No 42 – série 2026-2027

Évangile du dimanche 18 octobre 2026 – 29ème dimanche du Temps Ordinaire

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mt 22, 15-21)

    En ce temps-là,
    les pharisiens allèrent tenir conseil
pour prendre Jésus au piège
en le faisant parler.
    Ils lui envoient leurs disciples,
accompagnés des partisans d’Hérode :
« Maître, lui disent-ils, nous le savons :
tu es toujours vrai
et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ;
tu ne te laisses influencer par personne,
car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens.
    Alors, donne-nous ton avis :
Est-il permis, oui ou non,
de payer l’impôt à César, l’empereur ? »
    Connaissant leur perversité, Jésus dit :
« Hypocrites !
pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ?
    Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d’un denier.
    Il leur dit :
« Cette effigie et cette inscription,
de qui sont-elles ? »
    Ils répondirent :
« De César. »
Alors il leur dit :
« Rendez donc à César ce qui est à César,
et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Méditation – Nous appartenons au Père !

César, donc à l’horizon des réalités en lien avec l’État, se présente de manière ambigüe. Et ici, c’est le pouvoir religieux qui est l’acteur de cette hypocrisie dont le motif est de prendre au piège la Grâce : Jésus !

Mais ce ne sont pas les pharisiens qui vont aller à sa rencontre… Ils envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode, ceux-là même qui pourront accuser Jésus s’il se montre opposé au paiement de l’impôt.

Par la flatterie, ils veulent camoufler le vrai motif de leur venue. On veut mettre Jésus au pied du mur en le poussant à une réponse en noir ou blanc : « …oui ou non, est-il permis de payer l’impôt à César ? ». Le piège est posé… Ce monde binaire qui ne respecte tellement pas la vie !

André Chouraki, dans son commentaire sur Mathieu, nous fait saisir la profondeur des enjeux présents.[1]

« La question est importante. Les mouvements de résistance contre l’Empire recommandaient constamment la grève de l’impôt, considéré comme une trahison envers Yahvé et Israël. Devant être payé à un empire étranger, celui des romains oppresseurs, il servait aussi la gloire de leurs idoles. »

De plus, « …Ponce Pilate dut réprimer durement une révolte du peuple juif qu’il avait lui-même provoquée en faisant ostensiblement exposer, en plein cœur de Jérusalem, la ‘Cité du sanctuaire’, des enseignes à l’effigie de l’empereur Tibère : acte blasphématoire, intolérable aux yeux des juifs. »

L’effigie de César, « fut-ce sous l’espèce d’une monnaie… résumait à leurs yeux tout ce qu’ils abhorraient, l’idolâtrie et son comble, l’auto-divinisation. »

Si Jésus répond qu’il ne faut pas payer l’impôt, « il est immédiatement catalogué comme zélote et réfractaire à l’Empire, donc passible des peines édictées par une loi scélérate, la ‘Lex Julia Laesae Majestatis’ dont la sévérité était extrême en ces années de fin de règne de Tibère.

S’il répond oui, il s’aliène la sympathie de l’immense majorité du peuple, littéralement écrasé par le poids des impôts de toute sorte qui l’accablent. »

À cette mise en demeure, Jésus demande de Lui montrer la monnaie de l’impôt… Ils lui présentent une pièce d’un denier. C’est donc qu’ils avaient sur eux cette pièce de monnaie, dévoilant ainsi la compromission dans laquelle eux-mêmes se trouvent en regard de la position traditionnelle des pharisiens.

Même si l’intention est pernicieuse, Jésus apportera une lumière encore actuelle pour ce monde où les règles de l’État et notre appartenance à Dieu sont inexorablement liées dans cette incarnation au carrefour de notre fidélité à Dieu et de l’organisation de notre vie en société. Aujourd’hui encore, cette articulation entre ce qui appartient à César et ce qui appartient à Dieu reste un enjeu profond. La persécution dont sont victimes les croyants dans bien des situations montrent combien peut bousculer l’Évangile.

Il est facile de modeler notre vie sur la loi civile. Notre conscience personnelle est anesthésiée par le climat ambiant : puisque la loi le permet, on le fait sans trop se poser de questions, même si nous devenons ainsi complices du non-respect de la vie, de la dignité des personnes, ou de la création.

Du côté du législateur, nous constatons parfois que c’est l’intérêt des personnes au pouvoir qui se cache derrière ce qu’elles présentent comme devant servir de règles imposées à tous. Ce mépris n’est pas sans susciter, chez les personnes qui en sont victimes, une colère qui dégénère en violence de toutes sortes. Reconnaissons aussi que la complexité du réel, pose des défis où les zones grises sont plus nombreuses que le noir et le blanc.

