No 114 – série 2025-2026
Évangile du dimanche 11 janvier 2026 – Baptême du Seigneur
« Dès que Jésus fut baptisé, il vit l’Esprit de Dieu venir sur lui » (Mt 3, 13-17)
Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – Quand Dieu plonge dans notre vie !
Une nouvelle Année s’ouvre devant nous… Comme un espace offert et donné pour notre propre écriture manuscrite, celle où, même inspirée, les tremblements, les ratures et l’illisible côtoient le Mystère… Celle où nous consentons à la crèche des mots, même s’ils sont trop petits pour dire ce qui nous habite…
Cette nouvelle Année qui nous est donnée s’inscrit dans le sillage de cette naissance du Christ à travers laquelle les temps sont accomplis. C’est dans la Lumière de cette bénédiction que Dieu nous ouvre l’avenir et nous invite à marcher.
Notre rapport au temps n’est pas toujours simple… Jeune, on a hâte d’être plus vieux… à l’école, on a hâte de pouvoir s’épanouir dans un travail… Au travail, on espère trouver l’amour… On a hâte à la fin de semaine… On pense aux vacances… « Ah, si on peut prendre notre retraite! »… Sans compter la nostalgie des années passées. : « Ah, c’était le bon temps ! ».
Au quotidien, nous manquons de temps… nous sommes stressés… ou nous avons hâte que ça achève… ou « c’est long, ça prend donc bien du temps ! »… L’ennui et la solitude rendent le temps lourd… sans compter le long temps des épreuves et des dépouillements…
St-Matthieu vient à peine d’évoquer les mages… et nous voilà projeté 30 ans plus tard, avec le baptême donné par Jean-Baptiste. 30 ans de vie, caché dans une Parole qui se dépouille en un silence. Un silence où l’Esprit est à l’Œuvre comme un levain caché dans la pâte. Ce vêtement du silence habille Jésus qui grandit, apprend à marcher, à parler, à prier, à travailler le bois… En Jésus, dans l’enfouissement d’une vie simple et ordinaire, Dieu vit de l’intérieur le mystère de notre vie humaine. En Jésus, c’est aussi l’Infini de l’Amour de Dieu qui fait de notre vie son chemin. La calligraphie de ces 30 premières années suivant la naissance de Jésus sera faite d’un silence dont l’écho est caché dans le « sans mot » de la Parole.
C’est un silence habité d’émerveillement, d’apprentissages, de vie de famille, de travail, de quotidien, de rencontres, de paroles et d’écoute, de fêtes, de prières et de contemplation… Silence habité aussi par la croix… celle de la souffrance, celle de la maladie, celle de la violence et du mensonge, celle du mal dont nous sommes prisonniers. Oui, Jésus connaît ce qu’il y a dans l’homme. [1]
Son Regard s’est aussi laissé enseigner par l’oiseau qui trouve à se nourrir, par la beauté de la fleur des champs qui ne file pas, par ce blé à protéger en évitant de se laisser emporter par la hantise de l’ivraie à enlever avant la récolte, par les enfants à qui appartient ce Royaume fait de simplicité et de confiance…
30 ans sans faire parler de Lui… dans une époque où, à cet âge, tant de vies ont déjà scellé leur destin à travers un amour pour fonder un foyer, un travail, un métier… Jésus habite notre vie sans histoire, sans que quoi que ce soit ne soit remarqué de Lui… Dieu caché… L’éternité dans les contraintes du temps, au compte-goutte des instants au sablier du temps… Chemin humble de l’Amour du Père qui vient à notre rencontre de si loin et depuis toujours… Amour enfoui dans cette Histoire si humble qu’il passe inaperçu, sans apparence, sans publicité, sans scène et sans projecteur… Dépouillé de tout regard sur Lui-même, son Regard embrasse notre vie et épouse notre histoire, acceptant le dépouillement de la lenteur et de l’inaperçu…
Et surgit Jean Baptiste dont la voix, au cœur du désert, interpelle à la conversion… Reçoivent ce baptême d’eau ceux qui avouent leurs manques et reconnaissent leur besoin de conversion. En plongeant, ils laissent au plus profond de l’eau leurs péchés et sortent de l’eau purifiés. C’est dans ce cortège que Jésus entrera, dans cette file des pécheurs. Il fera du passage dans l’eau un chemin pour le Feu de l’Esprit par son Amour.
