No 5 – série 2026-2027

Évangile du vendredi 11 septembre 2026 – 23ème Semaine du Temps Ordinaire

« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ? » (Lc 6, 39-42)

En ce temps-là,
    Jésus disait à ses disciples en parabole :
« Un aveugle peut-il guider un autre aveugle ?
Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ?
    Le disciple n’est pas au-dessus du maître ;
mais une fois bien formé,
chacun sera comme son maître.

    Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère,
alors que la poutre qui est dans ton œil à toi,
tu ne la remarques pas ?
    Comment peux-tu dire à ton frère :
“Frère, laisse-moi enlever la paille qui est dans ton œil”,
alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est dans le tien ?
Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ;
alors tu verras clair
pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

Méditation – Tout voir à travers le Christ

La réponse à la question de Jésus posée dans la parabole semble très simple : non, un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle. Ça ne sert à rien. Effectivement, ils vont tomber dans un trou. Mais, à quoi exactement Jésus veut-il m’éveiller en posant cette question ? Deux choses qui me viennent à l’esprit quand je pense à ça. Tout d’abord, il s’agit de la manière de voir; ensuite, du choix du maître, de celui qui guide.  

Par curiosité, je suis allée chercher combien de fois dans la Bible apparait le mot « voir ». J’étais étonnée de constater que c’était presque dans chaque livre de la Bible dans les différents contextes et avec les différents motifs. Dans le seul évangile de Luc, il est utilisé 20 fois ! Nous y retrouvons un « voir » comme une présentation des événements : « Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. » (Lc 2, 15).

Un autre « voir » a pour motif l’accusation : « Les scribes et les pharisiens observaient Jésus pour voir s’il ferait une guérison le jour du sabbat ; ils auraient ainsi un motif pour l’accuser» (Lc 6,07) ou la trahison : « Judas partit s’entretenir avec les grands prêtres et les chefs des gardes, pour voir comment leur livrer Jésus » (Lc 22,04). On peut voir avec le motif de curiosité, comme c’était le cas de Zachée : « Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille » (Lc 19,3). Il y a le « voir » pour évaluer la réalité et prévoir ces actes : « Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? » (Lc 14, 28). Il y a enfin le « voir » comme la conséquence de guérison apportée par Jésus : « À cette heure-là, Jésus guérit beaucoup de gens de leurs maladies, de leurs infirmités et des esprits mauvais dont ils étaient affligés, et à beaucoup d’aveugles, il accorda de voir (Lc 7, 21).

Tous ces textes me mènent à me demander : quelle façon de voir prévaut dans ma vie ?   Quand je regarde l’autre, qu’est-ce que je vois en lui ? Avec quel critère je le mesure ? Ai-je vraiment un bon œil pour le voir tel qu’il est ? Moi-même, comment je me vois ? Quels sont mes critères pour m’évaluer ? Est-ce que mes perceptions de ce que je vois sont justes ? Avec l’humilité, je dois constater que mes jugements sont très subjectifs et très teintés par beaucoup de choses personnelles, telles que mon histoire, mes blessures, mes valeurs, mes préférences…

Cela m’amène à une conclusion : je ne peux jamais absolutiser ma propre façon de voir. J’ai besoin de me référer à quelqu’un qui connaît la vérité. J’ai besoin qu’un maître me guide dans la découverte de moi-même, de l’autre, de la réalité qui m’entoure, dans la compréhension des événements qui arrivent dans ma vie. Parmi beaucoup de maîtres qui sont dans le monde, j’ai choisi le Christ pour me guider par sa Parole. Les critères les plus importants de son Évangile, c’est l’amour et la vérité, parce que Lui-même les incarne. Sa parole ouvre mes yeux, éclaire, avertit, inspire à la conversion… Quand je regarde tout à travers le Christ, tous mes filtres personnels tombent et je me rapproche de plus en plus de la vérité.  Plus je l’accueille, plus je vis en vérité. Plus je suis en vérité moi-même, plus je vois l’autre en vérité.

« Le disciple n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître. » La Parole du Christ peut nous transformer de telle façon que nous devenons à notre tour les signes vivants de sa présence, des instruments de sa grâce, comme Saint Paul le dit : « Si donc quelqu’un se purifie des travers dont j’ai parlé, il sera un instrument pour ce qui est honorable, sanctifié, utile au Maître, prêt à faire tout ce qui est bien » (Tm 2,21).

Halyna Kryshtal – hkryshtal@lepelerin.org



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