Avec le vieillissement de la population qui s’accélère, on entend de plus en plus parler de retraite. D’ailleurs, sur internet, on retrouve beaucoup d’information sur comment se préparer financièrement à la retraite, mais on parle peu de l’aspect humain de celle-ci. On aborde rarement la retraite en termes de passage et de l’adaptation psychique et affective qu’elle va nécessiter.

C’est pour briser ce silence et explorer cet angle mort qu’un webinaire grand public, intitulé « Les relations à la retraite, c’est pas toujours un cadeau ! », a été diffusé en hiver 2026 par l’équipe d’Évangélisation des profondeurs (ÉDP). Animé par Carmen Boisclair, ce rendez-vous proposait de s’arrêter sur un sujet qui touche plusieurs d’entre nous, mais qui demeure trop souvent exclu de nos conversations quotidiennes.

Pour plusieurs, la retraite est la période dont on rêve depuis tant d’années. C’est souvent perçu comme un temps de rêve : avoir du temps pour soi, voyager, réaliser des projets… Pourtant, arrivé en plein cœur de celle-ci, la réalité peut se traduire en idéaux déçus et mettre les nouveaux retraités face à de grands défis humains. Que l’on soit en couple, en famille ou célibataire, les relations subissent des changements profonds et apprivoiser ce passage demande de réels repères.

Si vous n’avez pas pu assister à l’événement en direct ou si vous souhaitez réécouter les riches enseignements de Josée Lampron ainsi que le témoignage touchant de Lucille Lanoie, la rediffusion complète est disponible ci-dessous.

Le choc de la réalité : quand le quotidien bouscule nos repères

Pour ceux qui vivent en couple, l’idéal qu’on avait projeté de la retraite peut se révéler très décevant. Souvent, la femme veut voyager, parce qu’elle trépigne de sortir de la maison, et le mari ne rêve que d’enfin se reposer et rester dans ses pantoufles à la maison. Ce retour à la maison peut créer de véritables « luttes territoriales », car chacun veut protéger ce qui était son espace sacré. L’« envahisseur retraité » veut reconquérir un espace dont il n’avait pas eu besoin jusqu’ici, ce qui laisse présager de nombreuses frictions à l’horizon ! Face à ces tiraillements, il devient obligatoire de réinventer une vie à deux.

Les parents ne vivent pas non plus pareillement le départ des enfants. Plusieurs se retrouvent pris entre le sentiment d’« enfin ils sont partis » et, en même temps, une absence difficile qui crée un grand vide et une grande solitude.

Et pour tous, y compris les célibataires, les relations de travail font désormais partie du passé. C’est une coupure parfois drastique. Pour une personne seule, l’importance du réseau professionnel était souvent majeure, car on passait 8 heures par jour avec des confrères et des consœurs qui meublaient une grande partie de la vie. Une fois à la retraite, on se retrouve avec de nombreuses heures quotidiennes qui sont libérées, et l’idéal de pouvoir poursuivre ses relations en dehors du travail ne se réalise pas aussi facilement qu’on le pensait. Il peut y avoir alors une solitude aggravée où se posera plus clairement la question du sens de sa vie et de l’identification des personnes réellement importantes.

Le quart des divorces concernent les 55 ans et plus au Québec

Au Québec, le phénomène du « divorce gris » est une réalité frappante : 25 % des divorces concernent désormais les personnes de 55 ans et plus. Mais le portrait comporte aussi une lueur d’espoir : les statistiques démontrent que les retraités engagés socialement rapportent un niveau de bonheur supérieur de 15 % à 20 % par rapport à ceux qui restent isolés. Les relations peuvent donc s’avérer extrêmement nourrissantes lorsqu’on accepte de les entretenir.

25% des divorces concernent les 55 ans et plus au Québec

Une clé essentielle : passer de l’indépendance à l’interdépendance

Pour mieux comprendre les dynamiques qui se jouent à cette étape, Josée Lampron propose d’analyser nos relations à travers quatre définitions de base:

  • La dépendance : « État, situation de quelqu’un, d’un groupe, qui n’a pas son autonomie par rapport à un autre, qui n’est pas libre d’agir à sa guise » (Larousse). On ne peut pas vivre sans l’autre. Dans ce cas, on ne peut pas migrer vers l’interdépendance, car on ne possède pas l’autonomie personnelle préalable.
  • L’indépendance : « État de quelqu’un qui n’est tributaire de personne sur le plan matériel, moral, intellectuel » (Larousse).
  • L’autonomie : Demeurer dans une liberté qui nous permet d’agir librement, quelles que soient les circonstances et dans n’importe quelle situation de la vie, et ce même dans une réalité changeante. C’est l’exemple d’une personne avec un handicap qui, malgré la limite de ses capacités extérieures, peut demeurer intérieurement parfaitement libre.
  • L’interdépendance : Sur le plan psychologique, c’est le fait que les individus sont en constante interaction et que leurs comportements ainsi que leurs émotions sont influencées par la nature de leurs liens mutuels. Les psychologues Christophe André et Rebecca Shankland parlent d’ailleurs de « ces liens qui nous font vivre ».

