No 180 – série 2025-2026
Évangile du mercredi 18 mars 2026 – 4ème Semaine de Carême
« Comme le Père relève les morts et les fait vivre, ainsi le Fils fait vivre qui il veut » (Jn 5, 17-30)
En ce temps-là,
après avoir guéri le paralysé un jour de sabbat,
Jésus déclara aux Juifs :
« Mon Père est toujours à l’œuvre,
et moi aussi, je suis à l’œuvre. »
C’est pourquoi, de plus en plus,
les Juifs cherchaient à le tuer,
car non seulement il ne respectait pas le sabbat,
mais encore il disait que Dieu était son propre Père,
et il se faisait ainsi l’égal de Dieu.
Jésus reprit donc la parole. Il leur déclarait :
« Amen, amen, je vous le dis :
le Fils ne peut rien faire de lui-même,
il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ;
ce que fait celui-ci,
le Fils le fait pareillement.
Car le Père aime le Fils
et lui montre tout ce qu’il fait.
Il lui montrera des œuvres plus grandes encore,
si bien que vous serez dans l’étonnement.
Comme le Père, en effet, relève les morts
et les fait vivre,
ainsi le Fils, lui aussi, fait vivre qui il veut.
Car le Père ne juge personne :
il a donné au Fils tout pouvoir pour juger,
afin que tous honorent le Fils comme ils honorent le Père.
Celui qui ne rend pas honneur au Fils
ne rend pas non plus honneur au Père, qui l’a envoyé.
Amen, amen, je vous le dis :
qui écoute ma parole
et croit en Celui qui m’a envoyé,
obtient la vie éternelle
et il échappe au jugement,
car déjà il passe de la mort à la vie.
Amen, amen, je vous le dis :
l’heure vient – et c’est maintenant –
où les morts entendront la voix du Fils de Dieu,
et ceux qui l’auront entendue vivront.
Comme le Père, en effet, a la vie en lui-même,
ainsi a-t-il donné au Fils d’avoir, lui aussi, la vie en lui-même ;
et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement,
parce qu’il est le Fils de l’homme.
Ne soyez pas étonnés ;
l’heure vient
où tous ceux qui sont dans les tombeaux
entendront sa voix ;
alors, ceux qui ont fait le bien sortiront
pour ressusciter et vivre,
ceux qui ont fait le mal,
pour ressusciter et être jugés.
Moi, je ne peux rien faire de moi-même ;
je rends mon jugement d’après ce que j’entends,
et mon jugement est juste,
parce que je ne cherche pas à faire ma volonté,
mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – L’inventeur de l’œuvre d’amour
Chacun veut réussir sa vie. C’est bien naturel ! Autant qu’il le peut, chacun fait effort pour accomplir sa vie. Comme le dit le philosophe Spinoza : « Chaque chose (…) s’efforce de persévérer dans son être. » (1) La vie naturelle, que l’homme partage avec les plantes et les animaux, s’élance dans un tâtonnement pour vivre mieux et vivre plus. Chaque petit insecte guette la moindre parcelle de vie à conquérir.
Dans cet évangile, Jésus révèle une autre dimension de notre vie : le Fils nous apprend que notre vie vient de Dieu et se déroule en Dieu. Premièrement, l’élan naturel n’est plus notre unique horizon, puisque notre vie, tout en étant naturelle, est divine. Deuxièmement, cette vie divine est une relation à l’intérieur même de la vie divine qui se partage entre le Père, le Fils et l’Esprit.
Le christianisme a valorisé la notion de travail qui était dévaluée dans l’Antiquité. Le travail renvoie à la peine de celui qui lutte contre la matière. Comme Saint Joseph qui Lui servit de modèle, Jésus n’a pas craint d’être un travailleur manuel. En effet, l’artisan introduit dans le bois ou dans la pierre les conceptions de son esprit (2). Pour travailler, il faut de la suite dans les idées et une main experte qui inscrive ces idées dans la matière ! Le travail indique le labeur obstiné de celui qui mène à bien un projet à travers les obstacles : Jésus comme prédicateur a sillonné la Terre Promise pour la labourer de ses enseignements. Le travail du Fils engendre une fécondité ; Dieu travaille le monde à la manière d’un ferment. Il inscrit son empreinte trinitaire dans le monde en suscitant des relations d’amour entre les personnes. Le travail de Dieu fait se lever des personnes reliées entre elles dans une communauté. L’Évangile de Jean approfondit l’incarnation de l’Esprit divin dans le monde : « Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi, je suis à l’œuvre. » Le mot « œuvre » (3) met en valeur l’activité spécifique qui accomplit l’être d’une personne.
