No 182 – série 2025-2026
Évangile du vendredi 20 mars 2026 – 4ème Semaine de Carême
« On cherchait à l’arrêter, mais son heure n’était pas encore venue » (Jn 7, 1-2.10.14.25-30)
En ce temps-là,
Jésus parcourait la Galilée :
il ne voulait pas parcourir la Judée
car les Juifs cherchaient à le tuer.
La fête juive des Tentes était proche.
Lorsque ses frères furent montés à Jérusalem
pour la fête,
il y monta lui aussi,
non pas ostensiblement, mais en secret.
On était déjà au milieu de la semaine de la fête
quand Jésus monta au Temple ; et là il enseignait.
Quelques habitants de Jérusalem disaient alors :
« N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ?
Le voilà qui parle ouvertement,
et personne ne lui dit rien !
Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu
que c’est lui le Christ ?
Mais lui, nous savons d’où il est.
Or, le Christ, quand il viendra,
personne ne saura d’où il est. »
Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria :
« Vous me connaissez ?
Et vous savez d’où je suis ?
Je ne suis pas venu de moi-même :
mais il est véridique, Celui qui m’a envoyé,
lui que vous ne connaissez pas.
Moi, je le connais
parce que je viens d’auprès de lui,
et c’est lui qui m’a envoyé. »
On cherchait à l’arrêter,
mais personne ne mit la main sur lui
parce que son heure n’était pas encore venue.
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – L’Origine et le Mystère de la Rencontre
La scène évangélique nous plonge dans une tension palpable : celle d’un Jésus qui évolue entre la sécurité de la Galilée et le risque du Temple à Jérusalem. Alors que les autorités cherchent à l’éliminer, il ne fuit pas, mais entre dans la lumière de la fête, sans forfanterie, pour l’enseignement. Cette entrée « en secret » puis « publique » n’est pas une contradiction, mais une révélation progressive de sa mission. Il enseigne au cœur du lieu saint, là où les hommes se rencontrent, et suscite immédiatement la perplexité, voire l’hostilité.
La question centrale qui émerge de ce texte est celle de l’origine : « D’où sommes-nous ? ». Dans notre société, nous sommes souvent réduits à nos étiquettes, nos territoires d’origine, nos réseaux ou nos compétences. Cette nécessité de « situer » l’autre pour se rassurer est un mécanisme de défense face à l’incertitude. Les « guerres de chapelles », qu’elles soient villageoises ou spirituelles, naissent de cette peur de l’étranger, de celui qui ne rentre pas dans nos catégories connues. Pour le croyant, le premier défi est de dépasser cette logique de classement. Si nous définissons les personnes que nous rencontrons par leur passé, leur famille ou leurs traumatismes, nous risquons de les enfermer dans une identité figée, comme les habitants de Jérusalem qui pensaient savoir d’où venait Jésus.
Cependant, la parole de Jésus renverse cette logique : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? ». Il dénonce l’illusion d’une connaissance totale de l’autre. Or, chaque être humain porte en lui un mystère indéchiffrable, une part de Dieu qui nous échappe. Cela est d’autant plus vrai pour ceux d’entre nous qui sommes appelés à vivre un accompagnement spirituel : nous pourrions commettre l’erreur de penser que comprendre l’histoire de quelqu’un suffit à le guérir. Cette « part de mystère » qui nous reste à jamais voilée exige de nous une humilité radicale. Elle nous invite à ôter nos sandales, non seulement devant le sacré, mais devant la personne elle-même, car elle est sanctuaire vivant.
La réponse de Jésus est claire : sa véritable origine n’est pas humaine, mais divine. Il vient de Celui qu’ils ne connaissent pas, bien qu’ils croient le connaître. Là est le cœur de la mission spirituelle : je ne suis pas appelée à juger, à catégoriser ou à condamner l’autre selon nos critères, mais à l’ouvrir à l’Inconnu qui l’habite. Devant l’autre que je rencontre, je suis me risque à être un témoin de cette « heure » qui n’est pas encore venue, un gardien du mystère plutôt qu’un juge des origines.
Enfin, ce texte nous rappelle que la mission de l’accompagnant ne dépend pas de la reconnaissance humaine, mais de l’envoyé. Comme Jésus, nous ne sommes pas venus de nous-mêmes. Notre autorité ne vient pas de notre statut, de notre formation ou de notre réseau, mais de notre lien avec le Père. Si nous cherchons à « arrêter » le processus spirituel pour le contrôler, nous manquons le but. La grâce opère dans le temps de Dieu, et notre rôle est de laisser cette « heure » se réaliser, avec confiance et sérénité.
En conclusion, cette méditation nous invite à transformer notre regard. Au lieu de chercher à situer l’autre par ses origines, apprenons à l’accueillir dans sa dignité d’enfant de Dieu, porteur d’un mystère que nous ne possédons pas, mais que nous pouvons, par l’amour, aider à révéler. Cet espace de liberté et de mystère permet à la rencontre de prendre tout son sens.
Sr Marie-Emmanuel – raffenel@gmail.com
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