No 56 – série 2026-2027

Évangile du dimanche 1 novembre 2026 – Tous les Saints

« Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! » (Mt 5, 1-12a)

En ce temps-là,
    voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
    Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
    « Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
    Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
    Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
    Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
    Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
    Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
    Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
    Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
    Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »

Méditation – Pauvres et habitants du Royaume !

Un chant de Robert Lebel reprenait ses mots :

« Ils sont nombreux les bienheureux qui n’ont jamais fait parler d’eux
et qui n’ont pas laissé d’images.
Tous ceux qui ont depuis des âges aimé sans cesse et de leur mieux
autant leurs frères que leur Dieu
. »[1]

La fête de la Toussaint nous invite à faire mémoire de tous ceux et celles qui nous ont précédés. Ils sont restés inconnus, enveloppés du silence où leur vie était tournée vers d’autres, sans pour autant être parfaits. Peut-être même que ce témoignage du « sans bruit » de leur vie est éloquent : il nous aide à ne pas mesurer notre propre vie à la notoriété, aux appréciations extérieures et à la reconnaissance des autres, afin de ne pas être dupes du regard que nous espérons : le bien ne fait pas de bruit !

Cette fête nous éveille à cette constellation de visages pour nous sauver de cet oubli où inconsciemment nos yeux « fermés » côtoient leurs yeux maintenant « ouverts ». Dans cet « incubateur » de l’Amour de Dieu, ces personnes s’ouvrent à un au-delà d’elles-mêmes pour épouser l’Œuvre de réconciliation et de communion tant désirée par Dieu. Sans que nous puissions en prendre la mesure, elles sont membres de ce Corps dont nous faisons partie et nous deviennent solidaires.

Et voilà que Jésus pose les yeux sur la foule que nous formons. Non pas parce que nous serions dans cet « accompli » qui nous rassurerait, mais bien dans ce « maintenant » qui est le nôtre, encore fragile de doute, encore ignorant de la grandeur cachée, en soi comme en l’autre, encore attelé à un quotidien à l’horizon incertain. Son Regard veut nous faire entrer dans sa manière à Lui de voir : seul l’amour sait bien voir.

Il nous révèle ainsi comment se tisse le vêtement d’éternité… non pas simplement de l’autre côté de la mort, mais dès maintenant, au fil du quotidien, alors même que nous nous sentons dépouillés de la garde-robe que nous convoitons si souvent. Tant de costumes ont servi à nous déguiser de ce qui n’était pas nous. La fête de l’Halloween est peut-être plus quotidienne qu’on le perçoit.

Jésus discerne cette marche du Royaume à travers le visage de ces gens simples que nous sommes et qu’Il contemple. À travers sa Parole, le Christ nous révèle la longueur d’onde où chaque personne, dans son unicité, découvre le battement de son cœur… Ce vêtement d’éternité n’est pas fait d’un habit étranger à notre être. Revêtus par le Regard du Christ, nous sommes invités à laisser tomber le lourd manteau de nos déguisements. Il nous conduit à la respiration de notre identité, et à la surprise de la beauté de notre être.

André Chouraki traduira « Heureux » par « En marche » [2]. Alors que nous cherchons à nous « installer », Jésus nous révèle que c’est dans ce qui nous garde nomade que se trouve la respiration de notre être profond. Celui qui n’avait « pas d’endroit où reposer la tête »[3] nous révèle ainsi le lieu où nous sommes en connivence avec Lui.

Ils sont en marche, celles et ceux qui pleurent… La vie les touche… Ils ont apprivoisé leurs propres larmes, refusant de les nier ou de s’y noyer. Leur souffrance a éveillé en eux la source qui cherche à vivre et espère la vie aussi pour les autres. Vulnérables, leurs larmes ont lavé leurs yeux… Ils voient mieux la souffrance des autres et leur grandeur.

Ils sont en marche les doux, celles et ceux qui refusent d’être cassants, et inventent ce qui permet le dialogue au cœur des situations propices à l’enfermement et au durcissement. Ceux et celles qui accueillent la vie comme on accueille la terre, qui, bien qu’imparfaite, est choisie pour être ensemencée. Ils refusent cette violence qui exploite, détruit et épuise… Ils sont sensibles à ce qui suscite la désertification de la vie, ce qui nous épuise à travers un monde axé sur la compétition, la performance, et le profit. Cette terre dont la beauté habite la fragilité. Patience et douceur de ces mains qui défrichent, labourent, sèment et éveillent la terre à sa fécondité.

