No 236 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 13 mai 2026 – 6ème Semaine du Temps Pascal

« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 12-15)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« J’ai encore beaucoup de choses à vous dire,
mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité,
il vous conduira dans la vérité tout entière.
En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même :
mais ce qu’il aura entendu, il le dira ;
et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera,
car il recevra ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ;
voilà pourquoi je vous ai dit :
L’Esprit reçoit ce qui vient de moi
pour vous le faire connaître. »

Méditation – Ce qui va venir

Dès l’origine, « le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux » (Gn 1,2). L’Esprit accompagne le Père qui crée par la Parole et Il assiste l’humain auquel est confiée la mission de nommer la Création dans un acte filial de reconnaissance. Reconnaître le créé dans l’offrande du mot juste, tel est le devoir de l’homme. « L’Esprit de vérité » qui pénètre la Création nourrit l’homme dans son œuvre de vérité. Dans l’action de grâce, l’homme reçoit la Création comme un don.

Adam nomme les animaux (Gn 2,19-20), mais n’attribue pas un Nom à Dieu, l’au-delà de tout. Moïse reçut le Nom divin dans l’agenouillement du buisson ardent. Dans cet évangile, Jésus nous apprend que l’Esprit partage à l’homme ce qu’Il a entendu de la vie trinitaire : « L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. » L’ange confie le Nom de Jésus à Joseph qui l’accueille : « tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,21). Le Saint Nom de Jésus est la clé qui nous ouvre la vie spirituelle. En Jésus, Dieu sauve. L’évangélisation ne consiste pas à bricoler un salut à la place des gens comme un escamoteur qui éblouit par son habileté. L’évangélisation nomme Jésus et nous renvoie à Celui qui sauve. Car, le salut n’est pas en nous, mais dans la personne de Jésus qui est la clé… Dans leur désir d’emprise, c’est cette clé que les Pharisiens avaient perdu : « Malheur à vous, docteurs de la loi ! parce que vous avez enlevé la clef de la science ; vous n’êtes pas entrés vous-mêmes, et vous avez empêché d’entrer ceux qui le voulaient. » (Mt 11,52).

Le Nom de Jésus est une expérience de vie, car ce Nom vivant est actif. Le Nom de Jésus est une clé, car, en Lui, notre vie bascule, une porte pivote et nos impasses s’ouvrent à une vie nouvelle. Jésus crée devant nous un espace et suscite la possibilité d’une marche : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé » (Jn 10,9). Quand la porte est rouillée et que nous suffoquons dans notre atmosphère viciée, Jésus prend les devants. Car, Jésus frappe à la porte de notre cœur pour proposer son repas de communion (Ap 3,19). Mais, dans notre vie, beaucoup de choses nous écrasent. Nous ne pouvons porter les vérités que Jésus entend nous partager : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. » Nous ne pouvons porter, car nous avons besoin d’être portés par l’Esprit. Nous sommes aveugles et dépendons de l’Esprit.

Plus Dieu se rapproche et plus son rapprochement Le voile à nos yeux. Quel paradoxe ! Dieu ne S’amuse pas à Se cacher : c’est l’éclat de la proximité de Dieu qui nous aveugle. D’abord, Dieu S’est manifesté par la Création dans une gloire de puissance. Mais, cette gloire, manifestée dans la matière, dissimulait encore l’essentiel. La beauté de Dieu contemplée dans la création exprime-t-elle un amour ?

Puis, au temps voulu, Dieu s’est révélé dans l’Incarnation du Christ dans un lieu, dans une langue et dans un pays. Dieu S’est rapproché de notre condition humaine en parlant et vivant à nos côtés. Jésus a dit les mots que la création, même belle, ne prononçait pas. Dieu S’est révélé dans la vulnérabilité d’une chaire humaine pour dire Son amour. Mais, Se rapprochant de nous sous la forme humaine, Dieu n’était pas évident pour tous : était-il si facile de reconnaître la divinité de Jésus aux jours de sa vie terrestre ? Beaucoup ne comprirent rien et doutèrent. À la veille de sa mort, pour être avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde, Jésus a choisi de Se rendre présent dans un morceau de pain. Cet abaissement vers la matière du pain est encore plus grand.

Avec la Pentecôte, Jésus se rend proche de tout homme et de tout temps en entrant dans l’âme par l’Esprit. Jésus honore Sa promesse de ne plus nous laisser seuls : « Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous » (Jn 14,18) et cela s’accomplit dans l’effusion de l’Esprit. Jésus rejoint l’intimité de chaque âme pour initier un dialogue intérieur. « Jésus leur dit encore : Je m’en vais, et vous me chercherez, (…) ; vous ne pouvez venir où je vais. » (Jn 8,21). L’endroit où les disciples ne peuvent aller, c’est bien cette profondeur du coeur où réside l’Esprit de Dieu. L’Esprit est donc requis pour animer dans notre coeur les Paroles mêmes de Jésus dans une langue personnelle. « Ces hommes qui parlent ne sont-ils pas tous des Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? » (Actes 2,1). Les gens de la foule, à la Pentecôte, étaient dans la stupéfaction parce que chacun d’eux entendaient les apôtres parler leur propre langue. Mais, le miracle de la communication n’était que l’aspect le plus superficiel de l’émerveillement devant l’Esprit, l’aspect le plus sensationnel. Il y a plus et il y a mieux encore ! Le plus fécond est de découvrir que, dans l’intime de mon coeur, Dieu me parle et utilise mes manières humaines pour me parler à Sa façon divine. L’Esprit murmure à notre coeur l’Amour même du Dieu Bon: « ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira »

Avec les paroles de Jésus qui annonce l’Esprit, nous en avons l’assurance : Dieu nous parle aujourd’hui. L’Esprit s’unit à nous. « Le domaine que la pensée chrétienne doit accorder à l’Esprit Saint ne peut jamais être assez vaste. Jésus-Christ, figure du Serviteur de Dieu sur terre, fut un bref moment à peine perceptible dans l’histoire du monde. Quelques paroles, quelques actes, et tout est déjà fini… “Il vaut mieux pour vous que je m’en aille. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira vers la vérité tout entière” (Jn 16,7.13). La maigre révélation en paroles et en actes s’ouvre sur les dimensions qui sont confiées au seul Esprit de Dieu » (1)

Comme Il fit route avec les disciples d’Emmaüs, aujourd’hui Jésus fait route avec nous pour nous expliquer cette histoire sainte qu’est notre vie. Par l’Esprit, Jésus nous aide à trouver les mots justes qui interprètent notre existence et révèlent l’amour du Père. N’est-ce pas ce que nous vivons dans la prière et l’accompagnement ? Jésus chemine avec notre humanité grâce à l’Esprit qui unit et fait de notre vie la plus ordinaire le lieu d’une rencontre.

Vincent REIFFTSECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Note :

(1) Hans Urs von Balthasar, Cordula ou l’épreuve décisive, (p.93).



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