obscurité dans laquelle nous nous trouvons tient pour beaucoup à l’extériorité de notre posture devant les événements, qui chosifie le réel et le transforme en prison. De la même manière que nous pouvons lire l’interpellation à « garder ses commandements » comme une simple obéissance à un principe moral, sourds à son Amour qui se donne pour nous… de la même manière, nous pouvons demeurer prisonniers de l’extériorité des événements en oubliant que le Christ vit avec nous ce que nous traversons et que sa Présence nous fait Don d’un Souffle à accueillir maintenant.
Comme lorsque nous passons du dehors pour entrer à la maison, passant ainsi de l’extérieur à l’intérieur, nos yeux font l’expérience d’un contraste… Dans la perte de ce qui s’imposait à nos yeux, de clarté, de brouillard ou d’obscurité, nous avons l’impression de soudain devenir aveugles… Nos pupilles ont besoin de temps pour s’y faire… Il en faut du temps pour que tombent de nos yeux comme des écailles[1]… Au cœur de la pénombre, laissant la Parole nous habiter, nos yeux peu à peu se dessillent…Dans l’expérience d’être mis au pied du mur par les événements, nous sommes invités à quitter le simple regard extérieur qui nous emprisonne… Ne laissant point la toute-puissance à notre regard d’extériorité, nous acceptons de nous laisser accompagner par sa Parole, confiant en son Amour… Dans cette nuée lumineuse de vérité et d’amour, un Souffle murmure ce secret…
« En ce jour-là, tu reconnaîtras que je suis en mon Père… »
« …tu reconnaîtras que tu es en moi… »
« …tu reconnaîtras que je suis en toi ! »
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Comme pour Saint-Paul (Ac 9, 18)
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