No 50 – série 2026-2027
Évangile du lundi 26 octobre 2026 – 30ème Semaine du Temps Ordinaire
« Cette fille d’Abraham, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? » (Lc 13, 10-17)
En ce temps-là,
Jésus était en train d’enseigner dans une synagogue,
le jour du sabbat.
Voici qu’il y avait là une femme, possédée par un esprit
qui la rendait infirme depuis dix-huit ans ;
elle était toute courbée
et absolument incapable de se redresser.
Quand Jésus la vit, il l’interpella et lui dit :
« Femme, te voici délivrée de ton infirmité. »
Et il lui imposa les mains.
À l’instant même elle redevint droite
et rendait gloire à Dieu.
Alors le chef de la synagogue, indigné
de voir Jésus faire une guérison le jour du sabbat,
prit la parole et dit à la foule :
« Il y a six jours pour travailler ;
venez donc vous faire guérir ces jours-là,
et non pas le jour du sabbat. »
Le Seigneur lui répliqua :
« Hypocrites !
Chacun de vous, le jour du sabbat,
ne détache-t-il pas de la mangeoire son bœuf ou son âne
pour le mener boire ?
Alors cette femme, une fille d’Abraham,
que Satan avait liée voici dix-huit ans,
ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? »
À ces paroles de Jésus,
tous ses adversaires furent remplis de honte,
et toute la foule était dans la joie
à cause de toutes les actions éclatantes qu’il faisait.
Méditation – Se relever pour être enfin soi
Il y a des souffrances qui ne se voient pas, mais qui finissent par courber toute une vie. Des blessures que l’on apprend à cacher derrière un sourire, des silences que l’on garde par peur de ne pas être comprise, des souvenirs qui continuent de faire mal longtemps après les événements. Comme personne, nous sommes toutes porteuses d’une histoire, avec ses manques, ses combats, ses blessures et ses attentes déçues. Et parfois, sans nous en rendre compte, nous finissons par vivre courbées sous le poids de ce que nous avons traversé.
En regardant cette femme courbée depuis dix-huit ans, je suis invitée à regarder ma propre histoire. Qu’est-ce qui, en moi, me maintient encore courbée ? Est-ce une blessure de rejet qui me pousse à rechercher sans cesse l’approbation des autres ? Une parole qui m’a fait croire que je ne valais pas grand-chose ? Une expérience d’abandon qui m’empêche de faire confiance ? Ou peut-être cette habitude de toujours être forte, de tout porter et de ne jamais reconnaître que, moi aussi, j’ai besoin d’être soutenue ? Il arrive que nos souffrances deviennent tellement familières que nous finissions par les confondre avec notre identité. Nous ne disons plus seulement : « J’ai été blessée », mais nous vivons comme si nous étions nées pour ne pas être aimées.
Pourtant, dans cet Évangile, Jésus ne voit pas seulement une femme infirme. Il voit une personne dont la dignité demeure intacte malgré les années de souffrance. Il l’appelle, s’approche d’elle et la relève. Elle n’a pas besoin de prouver sa valeur pour recevoir son attention. Ce geste de Jésus révèle quelque chose d’essentiel sur le cœur de Dieu. Il ne nous confond pas avec mes blessures, mes erreurs ou mess fragilités. Mon histoire explique peut-être certaines de mes peurs, mais elle ne détermine pas la valeur que j’ai à ses yeux.
La guérison devient alors bien plus qu’une délivrance : elle devient un chemin de retour à mon identité profonde. Peut-être ai-je passé des années à chercher dans le regard des autres la reconnaissance que je désirais recevoir, à donner beaucoup pour être aimée, à me diminuer pour ne pas déranger ou à me battre pour mériter ma place. Aujourd’hui, Jésus m’invite à découvrir une autre manière de vivre : non plus dans la peur de ne pas être assez, mais dans la confiance d’être une fille aimée du Père. Je ne suis pas obligée de gagner son amour par mes efforts ni de devenir parfaite pour avoir le droit de m’approcher de lui. Je peux venir à lui avec mes contradictions, mes questions, mes larmes et mes fragilités.
Je peux ainsi découvrir que je suis une fille unique en mon genre, personnellement connue et aimée, sans avoir besoin de me comparer aux autres. Cette certitude ne fait pas disparaître magiquement toutes mes blessures, mais elle change peu à peu la place qu’elles occupent dans ma vie. Je peux apprendre à ne plus me définir par ce qui m’a manqué, mais par l’amour que je suis appelée à accueillir. Je peux reconnaître mes faiblesses sans me mépriser, regarder mon passé sans y rester enfermée et avancer sans attendre que tout soit parfait.
La femme guérie se redresse et glorifie Dieu. Son relèvement devient une réponse à l’amour reçu. C’est aussi mon appel : laisser le Seigneur me relever pour que ma vie témoigne de sa tendresse.
« Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes ! » (1 Jn 3, 1)
Jeannette Daïdouwé – daidouwe@gmail.com
Image d’entête par Sasin Tipchai de Pixabay
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