No 188 – série 2025-2026

Évangile du jeudi 26 mars 2026 – 5ème Semaine de Carême

« Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour » (Jn 8, 51-59)

En ce temps-là,
Jésus disait aux Juifs :
                   « Amen, amen, je vous le dis :
si quelqu’un garde ma parole,
jamais il ne verra la mort. »
          Les Juifs lui dirent :
« Maintenant nous savons bien que tu as un démon.
Abraham est mort, les prophètes aussi,
et toi, tu dis :
“Si quelqu’un garde ma parole,
il ne connaîtra jamais la mort.”
                   Es-tu donc plus grand que notre père Abraham ?
Il est mort, et les prophètes aussi sont morts.
Pour qui te prends-tu ? »
          Jésus répondit :
« Si je me glorifie moi-même,
ma gloire n’est rien ;
c’est mon Père qui me glorifie,
lui dont vous dites : “Il est notre Dieu”,
                  alors que vous ne le connaissez pas.
Moi, je le connais
et, si je dis que je ne le connais pas,
je serai comme vous, un menteur.
Mais je le connais,
et sa parole, je la garde.
                   Abraham votre père a exulté,
sachant qu’il verrait mon Jour.
Il l’a vu, et il s’est réjoui. »
          Les Juifs lui dirent alors :
« Toi qui n’as pas encore cinquante ans,
tu as vu Abraham ! »
          Jésus leur répondit :
« Amen, amen, je vous le dis :
avant qu’Abraham fût,
moi, JE SUIS. »
          Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter.
Mais Jésus, en se cachant,
sortit du Temple.

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Le grand écart

La Parole de ce matin creuse l’écart entre le fond légaliste érigeant la tradition des hommes et le ciel spirituel couvrant la filiation divine incarnée. Les pharisiens s’impatientent, s’offusquent de la réinterprétation insolente et blasphématoire de Jésus. Jésus pour sa part, offre une réinterprétation aussi rigoureuse que vivifiante de la tradition, déplaçant le croire pour le hisser vers la source d’en haut. Passer de l’eau potable d’une existence méritée à l’eau vive d’une vie donnée, perdue pour l’autre, déliée de toute mort.

Devant cette altercation, la brebis perdue frémis aux côtés du fils prodigue et la femme adultère presse la main de Zachée. Les 5000 rassasiés observent les pharisiens, ceux-là n’ont-ils donc riens compris ? Au-delà de la protestation et de l’eau potable, Jésus n’est pas un réformateur mais le messager d’une Bonne Nouvelle qui parfait l’annonce et le ravissement des prophètes, dont le premier, Abraham. L’élan de chacune des paroles de Jésus comme la racine de chacun de ses gestes sont mus par la force silencieuse du monde nouveau qui vient. La force du Royaume revêt pour les aveuglés du soi et de la loi, les replis de la contestation alors qu’elle est une poussée enivrante qui déborde et se répand sur nos pieds.

Ce n’est pas en s’attaquant au mal et en faisant tribunal que Jésus fait advenir le Royaume. C’est parce qu’il vit dans la force positive et joyeuse du Royaume qu’il déroute les forces du mal, expulsant les démons et faisant tomber par terre les pierres empoignées par les mains pécheresses.

L’écart créé par le Christ découle d’une plénitude et d’une surabondance. C’est ainsi que les agrippés du soi et de la loi craignent d’être engloutis dans cet excès et cette ouverture pratiqués par le Christ. Plutôt, dans cet excès dans l’ouverture qui ouvre sur la prodigalité, la gratuité et l’immérité. Inconcevable et pourtant témoignée.

Ici-bas, dans nos mares d’eau potable, notre mandat n’est donc pas de nous arracher au mal, et de nous attacher aux prescriptions mais d’accueillir la vie en telle abondance que le mal ne puisse trouver en nous aucun espace pour respirer.

Donner la vie est l’acte le plus sublime de l’amour mais noyer notre mort dans la source d’eau vive, donner la mort de notre péché, c’est aimer deux fois. Quel rêve pour nous, ces enfants de ce monde à venir ! Rêver grand, rêver Royaume, pour plonger dans ce miracle perpétuellement offert. C’est par ce oui, celui d’Abraham et de Marie, que nous sommes aussi grands et qu’ici-bas, nous passons de nos ténèbres à la lumière du Ressuscité afin de demeurer en Dieu, dans cet écart aussi amoureux que miraculeux.

Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org



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