No 49 – série 2026-2027
Évangile du dimanche 25 octobre 2026 – 30ème dimanche du Temps Ordinaire
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 34-40)
En ce temps-là,
les pharisiens,
apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens,
se réunirent,
et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus
pour le mettre à l’épreuve :
« Maître, dans la Loi,
quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit :
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
de tout ton cœur,
de toute ton âme et de tout ton esprit.
Voilà le grand, le premier commandement.
Et le second lui est semblable :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
De ces deux commandements
dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Méditation – Rayonnants et transparents de son Amour !
Au milieu des 613 commandements issus de toute l’expérience spirituelle du peuple hébreu, le souci de pouvoir s’y retrouver est légitime. Par sa réponse, Jésus distille « l’huile essentielle » de toute l’expérience spirituelle du peuple hébreu tirée de la Loi et des prophètes. Derrière ces mots qui nous sont si familiers, presqu’usés, Jésus éclaire le mystère de notre vie.
Au milieu de tout ce qui nous préoccupe et de tout ce qui mobilise notre attention, nous courrons toujours le danger de perdre de vue l’essentiel. Dispersés par les multiples occupations, séparés en petits morceaux par nos agendas et nos préoccupations, il est facile de nous perdre. La fidélité se disloque alors en une multitude de petites règles, aussi froides que fastidieuses. Mais, quelle est « l’âme » de notre vie, de nos paroles et de nos gestes ?
Le Christ nous conduit à une vie unifiée et vitalisée par cet Amour dont Il ne cesse de nous faire Don sans mesure.
Il ne s’agit pas simplement d’un savoir… Il est question de l’orientation de tout notre être et de la canalisation de toutes nos forces de vies : de tout notre cœur impliquant la dimension affective et relationnelle, de toute notre âme impliquant la dimension du sens de notre vie et de la cohérence avec notre être profond, de toute notre force à travers l’engagement de notre liberté et de notre volonté pour un agir créateur.
À maintes reprises, et le docteur de la Loi ne fait pas exception, on cherche inlassablement à piéger Jésus. Comme si, devant l’Amour qu’Il nous exprime, nous avons le réflexe de douter. Il nous est difficile de nous laisser toucher par l’Amour de Dieu, perdus que nous sommes dans les commandements que nous vivons comme des prescriptions extérieures. Subtilement, nous nous donnons une consistance qui repose sur nous-même et nous garde « desséchés », fermés à l’accueil de la sève vitale qui rend possible que nous soyons vivants et féconds.
La référence à notre histoire, comme la référence à la Loi et aux prophètes pour les pharisiens, est d’abord celle d’une révélation de l’initiative de Dieu qui vient Lui-même à notre rencontre pour nous sauver. Et s’il est vrai que notre réponse a une valeur, c’est d’abord parce qu’à travers elle peut se sceller l’Alliance tant désirée par Dieu, comme une réponse d’amour à son Amour qui est premier.
La multiplicité des règles nous rend fragiles à devenir prisonniers d’une lecture où nous avons à « gagner » l’Amour de Dieu, cherchant à obtenir des mérites pour être sauvés. Le « commandement » apparaît comme un « ordre» auquel nous devons répondre, alors qu’il est d’abord l’expression d’une invitation à nous enraciner dans l’Amour de Dieu qui ne cesse de venir à nous, même lorsque son Amour est piégé par notre fermeture.
Prenons une image : ce qui rend possible la mobilité de la bicyclette, c’est qu’au milieu de tous les éléments qui bougent, certains sont fixes, donnant ainsi un axe garant de la stabilité nécessaire pour les déplacements. Si la roue sort de la fourche, la bicyclette perd l’axe qui est garant de l’équilibre et de l’intégrité de la bicyclette… et c’est la chute ! Par sa Parole, le Christ nous révèle l’axe de notre vie. Si notre vie se désarticule de l’Amour qui lui est donné, elle perd son axe.
