No 166 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 4 mars 2026 – 2ème Semaine de Carême
« Ils le condamneront à mort » (Mt 20, 17-28)
En ce temps-là,
Jésus, montant à Jérusalem,
prit à part les Douze disciples
et, en chemin, il leur dit :
« Voici que nous montons à Jérusalem.
Le Fils de l’homme sera livré
aux grands prêtres et aux scribes,
ils le condamneront à mort
et le livreront aux nations païennes
pour qu’elles se moquent de lui,
le flagellent et le crucifient ;
le troisième jour, il ressuscitera. »
Alors la mère des fils de Zébédée
s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean,
et elle se prosterna pour lui faire une demande.
Jésus lui dit :
« Que veux-tu ? »
Elle répondit :
« Ordonne que mes deux fils que voici
siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,
dans ton Royaume. »
Jésus répondit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? »
Ils lui disent :
« Nous le pouvons. »
Il leur dit :
« Ma coupe, vous la boirez ;
quant à siéger à ma droite et à ma gauche,
ce n’est pas à moi de l’accorder ;
il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
Les dix autres, qui avaient entendu,
s’indignèrent contre les deux frères.
Jésus les appela et dit :
« Vous le savez :
les chefs des nations les commandent en maîtres,
et les grands font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi :
celui qui veut devenir grand parmi vous
sera votre serviteur ;
et celui qui veut être parmi vous le premier
sera votre esclave.
Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Ça pique… les pieds qui se réchauffent !
En sortant du bureau, Frédéric passe à l’église où il s’est marié, il y quelques années avec Sophie. Dans une pénombre illuminée de quelques lumignons, il s’adresse au Christ :
« Était-ce trop demander, Seigneur, d’être heureux dans mon mariage ? Quand je me suis avancé vers Ton autel, dans mon beau costume, Tu avais fait de notre amour un diamant invincible ! Je marchais vers Toi, invulnérable ! Au Casino de la vie, j’ai raclé le fond de mon âme pour donner jusqu’au dernier sou de mon amour… et j’ai tout misé… »
Revenant du marché, une grand-mère entre dans l’église et pose son sac de course. Elle vient prier devant cette statue d’un Christ blessé et flagellé. Sans s’occuper de Frédéric, sortant de son sac un livret de méditations de carême, elle lit les versets de l’évangile :
« Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient. »
La grand-mère lit la méditation imprimée dans son livret :
« Pourquoi devait-il souffrir et mourir ? Pourquoi le royaume ne se manifeste-t-il pas ? » (1)
La grand-mère s’interroge :
« Tu as souffert, Seigneur… Tu n’as pas fait descendre Ton Royaume… d’un coup… comme Tom Cruise qui aux J.O. de Paris descendit du ciel accroché à un filin pour recevoir la flamme olympique ! Ce Royaume, Tu veux qu’on le construise avec Toi. »
Frédéric sort de sa poche une chaussette qu’il dépose au pied d’une statue du Christ.
« Voilà… je Te la donne cette chaussette ! Prends-la ! Regarde ma chaussette posée là… comme une question que je t’adresse ! Hier, Sophie m’a lancé un regard terrible parce que mes chaussettes traînaient. Un regard de colère… Comment peut-on avoir un regard si noir quand on a les yeux si bleus ? Les reproches ont commencé. Mais… je ne me suis pas soumis… je ne suis plus l’enfant qui subissait les critiques de sa mère ! Je lui ai montré qui je suis ! Comme au bureau, c’était la lutte pour le pouvoir ! »
La grand-mère reprend la lecture évangélique :
« Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. »
Frédéric se souvient de ses espoirs de jeune marié :
« Je voulais rester amoureux de Sophie toute ma vie. Cette espérance, c’était trop demander Seigneur ? »
La grand-mère reprend la méditation du livret :
« Pourquoi votre espérance (enfantine) s’est-elle brisée comme un jouet fragile ? Et elle recommence à se briser chaque jour parce que vous ne pouvez pas vous empêcher de la recoller tant bien que mal chaque jour. C’est moi-même qui ruine votre espérance en un royaume imminent, les trônes à droite et à gauche, (…) tout cela qui ne fait qu’exprimer votre désir de repos et de sécurité facile dans le royaume de ce monde » (1)
La grand-mère s’étonne de la chaussette déposée par Frédéric près de la statue. Regardant ce geste de familiarité, elle sourit. Dans la douceur de la chapelle chauffée, elle se sent chez elle. La grand-mère poursuit sa lecture :
« Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. »
Elle repense aux fils de Zébédée :
« Ils ont transformé le Royaume en lutte pour le pouvoir. La sécurité facile d’un royaume dominé par le pouvoir, Tu n’en veux pas Seigneur ! Tu nous veux vivants ! »
Puis, voyant la chaussette, elle se souvient de Gaston, son défunt mari.
