No 205 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 12 avril 2026 – 2ème Dimanche de Pâques
« Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)
C’était après la mort de Jésus.
Le soir venu, en ce premier jour de la semaine,
alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples
étaient verrouillées par crainte des Juifs,
Jésus vint, et il était là au milieu d’eux.
Il leur dit :
« La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.
Les disciples furent remplis de joie
en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau :
« La paix soit avec vous !
De même que le Père m’a envoyé,
moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux
et il leur dit :
« Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés,
ils seront remis ;
à qui vous maintiendrez ses péchés,
ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas,
appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau),
n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient :
« Nous avons vu le Seigneur ! »
Mais il leur déclara :
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous,
si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous,
si je ne mets pas la main dans son côté,
non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard,
les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison,
et Thomas était avec eux.
Jésus vient,
alors que les portes étaient verrouillées,
et il était là au milieu d’eux.
Il dit :
« La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas :
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;
avance ta main, et mets-la dans mon côté :
cesse d’être incrédule,
sois croyant. »
Alors Thomas lui dit :
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit :
« Parce que tu m’as vu, tu crois.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes
que Jésus a faits en présence des disciples
et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits
pour que vous croyiez
que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu,
et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Méditation – Par ses blessures, nous sommes guéris !
Verrouillées ! Les portes barrées… Les cadenas sont solides…
Personne ne peut entrer… Ni même sortir… on ne sait jamais qui pourrait entrer. Il faut se protéger.
La peur prend les disciples en otage… Ils ne veulent pas sortir… ce sont eux, les disciples, qui, de l’intérieur, ont posé les cadenas. Personne n’a besoin de les emprisonner… Ils se sont eux-mêmes barricadés… Ils ont la clé, mais ouvrir, ce serait peut-être s’exposer à la mort… Ils sont sans doute recherchés… après le sort que leur maître a subi, ils ne donnent pas cher de leur peau… Bien d’autres personnes les ont vu avec Jésus… Même le lieu où ils se sont terrés n’est pas sans danger…
La peur alerte d’un danger qui menace… Pour les personnes qui ont vécu des chocs traumatiques, pour un soldat de retour de la guerre en Afghanistan, pour un réfugié politique, pour une personne victime d’agression, pour l’enfant qui a grandi dans une famille violente… le moindre bruit peut réveiller la peur vécue… un objet qui tombe, le bruit d’un avion, un cri, un coup de feu, un enfant qui pleure… Et voilà la personne plongée à nouveau dans la souffrance qu’elle a vécue… Même hors de danger, elle vit la même angoisse et la même frayeur paralysante.
Voilà que le Christ vient à leur rencontre… Les portes barrées ne sont pas un obstacle pour Lui. Il est là, au milieu d’eux… Il leur fait ce Don de la Paix tout en leur montrant ses mains et son côté… Les marques de la crucifixion sont encore présentes. Il ne s’agit pas d’une Paix qui serait le fruit de la cicatrisation des plaies : elles sont encore présentes, éloquentes de son Amour toujours vivant. Plus que jamais présent, Il vient nous rejoindre là où nous sommes, encore prisonniers des événements difficiles qui nous ont conduit à nous cadenasser de l’intérieur… un vrai tombeau !
Le Christ Ressuscité nous place ainsi au cœur de ce paradoxe : Il est réellement vivant et Il vient à notre rencontre, manifestant ainsi que le sens profond de sa mort était pour nous… ET en même temps, son Corps porte encore les marques de la souffrance et du mal qui l’ont fait mourir. Ces signes sont à la fois ce qui permet de voir qu’Il s’agit bien de leur Maître et Ami qui a été crucifié ET en même temps, Celui dont la chair elle-même reste marquée par l’épreuve qui L’a fait mourir et dont l’Amour a étonnamment et radicalement traversé l’impasse.
Sans autre formalité, Jésus envoie ses disciples en mission, déposant le Souffle de l’Esprit-Saint au cœur de leur fragilité. Cette mission du Pardon des péchés, qui relève de Dieu, sera déposée au cœur de leur vulnérabilité. La conscience de leur pauvreté les rendra perméables au Mystère dont ils sont les premiers nécessiteux pour en devenir contagieux pour ceux vers qui Jésus les envoie.
Thomas est absent lors de cette première visite du Ressuscité… peut-être est-il notre jumeau ?… Comme lui en effet, nous pouvons invoquer que nous n’étions pas présents lors de cette première venue du Ressuscité. Peut-être portait-il la blessure de se sentir moins aimé que les autres ou de se sentir à part, s’excluant lui-même du groupe ?…
On lui raconte ce qui s’est passé en son absence… Mais, on ne lui « passera pas de sapin »[1]… Il a vu Jésus cloué, son cœur transpercé… Meurtri lui-même par les signes qui ont signé la mort de Celui qu’il aimait et en qui il avait mis toute son espérance, il est lui-même prisonnier de ses convictions de mort.
La Bonne Nouvelle lui parvient à travers cette annonce faite par les disciples : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Hanté encore par les signes qui ont confirmé la mort de Jésus, Thomas exprime clairement qu’il ne croit pas : il a vu son Maître crucifié… Pour lui, les plaies du Christ ont confirmé sa mort. Il demandera de voir ce qui a été donné à voir aux autres disciples lors de la première apparition du Ressuscité. Son doute s’exprime en regard de la Parole prononcée par les autres disciples… Un doute face à l’annonce de l’Église en germe. Tant de personnes se retrouvent dans ce doute quand elles entendent de l’Église le Mystère du Salut que le Christ nous offre !
Cette communauté, encore si fragile et cadenassée, est le lieu où Thomas exprimera sa souffrance et son doute, sans censurer ou « faire la toilette » de ce qu’il pense. C’est une grâce d’avoir une communauté où l’on peut s’amener avec son doute, au cœur du réel où notre vie se trouve et dont elle est convaincue du « sans issue ». Expérimenter d’être accueilli, sans jugement, alors que nous sommes impuissants à nous en sortir nous-mêmes et que nos yeux sont encore enténébrés par ce qui nous fait souffrir…
L’absence de Thomas n’aura pas le dernier mot… Dans l’attachement qu’elle porte à Thomas, la petite communauté fragile lui annonce la résurrection du Maître. Huit jours plus tard, les disciples se retrouvent de nouveau dans la maison, les portes sont encore verrouillées… Le Ressuscité vient au milieu d’eux en leur faisant Don de cette Paix, plus forte que le mal et la mort.
Dans cette nouvelle venue du Ressuscité, Thomas vit la surprise de son Sauveur qui devance même ses mots, encore enfouis dans son silence. Thomas a-t-il touché les plaies du Ressuscité ? Rien ne le confirme. Mais le Christ a touché Thomas dans son doute, en le rejoignant dans les mots mêmes dont il était à la fois le « lucide » et le « prisonnier ». Les plaies de Thomas ont rencontré celles du Christ Ressuscité… et la Miséricorde qui en a surgi veut aussi rejoindre nos propres plaies pour que son Amour y insuffle ce qui nous sauve. «En fait, c’étaient nos souffrances qu’Il portait, nos douleurs dont Il était chargé… Par ses blessures, nous sommes guéris »[2].
Touchés par la Parole jusqu’au profond de nos doutes, oserons-nous ce cri ?
« Mon Seigneur et mon Dieu ! »
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] Expression québécoise pour exprimer que quelqu’un ne se laisse pas duper.
[2] Isaïe 53, 4-5
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