En cette année qui tente de déployer sa nouveauté, sa promesse et sa fraîcheur à travers les violences et les noirceurs, le pèlerinage des mages vient nous inspirer. Venus d’Orient, suivant la bonne étoile, refusant de tuer l’enfant, leur royauté s’agenouillera en toute humilité. La fête de l’Épiphanie que nous venons de célébrer est celle de la révélation du visage de Dieu. Un Dieu-enfant né dans la pauvreté et le dégoût d’une étable, emmailloté d’impuissance et de la fragilité des langes, exposé au tout venant, à la vulnérabilité et mêmes aux inconnus bergers.

Les mages proviennent de l’enfance dira Christian Bobin, ils sont le miroir humain du visage divin. Parés de pouvoirs et de toute-puissance politiquement fabriquée, transportant sur des kilomètres richesse et raffinement déconcertants, ils arrivent de si loin pour déposer leurs attributs si humains au pied du divin. N’est-ce pas aussi ce que Dieu dépose en nos crèches : sa toute-puissance au cœur de nos faiblesses maquillées, sa richesse au cœur de nos manques bien habillés, son intimité au cœur de nos pauvretés embaumées? N’est-ce pas ces trésors enfouis que son Esprit saint ravive, déterre et porte à la lumière au sein de nos accompagnements, au creux de nos formations et ce, depuis 25 ans ?

Ces traversées et ces résurrections, nous les vivons dans un quotidien assailli par les invectives, l’injustice, l’indignité, le déni. Tous ne sont qu’ensevelissement des présents de Dieu au plus profond de notre humanité. Les mages, ces êtres-accompagnateurs, nous guident pour retourner vers l’immaculée de l’enfance malgré les souillures. Ils transforment la quête et la déroute en écoute et en intériorité. Ils relèvent le regard et témoignent de la splendeur du divin en tout visage humain; laissant là toute-puissance et richesse, célébrant la vulnérabilité qui préserve l’enfant. Dans cet ordre-là, au pied d’une mangeoire, au pied des regrets, des trahisons et des déceptions d’un amour sans divin.

Christian Bobin dira dans Une petite robe en fête :

Avec la fin de l’amour, apparaissent les rois mages : la mélancolie, le silence et la joie. Ils avancent lentement dans l’air bleu. Ils emmènent avec eux une couronne d’ombre, une larme d’or. Ils viennent de l’enfance, ils pénètrent dans l’âme. Lentement. Jour après jour. La mélancolie, le silence et la joie. Dans cet ordre-là, toujours : le silence au milieu, au centre. La petite robe claire du silence.

C’est donc avec humilité, légèreté, compassion et présence que toute l’équipe du Pèlerin vous souhaite une année de paix, d’élan et de confiance. Que le Dieu enfant vous comble et vous vivifie devant cet horizon qui s’ouvre devant nous. Et puissions-nous, comme les mages, demeurer émerveillés devant la splendeur si divine des visages tant humains que nous rencontrerons cette année.

Barbara Martelbmartel@lepelerin.org 

Événements à venir au Pèlerin