« Avec mon Gaston, combien de batailles autour des chaussettes ! Et maintenant, comme j’aimerais voir traîner ses chaussettes ! J’ai mis du temps à comprendre que le drame des chaussettes est un ange ordinaire… un envoyé qu’il faut écouter. C’est fatigant quand on lutte… On devient sourd quand on lutte. Et l’ange de la chaussette ordinaire restait là avec son message qu’on n’écoute pas. Mon Gaston et moi, on était comme les fils de Zébédée ! Chacun voulait défendre sa place et posséder son trône. On voulait faire taire l’autre au lieu de l’écouter dans sa douleur. Mais, quand on choisit de faire Alliance, on écoute ce que demande la relation. Alors, la chaussette raconte son histoire, elle délivre son message. Et l’ange parle. Derrière la chaussette, une histoire blessée veut être entendue, chérie et consolée… Avec l’écoute, le mariage devient un chemin pour se découvrir ! Il était susceptible mon Gaston… Le moindre reproche et hop ! Il se défendait contre sa mère… Là où une relation ancienne m’a blessé, c’est justement là où je ressens encore un mal dès qu’on appuie. C’est comme une plaie ouverte… »
Elle soupire… et sourit…
« Dans l’amour, le travail de la relation, c’est justement d’appuyer là où je dois progresser. Comme je souffrais quand il faisait ses remarques, j’ai mis du temps à comprendre que mon Gaston ne me voulait pas de mal. Pauvre Gaston… un peu rude, mais si gentil, au fond. Le quotidien de la vie indique les zones à travailler, les émotions s’allument pour indiquer les zones à explorer. Mais… moi, j’avais pas envie de traverser ces émotions. Mon Gaston, il avait le chic pour allumer en moi des émotions anciennes si douloureuses… Mais, ces émotions étaient des chances… des poteaux indicateurs de mon pays blessé. La mission du couple est de pointer les bleus de l’âme pour inviter à une démarche de cicatrisation. Sortir ensemble du désert… Gaston pointait les zones congelées de mon cœur, les zones douloureuses que j’avais bloquées en espérant ne plus souffrir. Il me disait alors : regarde ces zones gelées qui encombrent ton cœur. »
Retirant ses chaussures, la grand-mère approche ses pieds gelés de la source de chaleur. Toute retournée par ses souvenirs, et comme pour s’excuser, la grand-mère regarde Frédéric en disant :
« C’est comme après une journée de ski, les pieds engourdis se réchauffent auprès de la cheminée : ça pique, ça brûle, parce que le sang circule de nouveau. La vie revient. Mais, le chauffage ne veut pas faire de mal. C’est si bon le chauffage. Dans le mariage, c’est pareil. L’autre vient réchauffer les parties congelées du cœur. Alors, quand ça dégèle, ça tiraille, ça chauffe. C’est le dégel… il faut traverser les émotions qu’il procure. Le dégel qui pique, c’est le retour à la vie ! »
Après avoir massé ses pieds, la grand-mère revient à sa méditation :
« Mon Gaston… c’était pas un superman comme Tom Cruise qui descend du ciel ! C’était mieux ! Il m’a appris à être vulnérable, à ne pas avoir peur de mes blessures et à m’ouvrir avec confiance dans l’amour. Il m’a ouvert les portes du Royaume. »
Seigneur Jésus, Tu visites notre pays obscur. Tu assumes nos souffrances alors que, si souvent, nous les fuyons comme si elles ne voulaient rien dire.
Nous entrons dans une lutte pour le pouvoir et cherchons à avoir le dessus pour nous sauver à notre façon.
Mais, Toi, Tu es la Vie et Tu nous veux vivants. Tu nous envoies des signes, des alertes. Tu nous demandes de revenir à la Vie. Avec Toi, nous acceptons d’être vulnérables pour entrer en relation… pour que la vie circule de nouveau.
Donne-nous l’humilité de l’amour qui écoute ce qui se dit dans les parties souffrantes de notre vie.
Donne-nous l’espérance créatrice qui invente des chemins de cicatrisation à travers notre pays obscur pour enfin rejoindre la Terre Promise de Ton amour.
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
Note :
(1) Von Balthasar, Le coeur du monde, (p.188).
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