No 198 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 5 avril 2026 – Résurrection du Seigneur

« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)

Le premier jour de la semaine,
Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ;
c’était encore les ténèbres.
Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
    Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple,
celui que Jésus aimait,
et elle leur dit :
« On a enlevé le Seigneur de son tombeau,
et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
    Pierre partit donc avec l’autre disciple
pour se rendre au tombeau.
    Ils couraient tous les deux ensemble,
mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre
et arriva le premier au tombeau.
    En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ;
cependant il n’entre pas.
    Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour.
Il entre dans le tombeau ;
il aperçoit les linges, posés à plat,
    ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus,
non pas posé avec les linges,
mais roulé à part à sa place.
    C’est alors qu’entra l’autre disciple,
lui qui était arrivé le premier au tombeau.
Il vit, et il crut.
    Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris
que, selon l’Écriture,
il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Méditation – Le fin silence de l’Amour qui nous sauve

Le mal et la mort… Ukraine, Gaza, Soudan, Yémen, Myanmar… En mépris du droit international, on cible des hôpitaux, des écoles, des garderies, des villes entières… Des milliers de morts et de blessés innocents, des familles forcées de quitter leur demeure et leur ville en ruines. En nous aussi, il y a de ces tombeaux intérieurs dont notre propre vie est prisonnière… Marie-Madeleine, malgré la peine qui aurait pu la paralyser, se met en route…

Oui, l’amour respire encore, même s’il fait encore nuit et que la mort a enlevé toute espérance. Avec la souffrance qu’elle porte, Marie-Madeleine se rend au tombeau, comme tant de personnes aujourd’hui. Elles portent le parfum d’un irrépressible amour que la mort ne peut vaincre. Et même si l’être aimé n’est plus vivant, elles savent entendre ce que leur cœur ne peut taire. Et si l’amour leur donne rendez-vous avec la morsure de l’absence, elles continuent de faire l’expérience de l’éternité de ce lien qui les habite et dont les larmes en diffusent le parfum. Je repense à cet homme profondément amoureux de sa femme qui me partageait qu’après la mort de celle-ci, des suites d’un cancer foudroyant, il percevait qu’il aurait pu l’aimer davantage… Il me parlait et je sentais le parfum de son amour pour elle… Sa bien-aimée était morte depuis plus de 20 ans… La mort révélatrice d’un essentiel à vivre… La mort impuissante à faire taire l’amour !

Chaque personne porte une croix : dans l’ouverture que permet la confiance, nous pouvons entrer dans l’intime de ce que l’autre vit. Comme Marie-Madeleine, habités par ce qui ne peut mourir, nous nous mettons en route… mais ce sont encore les ténèbres. La nuit n’est pas encore finie… l’obscurité nous entoure… Un jour nouveau est-il possible ? Quel soleil peut éclairer la nuit dans la perte de l’être aimé ?

Derrière tous ces visages, il y a Celui du Christ. Lui le premier, crucifié sur cette croix d’aujourd’hui. C’est la proximité qui donne de prendre la mesure du drame… Et ce Visage du Christ, nous le cherchons… Il nous semble enseveli sous le poids de notre propre croix… Il est là, empruntant les traits de toutes ces personnes qui souffrent. L’autre, c’est Lui… L’autre qui souffre… l’autre qui meurt… c’est Lui ! L’autre qui condamne et tue, c’est aussi celui pour lequel le Christ est mort. C’est en Jésus que reposent toutes ces personnes pour qui la vie a été blessée, brisée ou mise à mort. C’est Lui qui le premier est atteint par notre mal. Il en est atteint encore plus profondément, parce qu’Il est l’Amour… cet Amour qui souffre derrière la Croix que nous portons et qui est d’abord la Sienne… nos propres larmes coulent sur les joues de Dieu. [1]

Comme Marie-Madeleine, nous allons au tombeau, à la rencontre de cette lourde pierre qui enterre tout espoir !

Soudain, nous voilà bouleversés d’incompréhension…

La pierre a été enlevée du tombeau !!!

Même sa dépouille est disparue… Nos convictions de mort imprègnent l’interprétation des faits : « En plus, on a volé son Corps ! »… Troublés, nous ne savons plus comment notre vie en mille morceaux peut supporter l’odieux qui s’ajoute à l’injustice de sa mort.