Cette œuvre se manifeste dans la relation du Père et du Fils dans l’Esprit qui unit. Cette œuvre divine est une contemplation : le Fils « fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ». Cette vision du Père est un acte d’amour : « le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait ». La circulation d’amour entre le Père et le Fils dans l’Esprit est une relation entre des personnes dont la richesse créatrice illumine le monde. Le Dieu Trinité n’est pas une idée, ni une abstraction, mais une réalité spirituelle active dans notre monde. Les auditeurs de Jésus comprirent exactement la portée de Ses paroles. Si Jésus est l’œuvre du Père, c’est que Dieu vit en Lui et qu’Il est agissant dans le monde. Ainsi, reprochant à Jésus de Se présenter comme le médiateur et le sauveur, Ses adversaires cherchaient à Le tuer parce qu’« il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu. » Selon le christianisme, le Dieu transcendant introduit dans le monde une relation vivante entre des personnes qui s’aiment ! Telle est la vie la plus profonde qui soutient le monde. Le christianisme a diffusé dans le monde la notion de « personne » que les croyants ont reçu du Dieu personnel.
Dans la réalité matérielle la plus concrète, l’œuvre révèle la personnalité de son auteur. Ainsi, Jésus est l’œuvre du Père dans le monde. La Parole de Jésus est une œuvre, car elle agit, transforme, pousse le monde à la métamorphose. « La parole donne la vie et exerce un jugement ; à ce titre, elle est un aspect de la mission que Jésus doit accomplir. Mais cette mission est une action ; elle agit sur le réel ; elle modifie les conditions de la vie ; elle fait entrer dans le vécu des hommes la volonté de Dieu qui est la vie. » (4)
De toute éternité, le Père engendre le Fils et leur union, non-possessive et gratuite, est une personne divine, c’est l’Esprit. Cette abondance divine, le Fils l’incarne dans notre monde terrestre. L’Esprit nous engendre à notre propre profondeur. Il fait lever en nous une inventivité pour vivre une œuvre d’unité et d’amour.
« L’Évangile de Jean présente Jésus comme l’inventeur de l’œuvre d’amour. (…) Jésus invente, toute proche de l’œuvre d’art par sa gratuité, par son souci de qualité, par son ambition de sauver l’homme et par son accès à l’éternité, l’œuvre d’amour. Après Jésus et à sa suite, ceux qui s’attachent à lui sont à leur tour poètes et artisans de l’amour, créateurs de communion et de communauté, créateurs de vie nouvelle et divine sur la terre, producteurs de paroles et d’actes inspirés qui changent la vie.
A ce titre, les croyants contribuent de manière originale et spécifique, souvent scandaleuse et insupportable, parfois prophétique et sublime, à l’ensemble de l’activité humaine. On pourrait dire à la limite : si Dieu est présent et agissant dans le monde, si Dieu est bienfaisant, si Dieu existe aujourd’hui, c’est dans la mesure où des hommes, à la suite de Jésus, accomplissent l’œuvre de Dieu, œuvre d’amour et de vie. » (5)
Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr
Notes :
(1) SPINOZA (XVII°s) dans Éthique Livre III, Proposition VI.
(2) Le mot grec « tektôn » désigne en Mt 13,55 et Mc 6,3 l’artisan du bois ou de la pierre.
(3) Il s’agit du verbe grec « ergazomai ».
(4) Faire l’œuvre de Dieu, Francis GROB, PUF, 1986, (p.8).
(5) Faire l’œuvre de Dieu, Francis GROB, PUF, 1986, (p.10-11).
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