No 161 – série 2025-2026
Évangile du vendredi 27 février 2026 – 1ère Semaine de Carême
« Va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Mt 5, 20-26)
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Je vous le dis :
Si votre justice ne surpasse pas
celle des scribes et des pharisiens,
vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens :
Tu ne commettras pas de meurtre,
et si quelqu’un commet un meurtre,
il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis :
Tout homme qui se met en colère contre son frère
devra passer en jugement.
Si quelqu’un insulte son frère,
il devra passer devant le tribunal.
Si quelqu’un le traite de fou,
il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel,
si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel,
va d’abord te réconcilier avec ton frère,
et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire
pendant que tu es en chemin avec lui,
pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge,
le juge au garde,
et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis :
tu n’en sortiras pas
avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – La justice et l’amour
Les scribes d’Israël étaient des érudits, dont le rôle était d’étudier la Loi, de la transcrire et d’écrire des commentaires sur elle. À l’époque du Nouveau Testament, les scribes étaient souvent associés à la secte des pharisiens. Ils enseignaient le peuple (cf. Mc 1,22) et interprétaient la Loi. Ainsi ils étaient respectés par la communauté à cause de leur connaissance, de leur dévouement et de leur apparence de piété. Cependant le Christ nous dit aujourd’hui que nous devons dépasser la justice des scribes et des pharisiens pour entrer dans le royaume des cieux. La simple exécution littérale de la Loi et la fidélité extérieure à celle-ci ne suffisent pas. Le Christ nous ramène encore une fois à un niveau intérieur : le niveau du cœur.
Il ne s’agit pas bien sûr de laisser la justice à part. Elle a sa raison d’être, mais elle doit être complétée avec l’amour. À son tour, l’amour n’existe pas sans justice qu’on peut autrement appeler « respect » pour l’autre. La justice consiste à rendre à chacun, personne ou communauté, le bien qui lui est dû. Mais nous oublions parfois que la justice, le respect, c’est d’abord vouloir que l’autre soit. Selon François Varillon, prédicateur jésuite, « nous n’avons pas autre chose qu’à imiter Dieu… Dans la Trinité, il y a justice et amour. Justice, car chaque Personne veut que l’autre existe. Amour, car chaque Personne s’efface devant l’autre, pour que l’autre soit davantage. Justice et amour, c’est le mystère de la Trinité. Respect et unité, et union intime »[1]. La justice et l’amour constituent ensemble les deux composantes de l’attitude proprement humaine, telle que Dieu la veut. Par la suite, ce même auteur confesse : « Notre premier péché à tous, c’est que nous ne respectons pas tellement les autres, surtout si nous avons bien compris qu’il s’agit du respect actif. Il faut vouloir positivement que l’autre existe vraiment au sens fort du mot exister. Or nous passons notre temps à l’annuler, à lui dire : « Sors un peu de mon chemin ! » À chacun d’entrer dans les détails. Nous sommes tous des meurtriers, tous. Seulement on a pris l’habitude de parler de meurtre uniquement quand il y a du sang versé »[2].
Dans l’Évangile d’aujourd’hui le Christ élargit la compréhension du commandement « Tu ne commettras pas de meurtre ». Ce commandement interdit toutes les actions qui nuisent et détruisent la vie humaine. Mais il appelle également à respecter la vie, la dignité humaine, l’intégralité de l’être d’autrui…[3] La colère, l’insulte, le traitement de fou de son frère – c’est le contraire de la relation de respect et d’amour. En effet, dans le cœur encombré par la colère, par les jugements, les indignations, les humiliations verbales, il n’y a pas de place pour l’amour.
Et pourtant, la personne n’a qu’un seul cœur, avec lequel elle aime Dieu et son prochain. La vérification de sa relation avec Dieu passe toujours par la relation avec son frère et sa sœur. Comme cela exprime Saint Jean : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur » (1 J 4,20-21).
Il n’y a d’autre chemin que la conversion du cœur pour vivre la justice et l’amour. C’est le chemin de l’humilité qui est un vrai art de voir soi-même et l’autre en vérité, de reconnaitre ses fautes, de se pardonner mutuellement… Dieu mérite que nous l’approchions avec le cœur pur et libre, réconciliés avec nos proches. C’est nécessaire pour vivre l’union avec Lui.
Je terminerai cette méditation avec la dernière pensée tirée du livre de François Varillon : « Pour être juste, il faut avoir en soi toute l’énergie de l’amour. Autrement dit, pour atteindre simplement la justice, il faut viser plus haut que la justice (…). L’énergie de l’amour pour nous s’appelle le Saint-Esprit. Et si nous recevons le Saint-Esprit – et nous communions pour recevoir le Saint-Esprit par la médiation du corps du Christ ; ce que le Christ nous donne, c’est son Esprit, le Saint-Esprit –, c’est l’énergie de l’amour qui doit nous rendre capables de pratiquer la justice, donc de respecter activement nos frères »[4].
Halyna Kryshtal – hkryshtal@lepelerin.org
[1] François Varillon, Vivre le christianisme. L’humilité de Dieu. La souffrance de Dieu. Préface de Jacques Duquesne, Bayard 2002, p. 84.
[2] Ibid. p. 85.
[3] Cf. CEC 2284-2298.
[4] François Varillon, Vivre le christianisme…, p. 91.
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