No 194 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 1 avril 2026 – Mercredi Saint

« Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit ; mais malheureux celui par qui il est livré ! » (Mt 26, 14-25)

En ce temps-là,
          l’un des Douze, nommé Judas Iscariote,
se rendit chez les grands prêtres
          et leur dit :
« Que voulez-vous me donner,
si je vous le livre ? »
Ils lui remirent trente pièces d’argent.
          Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable
pour le livrer.

          Le premier jour de la fête des pains sans levain,
les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus :
« Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs
pour manger la Pâque ? »
          Il leur dit :
« Allez à la ville, chez untel,
et dites-lui :
“Le Maître te fait dire :
Mon temps est proche ;
c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque
avec mes disciples.” »
          Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit
et ils préparèrent la Pâque.

          Le soir venu,
Jésus se trouvait à table avec les Douze.
          Pendant le repas, il déclara :
« Amen, je vous le dis :
l’un de vous va me livrer. »
          Profondément attristés,
ils se mirent à lui demander, chacun son tour :
« Serait-ce moi, Seigneur ? »
          Prenant la parole, il dit :
« Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi,
celui-là va me livrer.
                   Le Fils de l’homme s’en va,
comme il est écrit à son sujet ;
mais malheureux celui
par qui le Fils de l’homme est livré !
Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né,
cet homme-là ! »
          Judas, celui qui le livrait,
prit la parole :
« Rabbi, serait-ce moi ? »
Jésus lui répond :
« C’est toi-même qui l’as dit ! »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Judas, pourquoi ne te laisses-tu pas aimer ?

Nous sommes entrés dans le mystère de la Semaine Sainte. Avec ce Mercredi Saint sonne l’heure la plus triste, celle de la vente de Dieu. À Dieu qui est l’Unique, Judas donne un équivalent monétaire : « Judas Iscariote se rendit chez les grands prêtres et leur dit : « Que voulez-vous me donner, si je vous le livre ? » (Mt 26,15). En organisant le troc de l’Incomparable, Judas met en place un échange qui évacue Dieu de la vie pour Le remplacer par une chose, « trente pièces d’argent », qui donne satisfaction.

N’est-ce pas en résumé le fonctionnement du péché et de l’idolâtrie ? Moi aussi, combien de fois n’ai-je pas trahi pour évacuer le Créateur et Lui préférer la créature ?

Quelles étaient les motivations profondes de Judas ? Peut-on le savoir ? Il n’est guère possible d’expliquer, de déplier les causes. Mais, nous pouvons décrire quelques aspects du mystère du mal qui passe à l’action !

Cette vente du mercredi a été préparée par ce que le Lundi Saint commémore : l’onction de parfum précieux (Jn 12) sur les pieds de Jésus que Judas ne comprend pas. L’insensibilité de Judas au geste de Marie de Béthanie révèle sa fermeture du cœur. À Béthanie, s’est vécu un mystère d’intime proximité et d’accueil de Dieu par une âme. Ce jour-là, Judas est demeuré analphabète au langage de l’amour auquel, pourtant, Jésus initiait son disciple depuis des années.

À Judas, ce disciple qui désigna le Sauveur comme Celui qu’il voulait trahir, Jésus ne répondit que par l’Amour. Jésus aima Judas et Il l’aima « jusqu’au bout » (Jn 13,1). Ayant pris Judas tout contre Lui à table et à portée de main, Jésus honora Judas de Sa proximité : « Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi, celui-là va me livrer. » « En hébreu, Judas signifie “le bien-aimé” » (1). Celui qui, face à Jésus, va trahir est néanmoins englobé dans l’amour divin (Mt 5, 44).

Nous aimons condamner Judas en nous plaçant au-dessus de lui et du bon côté de l’histoire. Nous le jugeons facilement en nous imaginant étrangers à son péché. Pourtant, regarder Judas avec Amour, n’est-ce pas entrer dans le langage même du Christ qui le nomma « ami » (Mt 26,50) au jardin de la trahison ? Pourtant, ne devons-nous pas rejoindre notre péché non pour l’excuser, mais pour le tourner vers la Miséricorde ? En Jésus, nous avons un Dieu ami qui pardonne !

Mais, Judas ne se rendit pas sensible à cet offre d’être l’« ami » de Jésus… L’amitié entraîne une attitude spirituelle : être l’ami suppose d’aimer et de se laisser aimer. Il faut ouvrir en soi une place à la vie d’un Autre pour vivre un échange. Il faut préférer l’Autre à ses propres lumières. Le Christ Se propose à l’âme : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3,20). Cette parole de l’« ami » suppose que le cœur vive, en retour, un « ouvre-toi ! » (Mc 7,34) qui laisse entrer l’« ami » divin.

Après sa trahison, Judas a reconnu son péché : « Alors, en voyant que Jésus était condamné, Judas, qui l’avait livré, fut pris de remords ; il rendit les trente pièces d’argent aux grands prêtres et aux anciens. Il leur dit : « J’ai péché en livrant à la mort un innocent. » Ils répliquèrent : « Que nous importe ? Cela te regarde ! » Jetant alors les pièces d’argent dans le Temple, il se retira et alla se pendre. » (Mt 27,3-5). Les remords poussèrent Judas à suivre de nouveau la piste de l’argent, puisqu’il rendit les pièces d’argent au Temple.

Mais, rendre l’argent, était-ce le plus important ? L’enjeu de la situation n’était pas dans le fait de jeter l’argent de la trahison. La trahison, une fois accomplie, ne permettait plus de revenir en arrière… Judas a oublié une chose : en Jésus, l’Amour marche sur notre terre. Un Amour qui se laisse crucifier plutôt que de Se défendre avec violence. Cet Amour infini a aimé Judas, notre frère en aveuglement. Un frère qui n’a pas su comme Pierre s’exposer à la tendresse de Jésus. En effet, après sa trahison, Pierre demeura à proximité de la résidence (Lc 22,54) où Jésus était prisonnier. Ainsi, Pierre mendiait la Miséricorde en se tenant à portée de regard : « Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre » (Luc 22,61). De son côté, Judas alla discuter avec les grands-prêtres qui se moquèrent de lui.

En cette Semaine Sainte de notre rédemption, tournons-nous vers la Miséricorde de Dieu  !

Chercher à avoir raison contre Dieu pour se justifier enferme dans notre jugement personnel.

Se recourber sur notre péché ne conduit qu’au désespoir !

Se condamner ne conduit qu’à la mort.

« Moi, je ne le juge pas, car je ne suis pas venu juger le monde, mais le sauver. » (Jn 12,47)

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Note :

(1) Prière du lundi saint (26 Mars 2024). Méditation du cardinal José Tolentino de Mendonça sur Matthieu 26, 47-50.



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