Par ailleurs, au cœur même de la société civile, des initiatives sont porteuses d’humanité et d’avenir : le religieux n’a pas le monopole de ce qui rend notre monde plus humain et plus beau et le Souffle de l’Esprit l’habite aussi.

On le voit bien, en regard des situations concrètes de la vie, avec les circonstances particulières qui les affectent, la loi, civile ou religieuse, aura toujours à se laisser éclairer par l’Appel du Christ qui ne cesse de nous inviter à questionner nos règles et nos agirs. La réponse n’appartient pas à la loi, mais bien à ce que le Christ nous propose en nous demandant de Le suivre. Même le « religieux » est parfois le lieu d’extrémismes destructeurs. Lui aussi est appelé à se laisser purifier par cette appartenance à Dieu.

La suffisance et l’arrogance du religieux comme du profane sont des maladies où se cachent notre hypocrisie et une indifférence au Souffle donné toujours présent.

La séparation entre le profane et le spirituel est stérile : c’est dans la rencontre et le dialogue de ces deux réalités qu’une fécondité est possible en nous faisant entrer dans une réforme toujours inachevée.

S’il y a des réalisations éloquentes d’humanité, les faits expriment aussi la potentialité destructrice des lois issues d’une gouvernance d’intérêt ou d’opportunisme, camouflée sous le couvert du bien à travers la manipulation des médias et les « fake news ». Cela est vrai aussi pour nos compréhensions de la foi : la mise à mort du Christ au nom d’une Loi religieuse et les nombreuses guerres de religion en témoignent.

Le discernement en regard de l’organisation de la Cité est essentiel : ni condamner le profane en se cantonnant dans des positions religieuses sourdes aux défis de ce temps… ni se soustraire à l’interpellation inépuisable et toujours inachevée de notre appartenance à Dieu qui questionne notre organisation de société et même notre foi en l’invitant à sortir de l’hypocrisie. Une instance de dialogue et d’écoute est nécessaire. Ce dialogue appelle aussi une vigilance sur ce qui nous fait parler : la tentation de vouloir piéger celui qui nous dérange ou questionne nos intérêts, demeure présente chez toute personne, peu importe son allégeance.

Suivre le Christ, c’est accepter d’entrer dans un agir qui dépassera toujours ce que la Loi demande. Il nous fait entrer dans un pays que nous ne connaissons pas, et dont l’horizon ne cesse de s’élargir. Sous son regard, notre agir est questionné afin que nous ne soyons pas les victimes des idoles dans lesquelles notre sédentarité intérieure peut si facilement nous enfermer, ignorant de notre appartenance au Père, et fermé à continuer de trouver nos racines en Lui.

« Est-il permis, oui ou non ? » : la réponse appelle cette vérité sur l’effigie cachée dans le quotidien de nos agirs. Et nos jugements en noir et blanc témoignent du double aveuglement dont nous sommes prisonniers : celui de refuser de reconnaître nos compromissions, et celui d’ignorer notre appartenance profonde à Dieu.

La forme que prend l’organisation de notre société est toujours relative et en retard sur les appels de la vie. Elle peut s’enfermer dans des idéologies, sourdes au réel et à l’absolu qui l’interpellent. Les problèmes nouveaux sollicitent des réponses nouvelles. C’est dans le Christ que s’éclaire la réponse… non pas dans ce que nous croyons en connaître, mais en choisissant d’être dans la vulnérabilité de l’écoute attentive à Celui qui marche avec nous pour que nous inventions ce qui rend possible une vie nouvelle pour tous, en marche vers ce Royaume que son Amour suscite !

Le Christ est cet Amour sans mesure qui, même mis à mort, nous révèle que notre nom est gravé dans le Cœur du Père ! Ainsi, chaque personne dans son unicité porte la dignité d’être membre de son Corps, appelée à entrer dans cette communion tant désirée par le Christ. En sa chair, le sacré et le profane deviennent terreau d’un monde nouveau.

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com


[1] André Chouraki, Matyah, JCLattes, 1992, p. 293-294

Prier les intentions de la communauté

Nous vous invitons à porter dans vos prières les intentions confiées par les membres de la communauté du Pèlerin. Vous pouvez aussi déposer votre propre demande de prière.

Éric
Pays : Canada — 16/10/2026

Pour la paix du coeur de mon ami Alexandre et de toutes les personnes angoissées


Élizabeth d\'Amboise
Pays : Canada — 16/10/2026

Vincent et Edith


Élizabeth d\'Amboise
Pays : Canada — 16/10/2026

Vincent qui souffre de dépression


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