No 167 – série 2025-2026

Évangile du jeudi 5 mars 2026 – 2ème Semaine de Carême

« Tu as reçu le bonheur, et Lazare, le malheur. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance » (Lc 16, 19-31)

En ce temps-là,
Jésus disait aux pharisiens :
« Il y avait un homme riche,
vêtu de pourpre et de lin fin,
qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare,
qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier
de ce qui tombait de la table du riche ;
mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut,
et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham.
Le riche mourut aussi,
et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ;
levant les yeux,
il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria :
“Père Abraham,
prends pitié de moi
et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau
pour me rafraîchir la langue,
car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham,
rappelle-toi :
tu as reçu le bonheur pendant ta vie,
et Lazare, le malheur pendant la sienne.
Maintenant, lui, il trouve ici la consolation,
et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme
a été établi entre vous et nous,
pour que ceux qui voudraient passer vers vous
ne le puissent pas,
et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua :
“Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare
dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères :
qu’il leur porte son témoignage,
de peur qu’eux aussi ne viennent
dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit :
“Ils ont Moïse et les Prophètes :
qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il,
mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver,
ils se convertiront.”
Abraham répondit :
“S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes,
quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts :
ils ne seront pas convaincus.” »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Fraternité ressuscitée

Quittant l’école de la performance, désemparé, me voici bénévole à l’école de la fraternité, tant d’humilité afin d’y être admis, mais autant de promesses d’amour à donner et à recevoir.

Au début, nous étions trois, appelons-les François, Irena et moi. Non, quatre avec le Maître! Celui-ci se tenait en retrait, debout, les bras croisés, souriant et bienveillant. Réflexions qui continuaient, s’échappant des bancs de la salle commune de la résidence de personnes âgées, au cours de contemplations individuelles et dans le silence et la profondeur de leurs regards, je commençais mon apprentissage.

Enfermés dans notre caveau de solitude, nous sommes plusieurs à attendre la voix fraternelle de Jésus, qui, à Béthanie, était arrivé au secours de Marthe et Marie, pour ordonner à son ami couché dans son sépulcre : « Lazare, sors! » (évangile de Jean).

Paroles d’amitié réveillant une vie enfouie, hymne d’espérance, changeant le désespoir en surcroît de vie, fraternité mêlant le divin et l’humain, réanimant ce qui était figé.

Dans Le Prophète, Khalil Gibran voit la puissance de l’amour qui « donne sans attendre », libérant l’autre de toute entrave, comme les bandelettes de Lazare. Jésus appelle Lazare hors du tombeau, libération sans possession afin de reprendre la marche parmi les vivants, en une vibration de fraternité, qui défait les bandelettes de la solitude, chacun de nous étant pilier du temple commun, sachant que « chêne et cyprès grandissent côte à côte sans s’étouffer » (Khalil Gibran).

Marthe et Marie, en larmes, pleurent leur frère, Lazare mort depuis quatre jours, depuis si longtemps, blessé par la solitude, entravé dans les bandelettes de peines cachées, les liens noués par la peur et l’oubli. Elles ont prévenu Jésus et attendent la voix qui percera la pierre du sépulcre : « Lazare sors! », voix du Christ, qui les aime tous trois en un cercle d’intimité et de fraternité autour de lui.

Cette fraternité, Khalil Gibran la voyait comme universelle, au-delà des frontières et des peuples, fondée sur la dignité de chacun, porteuse de liberté intérieure, refusant les fanatismes qui divisent, passant par l’amour comme force de dépassement de soi, cherchant la croissance de l’autre plutôt que sa possession.

Il faut voir la fraternité comme une réponse à notre époque marquée par la haine, et le repli sur soi. « Piliers du temple », nous nous tenons ensemble, « mais pas trop près l’un de l’autre », laissant espace à chacun « comme le chêne et le cyprès ».

Dieu nous propose un projet de fraternité et de communion entre nous comme fils et fille du même Père. À cette école de la fraternité, nous apprenons l’agapè, un amour gratuit qui se donne, se souciant de l’autre dans une « logique d’amour qui ne possède pas et ne veut être possédé » (Khalil Gibran), appel d’amour, donné sans calcul, reconnaissant la dignité de chacun.

Revenant sur les bancs de l’école, le nombre de fauteuils roulants s’est accru, les élèves ont changé : François nous a quittés, Irena aussi, mais surnommons-les Giuseppe, Rafaëlle, Antoine et Vincenza ont pris la relève. Nous sommes tous solidaires de Marthe et de Marie en une fraternité toujours ressuscitée.

Paul Sidani – paulsidani@videotron.ca



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