No 191 – série 2025-2026

Évangile du dimanche 29 mars 2026 – Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur

Évangile de Jésus Christ selon Saint Matthieu (Mt 21, 1-11)

Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent en vue de Bethphagé,
sur les pentes du mont des Oliviers.

Alors Jésus envoya deux disciples en leur disant :

« Allez au village qui est en face de vous ;
vous trouverez aussitôt une ânesse attachée et son petit avec elle.
Détachez-les et amenez-les moi.
Et si l’on vous dit quelque chose, vous répondrez :

‘Le Seigneur en a besoin’. Et aussitôt on les laissera partir. » 

Cela est arrivé pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète :

Dites à la fille de Sion :
Voici ton roi qui vient vers toi, plein de douceur,
monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d’une bête de somme.

Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné.
Ils amenèrent l’ânesse et son petit, disposèrent sur eux leurs manteaux,
et Jésus s’assit dessus.

Dans la foule, la plupart étendirent leurs manteaux sur le chemin ;
d’autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route.
Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient :

« Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !
Hosanna au plus haut des cieux ! »

Comme Jésus entrait à Jérusalem, toute la ville fut en proie à l’agitation, et disait :

« Qui est cet homme ? »

Et les foules répondaient :

« C’est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Il fait son Chemin de nos manteaux étendus sur le sol !

Pour plusieurs d’entre nous, nous nous joindrons à la célébration du Dimanche des Rameaux. Ce n’est pas la première fois que nous tiendrons ces rameaux en main, exprimant ainsi notre « oui » pour accueillir le Christ et pour l’accompagner sur le chemin de sa Passion. Nous avons déjà exprimé avec sincérité ce désir d’accueillir le Christ au cœur de notre vie… Si dans ces moments de ferveur, notre foi et notre amour donnaient à notre volonté d’être résolument engagée dans ce geste, nous savons aussi combien, à certains jours, nos pas sont lourds, boiteux… et combien parfois nous prenons conscience de la pauvreté de notre réponse… dont même le reniement n’est pas exclu. L’entrée dans la ville sainte, Jérusalem, n’est pas sans donner prise à ces royautés intérieures qui sont de ce monde. Le Christ n’est pas de ce monde… et nous serons toujours les « étrangers » du pays où Il nous conduit. Nomades, nous serons les réfugiés de sa Parole qui nous accompagne et ouvre notre cœur au Chemin déroutant où Il nous invite à marcher à sa suite sur les « eaux » !

Ces « eaux » que le Christ traverse sont précisément celles du mal et de la mort… Cet accueil du Christ, exprimé par les rameaux que nous tenons en main, n’est pas un simple rite liturgique. C’est notre foi qui accepte de Le suivre où son Amour Le conduit. Il ne s’agit pas simplement de sa Vie dont nous serions les spectateurs… Il s’agit de communier à l’Amour de Celui qui épouse notre vie et notre Histoire.

Jésus prend l’initiative de cette entrée à Jérusalem en y associant 2 de ses disciples… Ils seront témoins de la décision ferme qu’Il prend : Ma vie, « Nul ne peut me l’enlever, je la donne de moi-même »[1].

C’est assis sur cette ânesse, accompagnée de son petit, qu’Il entre dans la ville sainte. Il n’entre pas en étant monté sur un cheval ou sur un char… Sa manière d’être et de faire est aux antipodes des royautés de ce monde, qui parfois, fascinent nos yeux. Ces mirages ont tôt fait de nous révéler leur côté sombre. L’exploitation des personnes, les guerres, l’indifférence, la convoitise, et l’appât du gain fabriquent tant de trous noirs.

Les disciples ont pris soin de mettre leur manteau sur ces humbles montures, « servantes » empoussiérées du labeur quotidien. Sans mesurer ce qui s’en vient, les disciples veulent prendre soin du maître qui prend l’initiative de ce qui arrive. Tout s’inscrit dans cette cohérence qui trouve sa source en Jésus… L’ânesse et son petit seront détachés et amenés au Seigneur : ce Roi qui vient vers nous plein de douceur est aux antipodes des royautés de ce monde. L’ânesse est avec son petit… peut-être comme une monture pour nous-mêmes qui voulons suivre Jésus… Une monture qui nous invite à descendre de ce qui nous ferait exister au regard des autres.

