No 174 – série 2025-2026
Évangile du jeudi 12 mars 2026 – 3ème Semaine de Carême
« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc 11, 14-23)
En ce temps-là,
Jésus expulsait un démon qui rendait un homme muet.
Lorsque le démon fut sorti, le muet se mit à parler,
et les foules furent dans l’admiration.
Mais certains d’entre eux dirent :
« C’est par Béelzéboul, le chef des démons,
qu’il expulse les démons. »
D’autres, pour le mettre à l’épreuve,
cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
« Tout royaume divisé contre lui-même devient désert,
ses maisons s’écroulent les unes sur les autres.
Si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même,
comment son royaume tiendra-t-il ?
Vous dites en effet que c’est par Béelzéboul
que j’expulse les démons.
Mais si c’est par Béelzéboul que moi, je les expulse,
vos disciples, par qui les expulsent-ils ?
Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges.
En revanche, si c’est par le doigt de Dieu
que j’expulse les démons,
c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.
Quand l’homme fort, et bien armé, garde son palais,
tout ce qui lui appartient est en sécurité.
Mais si un plus fort survient et triomphe de lui,
il lui enlève son armement, auquel il se fiait,
et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé.
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ;
celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Être Parole
Un homme atteint par le Mal, possédé par ses blessures, divisé dans son humanité et déserté par la Parole qui donne à vivre librement se retrouve devant la Présence salvatrice du Christ. En ce temps de Carême où même le Christ fut tenté au désert, nous sommes portés nous-mêmes à examiner nos péchés, nos culpabilités et nos combats. Sans nier le bien-fondé d’un examen de conscience de son être et de la vérité de la Parole portée, il n’en demeure pas moins que le propre de Dieu est de faire refleurir les déserts. Ses attentes ne concordent peut-être pas avec les nôtres, elles se situent au niveau du cœur et de sa misère.
J’en suis donc là, aujourd’hui, à mi-carême, à méditer mes échecs et mes incertitudes. Ce possédé se retrouve sur mon chemin ce matin, il me rappelle le mal qui nous gruge, nos manques de bonté, nos erreurs, nos lâchetés, nos péchés. Dans le regard que je porte ainsi sur ma faiblesse et ce possédé, je raisonne et disserte comme si j’avais oublié que Dieu connaît intimement notre fragilité et notre impuissance. Un Dieu contremaître dont le plan ne peut être exécuté qu’à coups de comportements irréprochables et sans défaillances. Pourtant, l’essentiel est de reconnaître sa pleine présence au cœur de nos déserts, de nos silences complices, de nos petitesses et de nos médiocrités dont nous sommes si souvent captifs. Une reconnaissance qui ne s’enracine pas dans ma volonté.
Méditant sur cet homme réduit au cri sans parole, à son incapacité d’être Parole de vie sans être habité par le mal, je lève avec lui le regard vers le Christ qui nous accueille sous le jugement et la condamnation d’autrui qui fut peut-être aussi nôtre auparavant. Ayant été émerveillé par la splendeur d’une prostituée offrant son parfum et sa misère, en admiration devant le montant ridicule déposé par une pauvre veuve dans le tronc du Temple, ébloui par la dignité d’une femme adultère et salie. La miséricorde dans le regard du Christ est la mesure véritable de ma pauvre vie, quelques que soient mes efforts et mes mérites. La bonté pure de cet Amour qui libère et dévie vers une voie de salut, édifie notre être en une Parole unique portée par l’unique Parole qu’est le Christ. L’essence de la conversion ne se situe pas en premier dans le changement de mes habitudes et la correction de mes travers, cela est plutôt une conséquence. La conversion première est la découverte et la redécouverte émerveillée de la générosité de ce Dieu qui ne demande qu’à recevoir ma faiblesse confiée entre ses mains.
Lui, cet homme souffrant, tout comme moi, n’avons besoin que de la bonté divine pour guérir de notre mutisme et incarner, enfin, la Parole de vie que nous avons reçue de Dieu. Notre cœur malade a constamment besoin de l’indulgence débordante du Père. Au cœur de nos déserts de vie, de nos nuits silencieuses et des morsures du Mal, c’est cette indulgence, source de notre être Parole, que le Père est disposé à nous offrir pour peu que l’on lève le regard vers Lui.
Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org
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