L’indépendance est très valorisée dans notre monde actuel et, malheureusement, souvent confondue avec l’autonomie. Il existe une vision courante selon laquelle avoir besoin des autres et demander de l’aide serait un signe de faiblesse, voire d’immaturité. Cette survalorisation de l’indépendance peut amener une personne vers le burnout, à force de s’interdire de demander du soutien. Or, la pleine indépendance est une illusion. Nous sommes créés dès notre conception en dynamique d’interdépendance.

L’interdépendance, c’est accepter de ne pas savoir tout, tout seul. C’est un choix libre, une relation où l’un et l’autre se mettent ensemble. Pour imager ce concept, Josée utilise la magnifique métaphore du compagnonnage des plantes au jardin. Si l’on plante des tomates et du basilic à proximité, le basilic repousse certains nuisibles et améliore même le goût des tomates. Pourtant, la tomate reste une tomate et le basilic reste du basilic. Ils ne fusionnent pas ensemble, ils restent distincts mais s’entraident mutuellement.

Selon différentes enquêtes, l’interdépendance réussie permet de partager un objectif commun, de faire émerger le meilleur de chacun grâce à un climat de confiance et de s’appuyer sur les différences et les complémentarités, car l’autre n’est plus perçu comme un danger ou une compétition. Plus on est conscient qu’on a besoin de l’autre, plus chacun développe ses propres compétences de façon autonome. Face à une difficulté, la présence d’un proche est alors vécue comme un défi à relever plutôt que comme une menace à éviter.

Compagnonnage entre un plant de tomate et de basilic

Les 4 pièges relationnels à éviter, selon l’approche ÉDP

Sur la route de l’interdépendance, il existe plusieurs dérives psychologiques et relationnelles qu’il convient de surveiller. Inspirée des enseignements de Simone Pacot, fondatrice du mouvement Évangélisation des profondeurs en France, Josée Lampron met en garde contre quatre pièges précis:

  1. La fusion : Se mélanger avec l’autre au point de perdre sa propre couleur. C’est couper ses tomates et son basilic ensemble pour en faire une salade où l’on ne distingue plus les identités propres.
  2. La confusion : Embarquer dans les bottines de l’autre, ne plus savoir qui est qui ni qui fait quoi.
  3. L’emprise : Vouloir contrôler l’autre pour qu’il agisse selon nos désirs, ou à l’inverse, s’oublier totalement en se laissant contrôler et en refoulant ses désirs intérieurs.
  4. La convoitise : Se comparer sans cesse aux autres ou aux voisins (en enviant leurs voyages ou leurs projets), en oubliant que l’herbe n’est pas toujours plus verte chez le voisin.

Passer à l’action : pistes concrètes pour réinventer la relation

Comment en arrive-t-on concrètement à l’interdépendance ? Le chemin exige de poser des gestes réels.

Nommer la problématique en vérité

La première étape consiste à mettre des mots sur son histoire et sur ce qui ne va pas. Il faut tourner son regard vers l’intérieur et se poser les vraies questions : Qu’est-ce qui me dérange ? Comment je me sens là-dedans ? Qu’est-ce que le comportement de l’autre me fait vivre (culpabilité, frustration, injustice, tristesse, solitude)? Quelle est ma réaction face aux événements ? Mettre des mots permet de se conscientiser sur là où on en est. Après tout, on ne peut pas quitter une ville si on ne sait pas qu’on y habite! Cet exercice aide à cerner ce qui m’appartient et ce qui appartient à l’autre, afin de se responsabiliser sans pour autant se taper sur la tête. On ne peut pas changer une couette de cheveux d’un reflet dans un miroir, on a du pouvoir uniquement sur la personne à l’origine de ce reflet. Dès lors, préférez-vous rester « complice » de ce qui vous arrive ou passer à l’action?

Apprendre à exister sans s’effacer

Parfois, pour acheter la paix, on a fait plus que notre bout de chemin : on s’est effacé, on s’est bâillonné, on a refoulé nos désirs et on s’est sur-adapté en laissant toute la place à l’autre. On ne peut pas vivre ainsi toute une vie sans subir des contrecoups dans sa psyché et dans son corps. Il faut apprendre à exister et à prendre sa place, mais sans écraser l’autre, pour trouver un juste équilibre. Pour les couples, cela demande une communication empreinte de respect, de patience et de bienveillance.

L’art de la négociation et du petit pas

Négocier n’est pas forcément un bras de fer ou un combat avec des gants de boxe. C’est développer une écoute en vérité qui tient compte des valeurs et des besoins de chacun. Pour avancer, déterminez un petit geste qui est à votre portée, ici et maintenant. Il est capital que ce pas soit réalisable et mesurable pour vous mettre en action et cesser d’être complice des désordres.

