No 168 – série 2025-2026
Évangile du vendredi 6 mars 2026 – 2ème Semaine de Carême
« Voici l’héritier : venez ! tuons-le ! » (Mt 21, 33-43.45-46)
En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :
« Écoutez cette parabole :
Un homme était propriétaire d’un domaine ;
il planta une vigne,
l’entoura d’une clôture,
y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde.
Puis il loua cette vigne à des vignerons,
et partit en voyage.
Quand arriva le temps des fruits,
il envoya ses serviteurs auprès des vignerons
pour se faire remettre le produit de sa vigne.
Mais les vignerons se saisirent des serviteurs,
frappèrent l’un,
tuèrent l’autre,
lapidèrent le troisième.
De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs
plus nombreux que les premiers ;
mais on les traita de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils,
en se disant :
“Ils respecteront mon fils.”
Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux :
“Voici l’héritier : venez ! tuons-le,
nous aurons son héritage !”
Ils se saisirent de lui,
le jetèrent hors de la vigne
et le tuèrent.
Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra,
que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond :
« Ces misérables, il les fera périr misérablement.
Il louera la vigne à d’autres vignerons,
qui lui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit :
« N’avez-vous jamais lu dans les Écritures :
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux !
Aussi, je vous le dis :
Le royaume de Dieu vous sera enlevé
pour être donné à une nation
qui lui fera produire ses fruits. »
En entendant les paraboles de Jésus,
les grands prêtres et les pharisiens
avaient bien compris qu’il parlait d’eux.
Tout en cherchant à l’arrêter,
ils eurent peur des foules,
parce qu’elles le tenaient pour un prophète.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Quel vigneron suis-je ?
Les paraboles me fascinent. Jésus utilise fréquemment ce style dans ses dialogues avec les disciples et avec les pharisiens. Ce n’est pas une argumentation cartusienne et rigoureuse, un développement en trois points suivi d’une conclusion irréfutable. La parabole est une histoire, un peu décalée ; elle consonne avec une situation existante, et va conduire à réfléchir à celle-ci avec un regard un peu différent. Jésus ne s’adresse pas à des intellectuels, mais à des cœurs : il les met face à eux-mêmes La conclusion ne s’impose pas, elle interroge. Elle invite à la réflexion personnelle, mais elle laisse la liberté à l’auditeur de tirer ses propres conclusions en son âme et conscience.
Dans cette péricope, le propriétaire du domaine avait bien fait toutes choses pour que la vigne puisse pousser dans de bonnes conditions, et que les vignerons puissent bien faire leur ouvrage : protection contre les prédateurs grâce à une clôture, installation d’un pressoir permettant aux vignerons de produire le vin sur place, et même : construction d’une tour de garde pour se défendre d’éventuelles attaques… Tout est remis entre les mains des vignerons au moment du départ, dans une confiance radicale… non par naïveté, mais dans un acte d’amour. Les vignerons, eux, ne voient pas un don, mais une possession. Ils ne voient pas un lien, mais une opportunité. Et quand les envoyés arrivent (les prophètes) , ils les rejettent. Quand vient le Fils, ils le tuent. Leur désir ? Hériter. Leur peur ? Perdre le contrôle. Leur aveuglement ? Croire que la vigne leur appartient.
Jésus ne dit pas : « Vous êtes ces vignerons. » Il dit : « Que pensez-vous ? » Et les auditeurs (les chefs religieux) comprennent. Ils savent. Mais ils ne changent pas. Ils endurcissent leur coeur, comme tant de fois l’Ancien Testament le relate. La peur les guide, non la conversion. Ils guettent l’occasion de le piéger et non de se laisser transformer.
Et nous, aujourd’hui ? Nous qui lisons ce texte dans un monde où l’Église, les communautés, chacun de nous, sommes aussi des « vignerons » ? Quelle est notre vigne ? Nos talents ? Nos responsabilités ? Nos missions ? Nos relations ? Nos prières ? Nos silences ?
Dieu nous a confié des dons, non pour les accumuler, mais pour les faire fructifier. Non pour les posséder, mais pour les partager. Et pourtant, combien de fois la vigne devient-elle notre propriété ? Combien de fois le don devient-il une source de sécurité, de pouvoir, d’identité, au lieu d’être un appel à la générosité ?
La parabole ne se termine pas par un châtiment, mais par une promesse : « Il louera la vigne à d’autres vignerons. » Une nouvelle alliance. Une nouvelle confiance. Un nouveau départ. Ce n’est pas une menace, mais une invitation : « Reviens. Sois vigne, et non propriétaire. Sois ouvrier, et non maître. »
Pour les premiers chrétiens, ce texte disait : « Vous êtes les bénéficiaires d’une nouvelle alliance. » Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’Église, les communautés, chacun de nous, sommes-nous restés fidèles à cette alliance ? Ou avons-nous, nous aussi, transformé la vigne en domaine privé ?
Dans ma propre vigne, ma vie spirituelle, ma mission, quels sont les fruits que je rends à Dieu ? Quels sont ceux que je garde pour moi ? Où est ma confiance ? Où est ma peur ? Où est mon cœur ?
La parabole ne me juge pas : elle me regarde. Elle m’invite à regarder. À me demander : « Quel vigneron suis-je ? » Et surtout : « Qui est le propriétaire de ma vigne ? »
Soeur Marie-Emmanuel Raffenel – raffenel@gmail.com
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