Ils sont en marche celles et ceux qui sont épris de justice. Convaincus du sacré de la vie, une faim et une soif les tenaillent… Ils désirent que toute personne soit respectée. Ils refusent ce qui nourrit les écarts de richesses, ce qui fracture au lien d’unir, ce qui creuse les fossés au lieu de solidariser. Ils se retroussent les manches pour construire un monde plus juste. Ils voient les stratégies où se cachent l’appât du gain et la recherche de l’intérêt personnel. Ils se lèvent devant ce qui écrase et opprime.

Ils sont en marche celles et ceux qui sont miséricordieux. Ils savent que le jugement et la condamnation ne font qu’ajouter à la blessure et à l’hémorragie… Ils devinent qu’un enfant blessé est souvent caché derrière la personne qui fait le mal… Ils le savent parce que la miséricorde est venue à leur secours.

Ils sont en marche les cœurs purs, celles et ceux dont le regard n’est pas prisonnier du miroir: ni de la coquetterie spirituelle où ils se contemplent dans leur vertu, ni de l’enfermement où ils se condamnent pour leurs péchés. Ils sont en marche celles et ceux qui laissent le Regard de Dieu éclairer ce qu’ils sont, acceptant et accueillant cette Lumière qui se pose sur eux jusqu’à s’en émerveiller. Libérés du monologue avec eux-mêmes, ils s’ouvrent au Regard de Dieu sur eux et sur les autres. Ils voient Dieu.

Ils sont en marche les artisans de paix, celles et ceux qui savent édifier des ponts là où d’autres fabriquent des bombes. Ils souffrent de ce qui est déchiré…  Au cœur même des situations conflictuelles, sur le métier de la patience et de la persévérance, ils voient le précieux de chaque fil pour tisser cette communion où nous nous découvrons frères et sœurs, fils et filles bien-aimés du Père.

Ils sont en marche… La persécution en témoigne… Ils ne laissent pas ce monde à sa logique, à ses mensonges, au temple de la consommation, de la distraction et de l’égoïsme… Ils interpellent et questionnent ce monde… Leur simple présence dérange… Ils refusent d’être les thermomètres de ce monde… Ils en sont les humbles thermostats… Leur vie, même dans la persécution et la mort, continuent de nous montrer le chemin du Royaume.

Marchant à sa suite, même là où les chemins semblent sans issue, nous avançons… pauvres, et pourtant, habitants du Royaume.

Sans en posséder le secret, nous pouvons sentir que nous marchons dans les traces de Celui qui nous précède et nous sauve. Sa Parole Le dévoile à nos côtés… c’est là notre bonheur !

Comme nous avons besoin de ce Regard de Jésus, qui enfante ces mots à travers lesquels nous pouvons découvrir le Souffle de l’Esprit au cœur même du « difficile » et du « sans apparat » de nos vies.

Et puis de la même manière que le Regard de Jésus dévoile la beauté de cette foule anonyme, sans même lui faire passer d’examen, n’est-Il pas encore Celui qui ressuscite tous ces « nomades aux pieds nus », oubliés du passé, où se cache des « pèlerins » en quête de bonheur ?

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com


[1] « Ils sont nombreux les bienheureux », Robert Lebel, tiré de l’Album « Printemps de Dieu », 1996.
https://youtu.be/jlSA7ZJi3JI?si=bmIdgToUS27yI5IX

[2] La Bible traduite et commentée par André Chouraqui, Matyah, Éditions Jean-Claude Lattès, 1992, p. 93.

[3] Luc 9, 58; Mt 8, 20

Prier les intentions de la communauté

Nous vous invitons à porter dans vos prières les intentions confiées par les membres de la communauté du Pèlerin. Vous pouvez aussi déposer votre propre demande de prière.

Emmanuelle Rostaing
Pays : France — 28/10/2026

Priez avec moi pour que la France ne cède pas au fascisme et que l\'église ne fasse pas de la collaboration passive. Soutien aux victimes de l\'attentat


defrenne
Pays : france — 27/10/2026

J\'ai mal. Pour avoir la joie de vivre et aimer


Poyau Marie Émilie
Pays : Canada — 26/10/2026

Éternel Dieu de L’UNIVERS laisse planer le souffle de ton Esprit sur les ténèbres de ma vie afin que jaillissent ta lumière et la joie de renaître 🙏


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