Assumer les renoncements et les deuils

On ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Dans tout changement, il y a des bénéfices que l’on peut perdre et des attentes desquelles il faut se détacher. Il faut parfois renoncer à l’idéalisation d’un conjoint romantique ou d’une relation parfaite avec ses enfants. Ces illusions sont des liens qui nous ligotent et nous empêchent d’être vivants. Accepter d’en faire le deuil ouvre un véritable chemin de vie.

La force de la gratitude au quotidien

En écho au témoignage bouleversant de Lucille Lanoie, qui a traversé l’épreuve de la maladie de son conjoint en vérité, un exercice pratique peut transformer votre regard. Inspiré de l’ouvrage Je choisis de tes mains du psychologue Edward Ford, cet exercice consiste à noter chaque jour deux choses positives que l’autre fait (un simple merci, un mot doux, une attention discrète). Modifier sa perception permet de traverser les tempêtes relationnelles et d’activer la gratitude comme une immense force de vie.

Conclusion : un chemin de vie et d’espérance

La retraite est une transition exigeante, un passage relationnel qui ne se vit pas seulement en termes d’organisation matérielle ou de projets de voyages. C’est une invitation profonde à s’arrêter, à mettre des mots sur ce qui se joue en nous et à faire de cette étape un magnifique lieu de croissance intérieure.

Si vous ressentez le besoin d’aller plus loin, d’être soutenu ou d’approfondir ces repères de vie, l’Évangélisation des profondeurs vous propose de nombreuses ressources. Vous pouvez vous informer sur nos sessions, découvrir les livres de Simone Pacot ou intégrer un groupe de lecture régional en visitant le lien suivant.

FAQ – Comprendre les défis relationnels à la retraite

Pourquoi la retraite provoque-t-elle des tensions dans le couple ?

À la retraite, la perte de la routine professionnelle et la cohabitation constante bousculent les habitudes et les espaces de chacun. Sans préparation humaine, ce retour permanent à la maison peut déclencher des « luttes territoriales » autour des espaces sacrés de la maison et faire émerger des idéaux déçus face au rythme de vie de l’autre.

Qu’est-ce que le « divorce gris » ?

Le terme « divorce gris » désigne les séparations et les divorces qui surviennent tardivement chez les couples d’âge mûr. Au Québec, les données de Statistique Canada indiquent que ce phénomène est en forte progression et que 25 % des divorces concernent désormais les personnes de 55 ans et plus.

Quelle est la différence entre l'autonomie et l'interdépendance ?

L’autonomie est la capacité de demeurer dans une liberté intérieure qui nous permet d’agir librement, quelles que soient les circonstances et les limites extérieures de notre vie. L’interdépendance, quant à elle, est le choix libre de deux personnes autonomes qui décident de se mettre ensemble, de s’appuyer sur leurs complémentarités et de s’entraider mutuellement, sans jamais fusionner ni s’écrase.

Comment surmonter l'isolement au moment du départ à la retraite ?

La perte du réseau de travail est une coupure drastique, en particulier pour les personnes célibataires pour qui les collègues meublaient une grande partie du quotidien. Pour surmonter ce vide, l’engagement social et la mise en relation sont essentiels : l’Institut de la statistique du Québec démontre que les retraités engagés affichent un indice de bonheur supérieur de 15 % à 20 % par rapport aux personnes isolées.

Où trouver de l'aide et des outils pour cheminer humainement à la retraite ?

Inspirée des repères de vie de Simone Pacot, la démarche d’Évangélisations des profondeurs propose des sessions de formation, des groupes de lecture et des livres pour apprendre à visiter ses profondeurs et vivre ses relations en vérité. Toutes les informations sont disponibles au lien suivant.

À propos d'Évangélisation des profondeurs

Évangélisation des profondeurs propose un chemin d’incarnation et de vie. À travers des sessions, des groupes de lecture et des temps de ressourcement, nous apprenons à ouvrir à l’Esprit Saint toute notre histoire, nos relations blessées et les événements de nos vies. Appuyés sur la Parole de Dieu et éclairés par les sciences humaines, nous découvrons qu’« quels que soient les événements, il y a une issue de vie possible ».

Cette démarche intègre toutes les dimensions de la personne – le corps, la psyché et le cœur profond – et s’enracine dans cinq repères de vie : choisir la Vie, accepter notre condition humaine, devenir nous-mêmes en Dieu, rechercher l’unité intérieure et entrer dans la fécondité du don.

Convaincus que Dieu initie tout mouvement vers la Vie, nous nous posons dans la liberté reçue du Père, nous accueillons la Vie que le Ressuscité veut faire surgir en nous, et nous ouvrons notre être tout entier au souffle créateur de l’Esprit Saint, lui qui fait toutes choses nouvelles.

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