No 159 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 25 février 2026 – 1ère Semaine de Carême

« À cette génération il ne sera donné que le signe de Jonas le prophète » (Lc 11, 29-32)

En ce temps-là,
comme les foules s’amassaient,
Jésus se mit à dire :
« Cette génération est une génération mauvaise :
elle cherche un signe,
mais en fait de signe
il ne lui sera donné que le signe de Jonas.
Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ;
il en sera de même avec le Fils de l’homme
pour cette génération.
Lors du Jugement, la reine de Saba se dressera
en même temps que les hommes de cette génération,
et elle les condamnera.
En effet, elle est venue des extrémités de la terre
pour écouter la sagesse de Salomon,
et il y a ici bien plus que Salomon.
Lors du Jugement, les habitants de Ninive se lèveront
en même temps que cette génération,
et ils la condamneront ;
en effet, ils se sont convertis
en réponse à la proclamation faite par Jonas,
et il y a ici bien plus que Jonas. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Et ce signe, ô Jésus, c’est mon cœur !

Sur Internet, les prophéties de la fin du monde pullulent. Les voyants, les mages et les devins étalent, sur les écrans, des signes qui sont devenus une véritable foire de l’angoisse. A l’heure des « fake-news », des « faits alternatifs », beaucoup courent derrière des signes frelatés. Finalement, ils tournent en rond à l’intérieur de leur propre anxiété ! Quel malheur !

Aujourd’hui, Jésus délivre une bonne nouvelle : saurai-je l’entendre ? Est-ce dans les nuages qu’il faut lire les signes de notre foi ? Notre vie spirituelle se situe-t-elle à l’extérieur de notre âme ? Notre vie intérieure s’affiche-t-elle sur des écrans ?    

Un signe est une réalité visible qui dirige l’attention vers autre chose que ce signe. Notre expérience du monde fournit tous les jours des signes : la fumée dirige le regard vers le feu d’où la fumée provient. La fumée est le signe du feu. L’homme est producteur de signes. Ceux qui attendent un voyageur qui arrive à la gare agitent la main. Le voyageur ne regardera pas la main en pensant que l’on chasse des mouches. Il comprendra d’emblée que la main fait « signe ». Le signe est porteur d’un message adressé à une personne : la main qui s’agite signifie un accueil. Le signe est une mise en relation qui va au-delà des gestes ou des mots échangés.

Mais, en ce qui concerne la vie spirituelle, nous avons du mal à repérer les signes et à parvenir jusqu’au message. Jésus interpelle cette « génération mauvaise » à laquelle Il refusera un « signe ». Pourquoi ?

Quand le signe ne joue plus son rôle, c’est que le cœur est fermé. La foule que Jésus regarde semble attendre un signe pour se dispenser de croire et pour s’éviter la fatigue de la conversion. « Si un signe zèbre le ciel… alors nous croirons… » se disait peut-être cette foule. Comme il est aisé de repousser dans l’avenir le travail sur soi que nécessite la conversion ! On range dans le futur le retournement du cœur. « Oui, Seigneur, bien-sûr que je vais me convertir… mais pas tout de suite… plus tard, quand j’aurai un signe clair. » Demander à Dieu de faire la queue dans la file de nos préoccupations… n’est-ce pas le meilleur moyen pour ne rien faire ? « Oui je vais me convertir, mais… le plus tard possible… à la veille de ma mort… » N’est-ce pas reléguer Dieu à l’extérieur de ma vie ? 

Jésus veut épargner à cette foule égarée la douleur de ne pas faire le chemin vers la foi. Ne rien faire, c’est stagner, c’est s’ankyloser, c’est souffrir. Jésus veut nous épargner la douleur d’une vie sans Dieu. Car, Dieu est le Dieu de la vie. Jésus connaît la valeur des signes qui conduisent vers la Vérité, des signes reçus par le cœur, des signes qui font Vie !  

Jésus refuse de donner un signe de divertissement. Il refuse de donner un signe qui ne serait qu’une publicité lumineuse affichée dans le ciel. Mais, Il affirme qu’Il donnera un signe pour les affamés de miséricorde : « en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas. » Ce prophète fut un signe qui permit la conversion de la grande ville païenne de Ninive. La parole prophétique de Jonas mit en lumière la miséricorde de Dieu. À l’appel de Jonas, la vie de ces païens s’est élargie vers Dieu. « Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ». Les Ninivites comprirent le signe : ils lurent dans la miséricorde un signe vivant par lequel Dieu Se révélait. C’est dans la vie elle-même que les Ninivites ont trouvé ce qui faisait signe.

Mais, pour nous, la miséricorde fait-elle signe ?

Pour que le signe délivre son message, tout dépend de celui qui reçoit ce signe. Un signe dépend d’abord de la profondeur de celui auquel ce signe s’adresse… Dans la parabole du semeur, seul le « cœur bon et généreux » (Lc 8,15) reçoit le bon grain tombé en terre comme un signe qui dirige vers la fructification. Pour le cœur comparable à un sol pierreux, le grain n’est pas un signe.

Or, ici, Jésus donne « le signe de Jonas » : la personne même de Jésus est ce signe offert au monde pour percer un chemin vers le Père. Jésus Lui-même est le signe.

Mais, l’amour, est-ce que ça me parle ? La miséricorde, est-ce que ça me fait signe ?

Dans un monde qui se déchire entre des super-héros de pacotille, la voix de l’Esprit atteint-elle mes oreilles ? Face au tapage de la vulgarité, de la cruauté et de la brutalité, la douceur de l’Esprit est-elle un signe pour moi ?

Quel est le premier effet de la miséricorde ? La miséricorde me remue, son mouvement m’attendrit. La miséricorde assouplit mon cœur pour le rendre tendre et sensible. Dès lors, mon cœur devient une caisse de résonance, un lieu qui parle. C’est ainsi que la Petite Thérèse comparait son cœur à une lyre effleurée par l’Esprit : 

« Tu fais vibrer de ta lyre les cordes
Et cette lyre, ô Jésus, c’est mon cœur !
Alors je puis de tes Miséricordes
Chanter la force et la douceur. » (1)

« Mais, le cœur ? Ça existe encore ? » diront certains. Beaucoup réduisent l’être humain à n’être qu’un mauvais robot, un ordinateur honteux qu’il faudrait remplacer. Pour les pro de la Tech’, il est alors convenu que ma conscience, ma vie affective et mon corps ne peuvent être la bonne terre où un « cœur bon et généreux » trouvera la profondeur d’écouter un signe qui le mettra en route.   

Pourtant, le Père parle en créant le monde par le Fils, dans l’Esprit. Dans l’Incarnation de Son Fils, le Père parle au monde. Le Père ME parle en me créant comme fils greffé par l’Esprit sur l’unique Fils. Dès lors, JE deviens une parole à entendre… MA vie est une parole à écouter pour entendre Dieu.

Jésus est un signe qui ME fait signe. Mais, que dis-je à propos de moi-même ? Malgré mes blessures et mes manquements, est-ce que je trouve en moi-même quelque chose qui fait signe ? En tant que fils de Dieu ou en tant que fille bien-aimée du Père, ne suis-je pas un signe pour moi-même ? Un signe révélé par la Parole du Fils ?

Je suis moi aussi un signe déposé devant le Christ. Je suis une interpellation qui doit livrer sa réponse.

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Note :

(1) : Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, poème du 25 mars 1897, « Mes armes » (PN48).



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