No 140 – série 2025-2026

Évangile du vendredi 6 février 2026 – 4ème Semaine du Temps Ordinaire

« Celui que j’ai fait décapiter, Jean, le voilà ressuscité ! » (Mc 6, 14-29)

En ce temps-là,
    comme le nom de Jésus devenait célèbre,
le roi Hérode en entendit parler.
On disait :
« C’est Jean, celui qui baptisait :
il est ressuscité d’entre les morts,
et voilà pourquoi des miracles se réalisent par lui. »
    Certains disaient :
« C’est le prophète Élie. »
D’autres disaient encore :
« C’est un prophète comme ceux de jadis. »
    Hérode entendait ces propos et disait :
« Celui que j’ai fait décapiter, Jean,
le voilà ressuscité ! »
    Car c’était lui, Hérode, qui avait donné l’ordre d’arrêter Jean
et de l’enchaîner dans la prison,
à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe,
que lui-même avait prise pour épouse.
    En effet, Jean lui disait :
« Tu n’as pas le droit
de prendre la femme de ton frère. »
    Hérodiade en voulait donc à Jean,
et elle cherchait à le faire mourir.
Mais elle n’y arrivait pas
            parce que Hérode avait peur de Jean :
il savait que c’était un homme juste et saint,
et il le protégeait ;
quand il l’avait entendu, il était très embarrassé ;
cependant il l’écoutait avec plaisir.
    Or, une occasion favorable se présenta
quand, le jour de son anniversaire,
Hérode fit un dîner pour ses dignitaires,
pour les chefs de l’armée et pour les notables de la Galilée.
    La fille d’Hérodiade fit son entrée et dansa.
Elle plut à Hérode et à ses convives.
Le roi dit à la jeune fille :
« Demande-moi ce que tu veux,
et je te le donnerai. »
    Et il lui fit ce serment :
« Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai,
même si c’est la moitié de mon royaume. »
    Elle sortit alors pour dire à sa mère :
« Qu’est-ce que je vais demander ? »
Hérodiade répondit :
« La tête de Jean, celui qui baptise. »
    Aussitôt la jeune fille s’empressa de retourner auprès du roi,
et lui fit cette demande :
« Je veux que, tout de suite,
tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. »
    Le roi fut vivement contrarié ;
mais à cause du serment et des convives,
il ne voulut pas lui opposer un refus.
    Aussitôt il envoya un garde
avec l’ordre d’apporter la tête de Jean.
Le garde s’en alla décapiter Jean dans la prison.
    Il apporta la tête sur un plat,
la donna à la jeune fille,
et la jeune fille la donna à sa mère.

    Ayant appris cela,
les disciples de Jean vinrent prendre son corps
et le déposèrent dans un tombeau.

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Quand la vérité dérange le pouvoir

Le bruit court : « Jésus, c’est Jean-Baptiste qui est ressuscité ! ». Hérode, troublé, écoute ces rumeurs avec angoisse. Ce n’est pas de la curiosité, mais de la culpabilité qui le saisit. Il connaît trop bien ce que signifie “Jean ressuscité” : un retour de la vérité qu’il a tenté d’enterrer. La mort de Jean n’a pas effacé sa voix : elle la rend plus présente encore.

Ce passage révèle une dynamique tragique : le pouvoir, menacé par la vérité, répond par la violence. Hérode, déjà responsable du massacre des Innocents (Mt 2,16), a déjà choisi la terreur pour préserver son trône. Lorsque Jean le confronte sur son mariage illégitime, il ne dialogue pas : il emprisonne, puis tue. Le pouvoir, aux pieds d’argile, hier comme aujourd’hui, ne tolère pas la parole qui le juge. Il bâillonne, il élimine. Comme le chantait Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité doit être exécuté. »

Mais Jésus, lui, ne répond pas à la rumeur par la peur. Il interroge ses disciples : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » (Mc 8,27). Pierre répond : « Tu es le Christ. » La foi n’est pas une rumeur ; c’est une rencontre personnelle, une adhésion qui transforme la vie. Hérode, lui, reste prisonnier de sa peur et de ses crimes. Il ne peut croire en une résurrection, car il ne croit plus en la miséricorde. Il ne voit en Jésus qu’une menace, non une grâce.

Ce récit m’interpelle, comme ces jeunes musulmans que je croise dans les coursives de la prison, et qui me demandent : « Et qui est Jésus pour toi ? un prophète ou plus qu’un prophète ? ». Comment puis-je les aider à passer de la rumeur à la foi ? Pas par des arguments, mais par l’écoute, par la confiance, par l’accompagnement dans le silence et la prière. La question n’est pas intellectuelle, mais existentielle. Elle demande un espace de liberté, un lieu où la vérité peut se dévoiler sans violence.

Dans ce texte, la vérité est dangereuse pour le pouvoir, mais libératrice pour l’âme. Jean est mort, mais sa parole vit. Jésus, lui, est vivant, et il appelle chacun à une foi vivante, qui donne sens et direction à la vie. Hérode, lui, n’a pas osé se confronter à sa propre vérité. Il a préféré la tuer.

A l’inverse, dans mes rencontres, je veille à créer des espaces où la vérité peut se dire, où la culpabilité peut être accueillie, où la foi peut naître, non par la peur, mais par l’amour. Si je me mets à l’écoute de l’autre, que j’essaie d’accueillir la vérité de l’autre, même quand elle me dérange, même quand elle fait peur, alors la parole de Dieu peut renaître, comme Jean, comme Jésus, et transformer une vie.

Sr Marie-Emmanuel Raffenel, OP – raffenel@gmail.com



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