« Donne-moi à boire » (Jn 4, 7), cette demande de Jésus à la samaritaine me poursuit, spécialement dans le contexte de ce monde où la folie impérialiste a repris de la vigueur. Devant cette quête de domination, de pouvoir, de possession du territoire et de la richesse d’autres pays…, j’entends ces humbles mots. Et je me dis, et si, tous, nous pouvions les entendre. Oui, qu’arriverait-il si nous nous mettions à entendre ces paroles humaines et divines d’un fils d’homme et d’un Fils de Dieu ?

Ce « j’ai soif » (Jn 19, 28) n’ouvrirait-il pas en nous cet espace, oublié, où pourrait jaillir la vie éternelle ? Un espace où l’autre pourrait exister et avoir une place en nous ? Mais, si nous ne redécouvrons pas en nous cet espace pour que l’A(a)utre nous habite, combien d’enfant, de femmes et d’hommes mourront, morts de haine, morts à leur humanité, morts à la vie, morts avant d’être… ? Ne faut-il pas prendre conscience, dans la foulée du « donne-moi à boire », que, sans nous, sans notre soif du don de l’A(a)utre à chacun.e PARTAGÉ.E, le cœur de la planète va continuer à s’assécher ?

 Le monde se meurt parce que nous n’avons plus soif des autres, plus conscience que nous ne pouvons grandir en humanité, croître, déployer notre identité… sans les autres. Nous tuons, nous détruisons, nous rêvons d’un nouvel ordre mondial idéologique, nous cherchons à nous enrichir, nous ne pensons qu’à nous… et ne voyons plus l’A(a)utre qui est à nos côtés. Notre sœur ou notre frère humain ne vaut plus rien, sinon un intérêt passager en vue du rendement boursier. Dans de nombreux pays, nous tuons et emprisonnons au nom de l’augmentation ou du maintien de notre budget.

 Mais, si au lieu de ces horreurs diaboliques, nous disions :

Donne-moi à boire, car je voudrais te connaître.
Donne-moi à boire, car tu portes une dignité et une valeur extraordinaire.
Donne-moi à boire, car je suis pauvre sans toi.
Donne-moi à boire, car je suis perdu sans toi.
Donne-moi à boire, car je ne peux devenir moi-même sans toi.
Donne-moi à boire, car je ne peux naître à ma différence sans t’accueillir dans la tienne.
Donne-moi à boire, car si je te tue, c’est moi qui meurs.
Donne-moi à boire, car si je n’ouvre cet espace d’amour en moi, c’est l’amour que je ne connaîtrai jamais.
Donne-moi à boire, car si je te blesse, c’est moi et Dieu que je crucifie.
Donne-moi à boire, car ta vie porte un don de Dieu unique qui me révèle Dieu et le don même de Dieu que je suis.
Donne-moi à boire, car il faut arrêter la guerre et retrouver la vie qui jaillit en vie éternelle.

Donne-toi à boire mon Dieu, car, sans Toi, nous ignorons le chemin de la Vie !

 

Stéfan Thériault – stheriault@lepelerin.org

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