No 187 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 25 mars 2026 – Annonciation du Seigneur
« Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils » (Lc 1, 26-38)
En ce temps-là,
l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu
dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
à une jeune fille vierge,
accordée en mariage à un homme de la maison de David,
appelé Joseph ;
et le nom de la jeune fille était Marie.
L’ange entra chez elle et dit :
« Je te salue, Comblée-de-grâce,
le Seigneur est avec toi. »
À cette parole, elle fut toute bouleversée,
et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
L’ange lui dit alors :
« Sois sans crainte, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
Il sera grand,
il sera appelé Fils du Très-Haut ;
le Seigneur Dieu
lui donnera le trône de David son père ;
il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,
et son règne n’aura pas de fin. »
Marie dit à l’ange :
« Comment cela va-t-il se faire,
puisque je ne connais pas d’homme ? »
L’ange lui répondit :
« L’Esprit Saint viendra sur toi,
et la puissance du Très-Haut
te prendra sous son ombre ;
c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,
il sera appelé Fils de Dieu.
Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente,
a conçu, elle aussi, un fils
et en est à son sixième mois,
alors qu’on l’appelait la femme stérile.
Car rien n’est impossible à Dieu. »
Marie dit alors :
« Voici la servante du Seigneur ;
que tout m’advienne selon ta parole. »
Alors l’ange la quitta.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – « Je vais vous préparer une place. » (Jn 14,3)
L’envie et la colère viennent du sentiment que nous ne sommes pas à notre place : « les autres me volent ma place » dit l’un. « Je ne suis pas reconnu à ma juste valeur » reproche l’autre. Les blessures murmurent à notre oreille des soupçons auxquels nous répondons par des aigreurs ou des violences. Au sein de nos errements, Dieu nous prépare une place libérée des égoïsmes qui disloquent notre vie. Dès avant notre conception, Dieu nous aménage une place inviolable auprès de Lui. C’est en Marie qui s’inaugure l’engendrement de notre identité de fils et de filles de Dieu, dans le Fils.
Prions Marie en laquelle le Fils est engendré. Marie est le modèle de la femme qui a trouvé sa juste place. Représentant l’Annonciation, les peintres du Moyen-Âge ou de la Renaissance mettent sous nos yeux une maison dans laquelle Marie reçoit l’ange. Qu’est-ce que cette maison ? Qui sait ? Marie a peut-être reçu la visite de l’ange au puits ou de retour du marché ou encore dans la cuisine. Pourtant, le symbole de la maison est parlant. Car, le coeur de Marie est cette demeure de l’Esprit. L’humilité, c’est le bonheur d’avoir trouvé dans l’amour de Dieu une demeure.
« Marie de Nazareth conçut le Seigneur par l’oreille,
c’est-à-dire que la Parole de Dieu entra par l’oreille
de Marie pour être par elle conçue. » (1)
Cet hymne de Saint Éphrem associe l’écoute à l’engendrement. La conception du Seigneur par l’oreille est un motif poétique d’une grande portée spirituelle. L’écoute et l’obéissance (qui est une manière de tendre l’oreille à l’Esprit) se placent à la source de l’engendrement du Fils dans Marie. Le Fils ne peut naître en moi qu’en suivant le chemin emprunté par l’Esprit. Benoît XVI observait que selon « les Pères de l’Église, (…) Marie aurait conçu par l’oreille, c’est-à-dire par son écoute. A travers son obéissance, la Parole est entrée en elle, et, en elle, elle est devenue féconde. » (2)
En Marie, l’obéissance rejoint l’humilité qui fonde la liberté. Marie ne pose pas des conditions préalables à Dieu avant de signer un contrat. Elle ne réunit pas des armes contre Dieu pour se protéger et faire respecter ses droits. Délivrée des ruses et des compromis qui tordent notre psychisme blessé, l’Immaculée Conception croit que Dieu est pure bonté, incapable de vouloir le mal. Se confier à Dieu marque l’ampleur de sa liberté.
Marie n’éprouve aucune peur devant Dieu. Elle s’étonne, pose une question. Mais, elle ne connaît pas la remise en question malveillante. Car, bien à sa place, Marie vit son existence comme un don de Dieu. Elle n’a pas besoin comme Ève de défendre sa place contre un conjoint soupçonné d’être un ennemi. Ève annonçait la naissance de Caïn comme on déclare l’acquisition d’une propriété chez le notaire : « J’ai acquis un homme avec le Seigneur » (Gn 4,1). Pourtant, peut-on acquérir un homme ? Bébé Caïn était-il un adulte avec lequel Ève formait un duo ? Et puis… Ève oubliait totalement Adam. À l’opposé d’Ève qui possède Caïn et oublie Adam, Marie pense à Joseph auquel elle fait une place : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » Plus tard, lors du recouvrement au Temple, Marie pensera également à Joseph : « Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » (Lc 2,48-49). Marie ne se pense jamais en dehors de la relation.
Solide dans son identité de fille du Père, Marie ne vole la place de personne. Elle n’a pas le « syndrome du sauveur ». Lorsqu’elle accompagne son fils à la croix, elle reconnaît en Jésus le seul Sauveur. Elle ne lui dit pas comment il faut sauver le monde. Mais, dans la confiance, elle fait face aux circonstances douloureuses. Remarquons que Pierre, dans son enthousiasme, fait la leçon au Sauveur en expliquant à Jésus comment il faut s’y prendre. Selon Pierre, le Messie ne peut ni souffrir, ni être tué (Mc 8,31). Jésus remet Pierre à sa place de disciple : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan. » (Mc 8,33). Combien de fois dans notre vie voulons-nous imposer aux autres notre manière de les sauver ? Combien de fois fixons-nous au Seigneur la marche à suivre ?
Marie ne prend pas la place de l’Esprit qu’elle accueille par un « oui » franc et définitif. « Qui est ma mère ? », interrogeait Jésus. N’est-ce pas celle qui écoute l’Esprit ? (Mt 12, 46-50). Par opposition, remarquons que les spectateurs des exorcismes de Jésus jouèrent au Saint Esprit en disant : « C’est par Béelzéboul, le chef des démons, qu’il expulse les démons. » (Lc 11,15). Ces adversaires de Jésus refusaient de reconnaître le rôle de l’Esprit. Sans doute voulaient-ils consoler Israël à leur manière, tout en captant la source de la libération… sans jamais rendre au Consolateur sa place ! Jésus tance sévèrement ces calomniateurs en valorisant la présence vivante de l’Esprit. Combien de fois voulons-nous consoler les autres à notre manière sans les confier à l’Esprit ? Combien de fois captons-nous l’autre au lieu de le confier à l’Esprit ? Marie nous éclaire et nous guide, car elle laisse agir l’Esprit sans prendre Sa place.
Marie, aide-nous à trouver notre place.
Aide-nous à goûter notre identité reçue de Dieu comme un lieu doux et accueillant.
Aide-nous à ne voler l’existence de personne et guide-nous vers l’acceptation joyeuse de notre petitesse.
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
Notes :
(1) Saint Éphrem le Syriaque (306-373) dans son hymne Joseph fut appelé père par grâce, Hymne à Marie pour la liturgie (chaldéenne) des heures, n° 21.
(2) Benoît XVI, L’enfance de Jésus, Flammarion, 2012, (p.58).
Événements en vedette
DROIT D’AUTEUR
La méditation peut être partagée à toutes et à tous, en tout ou en partie, mais le nom de l’auteur et l’indication du centre le Pèlerin avec l’adresse du site (www.lepelerin.org) doivent être inscrits, car les droits d’auteur demeurent. Merci de votre compréhension.