La connaissance théorique que Dieu nous aime est bien différente de l’accueil réel de son Amour. Les blessures vécues et les expériences qui ont inscrit en nous la conviction que nous n’étions pas aimés pour nous-mêmes nous ont conduit à nous revêtir d’un imperméable, nous rendant étanches à la vie et à l’amour, dans l’humidité toxique où la sudation du doute sur ce que nous sommes nous fait grelotter. Cette prise de conscience nous donne cependant le pouvoir de cesser d’endosser cet imperméable pour enfin devenir perméable à l’Amour de Dieu.
L’Amour de Dieu ne peut se conjuguer avec la haine de soi ou du prochain. En liant les 2 commandements, Jésus nous révèle aussi l’influence réciproque qui se joue entre l’Amour de Dieu, l’amour du prochain et l’amour de soi-même.
L’expérience d’être touché par l’Amour de Dieu trouve aussi son chemin à travers l’amour des autres et l’accueil de soi. Et s’il est vrai que des relations ont pu nous blesser et nous conduire à nous fermer pour nous protéger, il est vrai que c’est aussi à travers des relations que Dieu vient soigner ce qui est blessé en suscitant un accueil sans jugement. Il nous introduit dans cette Pâques où Il nous a aimé plus loin que notre mal.
La correspondance à des règles extérieures peut donner l’illusion d’un « bon fonctionnement ». La fidélité au Souffle présent est d’un autre ordre : elle suscite une réponse toute personnelle, où l’Amour de Dieu, l’amour de l’autre, et de soi se conjuguent au service d’une « porosité » mutuelle à la Grâce qui vient vers nous. Cette « porosité » érode petit à petit tantôt le doute sur nous-même, tantôt le doute sur Dieu, tantôt le doute sur les autres. Cette perméabilité nouvelle interpelle non pas d’abord par la réalité des règles auxquelles nous voulons astreindre les autres, mais par l’amour dont nous devenons contagieux. Le regard d’amour que nous posons sur l’autre interpelle le doute qu’il porte sur la valeur qu’il donne à sa propre vie. Nous épousons alors le Regard du Christ sur les autres et sur nous-mêmes.
Cette expérience de l’Amour ne se fait pas d’un seul coup : elle est progressive, au rythme des rencontres, des engagements, des découvertes, des échecs avoués, des pardons, du contact avec la Parole de Dieu. Parfois, pour les personnes profondément blessées, le seul chemin initialement favorable pour Dieu sera celui de la création.
Le dévoilement de ce qui est fermé en nous et nous garde transi de froid, est conduit peu à peu à l’ouverture pour devenir « poreux » à son Amour… Surgit alors l’élan de l’offrande de ce que nous sommes.
La rencontre du docteur de la Loi est pour Jésus l’occasion de l’accueillir dans la question qu’il porte, et ce, même s’il cherche à Le mettre à l’épreuve. Le test de la réalité devient le miroir et le révélateur de l’état de notre ouverture à son Amour.
Dans ce piège tendu, Jésus rencontre la part d’ombre et de résistance présente dans l’humanité, cette part d’ombre qui lutte inconsciemment contre l’amour qui vient à sa rencontre. Lui, Jésus écoute réellement la question qui lui est posée, sans se laisser polarisé par le piège tendu. Enraciné dans l’Amour du Père, Il se fait chemin d’un Amour qui veut éclairer le docteur « malade » de la Loi. Il fait de ce piège tendu, l’espace de l’engagement de son Amour pour nous sauver.
La grâce continue de saisir ce qui questionne nos vies pour que le dernier mot appartienne à son Amour.
Le Christ Lui-même à la veille du Jeudi-Saint nous révélera la radicale et surprenante Lumière où notre vie prend son sens, alors même que ses mots exprimeront l’effacement dans lequel Dieu Lui-même entre pour nous sauver : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »[1]
Même les mots évoquant l’invitation à aimer Dieu… se font silence. L’Amour de Dieu entre dans cet effacement de nous tourner tout entier vers cet amour mutuel, enraciné dans ce « comme Il nous a aimés! » pour que nous devenions incandescents de son Amour !
En donnant ce que nous avons reçu, nous deviendrons rayonnants et transparents de Lui !
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Jn 15, 12
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