De manière contrastante, alors même que Jean Baptiste venait d’annoncer la venue d’un juge eschatologique imposant de force, Jésus, comme un homme anonyme, se glisse humblement pour être immergé par lui.
Dans cette lucidité qui est la sienne, Jean voudra l’empêcher… « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi! ». Sur la parole de Jésus, Jean sera l’instrument de ce qui le déroute.
Jésus s’y plonge par solidarité avec nous et par amour pour nous. Au cœur même de cette Histoire et de cette Humanité dont Jésus connaît l’intime, Il ne nous sauvera pas « de haut ». Il choisira de s’abaisser en prenant sur Lui tout ce qui nous tire vers le fond, dans l’obscurité des abysses.
Dans cet aveu d’une Humanité à la fois lucide sur elle-même et tendue vers un Appel qu’elle ne peut elle-même se donner et accomplir, voilà que le Christ accepte de descendre au plus profond de ce qui peut noyer notre vie et de ce qui peut la condamner.
En allant Lui-même à la rencontre de Jean, Jésus nous révèle que Dieu choisit de venir vers nous, sur ce chemin que Lui-même veut ouvrir, jusque-là où nous sommes en exil de nous-mêmes et de Dieu.
Dans les « eaux » qui sont les nôtres, Jésus plonge pour nous sauver là même où nos volontés de conversion sont restées stériles. Sur ces routes où notre recherche de sens nous a conduits, des témoins et des événements ont dévoilé nos obscurités dans la lumière reçue : oui, Dieu a franchi le seuil de sa transcendance pour venir à notre rencontre à travers le Christ. St Jean-Paul II l’exprimait lors d’une audience générale :
« Il est nécessaire d’ouvrir les yeux pour admirer Dieu qui se cache et dans le même temps se montre dans les choses, et nous introduit dans les lieux du mystère. La culture technologique, et encore davantage l’immersion excessive dans les réalités matérielles nous empêchent souvent de saisir le visage caché des choses. En réalité, chaque chose, chaque événement, pour celui qui sait les lire en profondeur, contient un message qui, en dernière analyse, conduit à Dieu. »[2]
Au cœur de ce temps enveloppé par le Silence du Mystère où Dieu est à l’Œuvre, la Parole du Christ descend en nos profondeurs pour nous révéler cet Amour qui nous sauve. À la manière de l’eau qui descend au plus bas, dans la moindre des fissures, sa Miséricorde nous rejoint là où nous sommes gisants pour nous donner de remonter des eaux. Nos yeux s’ouvrent alors sur un ciel où la Voix du Père murmure au creux d’un fin silence :
« Tu es mon fils, ma fille bien-aimée : en toi j’ai mis tout mon Amour ! »
À l’occasion de la mort de son père, un fils me raconte l’impérissable souvenir : son père était graphiste… il concevait à la main des affiches pour une grande salle de spectacle : le Capitole. Personne ne pouvait entrer dans son atelier. À la demande de son fils, son père accepte qu’il y entre. Par inadvertance, le fils accroche un pot de peinture noire… et tache l’affiche… Alors même qu’il s’attendait à une colère de son père, exigeant et minutieux, celui-ci lui répondit simplement : « Regarde-moi bien aller, tu vas voir… je vais faire une étoile avec ça! ». Cette étoile de l’amour de son père brillait encore dans les yeux du fils.
Et le Christ de descendre dans nos « eaux », pour prendre sur Lui tout ce qui porte atteinte à notre vie et à notre identité. Dans la lucidité de ces 30 ans de vie, Il plonge pour nous sauver. Il ne craint pas de descendre au plus creux pour rescaper les naufragés que nous sommes.
Pour qu’enfin nous puissions nous aussi, en remontant de l’eau entre ses bras ouverts, se voir révéler que nous sommes fils et filles du Père, bien-aimés en qui Dieu trouve sa Joie.
L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com
[1] « …Jésus… …les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme. » Jn 2, 25
[2] St-Jean-Paul II, Audience générale du 26 juillet 2000, LEV.
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