L’annonce de ce vol du Corps du Christ par cette voix de femme rejoint une Église qui ne savait rien encore de sa naissance prochaine. Cette voix déchirant la nuit éveille Pierre et Jean… le premier et l’intime… le fougueux et le bien-aimé… Celui qui l’a renié et celui qui était au pied de la croix. Comme il est long le chemin avant de se rendre au tombeau, d’y entrer et de consentir à se pencher… à descendre au-dedans… au creuset de l’intériorité dont l’espace est comme une caisse de résonnance pour le cœur battant du Mystère.

Le tombeau est vide… La mort a les mains vides… elle n’a pas été capable de garder prisonnière cette Vie dont le « sans mesure de l’Amour » fait éclater le « dernier mot » que la mort voulait se donner. Vide ce tombeau pour que nous cessions de réclamer à la mort ce qu’elle ne tient plus…

Cette pierre que nous étions incapables de déplacer, Sa Parole vient l’enlever.

Plus loin que tout ce qui s’acharne à crucifier la vie et l’amour, respire encore et toujours cet Amour qui veut nous sauver : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu’au bout »[2]. Son Amour vient nous libérer de l’« l’enfermement » du mal et de la mort, non pas en les évitant, mais en acceptant d’y descendre en continuant de nous aimer, là même où nous en sommes les complices.

La foi spontanée de Jean et celle encore hésitante de Pierre, expriment bien que l’adhésion à cette Parole qui vient enlever la pierre, a besoin de temps… Un temps pour faire mémoire de sa Parole en dialogue avec notre propre parole, celle qui est encore enfouie dans la croix que nous portons.

Au cœur d’une société où la foi est suspecte, nous constatons que, même si plusieurs se font les prophètes de valeurs importantes (souvent héritées du christianisme mais privées de leurs racines… comme des fleurs coupées condamnées à se faner), leur posture est finalement celle de croire la mort : le sacré de la vie se dissout en s’enfermant dans l’horizon du visible et du compréhensible, dans l’horizon d’une mort qui en est le point final. La vie elle-même, dont la valeur est souvent évaluée en termes de performances et de réussites, est banalisée. En regard de la foi, on veut imposer une laïcité, dénaturée en dictature du nihilisme, avec un radicalisme qui dépasse même ce que l’on a tant reproché à l’Église. On s’abandonne pieds et mains liés aux dictats de la mort et de la parole désespérante fabriquée par nos croix.

Ajoutons ce paradoxe : au cœur de notre société, nous allons de moins en moins au tombeau… Même les cendres nous rendent difficiles d’associer la personne que nous aimons à la réalité de sa mort (à moins d’avoir été témoin de ses derniers moments de vie). Nous évitons de parler de la mort… Nous tentons d’oublier qu’elle fait partie de la vie… Il nous est difficile d’approcher notre souffrance et celle de l’autre… Lorsque la mort survient, des rites funéraires s’inventent et permettent de faire mémoire de la personne qui nous a quittés, essayant de nous consoler à travers les souvenirs que nous en gardons… Et ils sont précieux. Mais l’horizon reste fermé : la mort reste à la fois taboue et en même temps investie du pouvoir final sur notre vie. Il n’y a rien d’autre après.

Dans cette Révélation que la mort n’est pas la fin de tout, ce n’est pas seulement notre mort qui s’éclaire… C’est tout ce que nous avons à vivre qui devient le lieu de sa Présence de Ressuscité qui nous accompagne.  Le Christ donne ainsi un sens nouveau à notre vie. À cause de son Amour pour nous et de sa Résurrection, nous pouvons vivre avec Lui le poids obscur des difficultés à traverser comme les douleurs pour un enfantement… le nôtre et celui de d’autres.

Pour Marie-Madeleine, pour Pierre, pour Jean… n’est-ce pas en se rendant au tombeau qu’ils ont fait l’expérience d’un « vide éloquent » dont la Résurrection était déjà la source et le secret ?

N’est-ce pas là que prenait chair l’« être témoin » et l’identité des disciples ?

Ce n’est pas pour Lui que le Christ est mort et ressuscité… c’est pour nous !

Joyeuses Pâques !

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com


[1] Siracide 35, 18

[2] Jn 13, 1



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