Spontanément, plusieurs étendent leurs manteaux sur le chemin et d’autres coupent des branches pour en joncher le sol. Entouré de ces foules qui Le précèdent ou Le suivent, Jésus est acclamé comme fils de David, celui qui vient au nom du Seigneur. Enfin ce Messie tant annoncé… Effervescence d’une foule aux aspirations et aux motivations diverses, parfois même contradictoires. L’ambiguïté respire dans ces vêtements déposés au sol… Pour certains, Jésus est ce roi qui chassera l’occupant romain et instaurera un règne de justice et de paix pour tous. D’autres espèrent que toute souffrance disparaîtra, et qu’enfin le bonheur, la paix et la justice adviendront. D’autres, se laissant regarder par le Christ, sentent qu’ils peuvent Lui faire confiance.

Et Jésus acceptera de poser ces pieds sur ce chemin si raboteux d’ambiguïtés… En traversant cette foule qui l’acclame, son Amour accepte de fouler la terre de cette humanité aux aspirations ambivalentes. Il choisit de continuer d’avancer, au cœur de ces acclamations où continuent de s’enchevêtrer la confiance, la recherche d’eux-mêmes, l’inconnu du chemin, et l’illusion de leurs capacités à Le suivre.

Il nous accueille aussi : avec notre élan généreux, nos contradictions, nos espérances, notre désir profond et nos pauvretés. Pavés de ces manteaux et de ces rameaux, où rien n’est soustrait de nous, Jésus avance, libre et conscient. Il sait l’issue de ce chemin : le soudain retournement de la foule ira jusqu’à endosser sa crucifixion et sa mise à mort. Même là, sa Parole ouvrira une brèche au cœur du mal dont nous sommes les blessés et les complices : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font »[2]. Toute notre vie en gestation dans les entrailles de sa Miséricorde.

Nous le savons, le réel de notre vie nous est difficile à accueillir. À cause de la croix qui est la nôtre, nous cherchons à nous évader de notre condition humaine : tant d’addictions en témoignent…

Des courants de pensée donnent aussi corps à cette fuite : le transhumanisme et le post-humanisme mettent leur foi dans les avancées technologiques et scientifiques, cherchant à se libérer des limites biologiques actuelles.

Le Christ, quant à Lui, s’est fait porteur de l’Amour sans mesure du Père, au cœur d’une vie de 33 ans, où Il « …s’est anéanti, prenant la condition de serviteur… Il s’est abaissé jusqu’à la mort, et la mort sur la croix » [3]

Le Christ ne fuit pas… Il plonge dans le Mystère de notre vie, continuant de nous aimer plus loin que le mal et la mort.

« Le véritable amour, nous rappelle l’Évangile, se donne avant même d’être réciproque. C’est un don anticipé. Il ne se fonde pas sur ce qu’il reçoit, mais sur ce qu’il désire offrir. C’est ce que Jésus a vécu avec les siens : alors qu’ils ne comprenaient pas encore, alors que l’un était sur le point de le trahir et un autre de le renier, Lui préparait pour tous une Cène de communion ».[4]

Taillé à même l’épaisseur de la nuit qui les entourait, Jésus ouvre un espace d’intimité avec les siens. Prenant la place de serviteur, Il leur lave les pieds et leur donne de communier au Don qu’Il fait de sa Vie…

Crucifié, Il exprimera cette soif d’amour, de relation et de communion qui habite son désir profond.

« C’est le cri silencieux d’un Dieu qui, ayant voulu tout partager de notre condition humaine, se laisse aussi traverser par cette soif. Un Dieu qui n’a pas honte de mendier une gorgée, car dans ce geste, il nous dit que l’amour pour être vrai, doit aussi apprendre à demander et pas seulement à donner. »[5]

Par Amour, Il laisse sa Vie entre nos mains. Il entre dans cette Pauvreté et cette vulnérabilité où notre vie peut Le sauver.

Il choisit encore d’entrer dans la Jérusalem de nos vies : laissant tomber nos manteaux rapiécés sur le sol rocailleux, Il continue d’en faire son Chemin pour que s’ouvre sous ses pas ce qui nous sauve !

L’abbé Paolo – maheux.paolo@gmail.com


[1] Jn 10, 18

[2] Luc 23, 34

[3] Philippiens 2, 7-8

[4] Pape Léon XIV, né Robert Francis Prevost en 1955, élu pape le 8 mai 2025 / Audience du 6août 2025, LEV

[5] Pape Léon XIV / Audience du 3 septembre 2025, LEV



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