No 110 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 7 janvier 2026 – Temps de Noël après l’Épiphanie

« Ils le virent marcher sur la mer » (Mc 6, 45-52)

Aussitôt après avoir nourri les cinq mille hommes,
Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque
et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde,
pendant que lui-même renvoyait la foule.
Quand il les eut congédiés,
il s’en alla sur la montagne pour prier.
Le soir venu, la barque était au milieu de la mer
et lui, tout seul, à terre.
Voyant qu’ils peinaient à ramer,
car le vent leur était contraire,
il vient à eux vers la fin de la nuit
en marchant sur la mer,
et il voulait les dépasser.
En le voyant marcher sur la mer,
les disciples pensèrent que c’était un fantôme
et ils se mirent à pousser des cris.
Tous, en effet, l’avaient vu et ils étaient bouleversés.
Mais aussitôt Jésus parla avec eux et leur dit :
« Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! »
Il monta ensuite avec eux dans la barque
et le vent tomba ;
et en eux-mêmes
ils étaient au comble de la stupeur,
car ils n’avaient rien compris au sujet des pains :
leur cœur était endurci.

Méditation – Au creux de Ton Être, « je suis »

Seigneur, Tu m’as embarqué dans l’existence. C’est Toi qui, à ma naissance, m’as dit de « monter dans la barque » que serait le monde pour moi. Sur la montagne où Tu pries, Ta pensée qui traverse le temps m’accompagne. Dans Ta vision qui englobe la Création, Tu me choisis (Eph 1,4) de toujours à toujours. Tu m’as demandé d’aller « sur l’autre rive », de pratiquer cette traversée où j’apprendrais à aimer, à croire et à espérer. Tu m’as demandé de courir sur le terrain et de me jeter dans la mêlée ! Et Toi, Tu viens vers nous « vers la fin de la nuit ». Tu portes le maillot de notre humanité et Tu fais partie de notre équipe.

Mon doux Seigneur, si souvent quand mes assurances s’effondrent, je perds pieds ! Dès que les vents contraires s’acharnent et que l’eau me monte à la gorge, je m’enfonce…. Combien de fois mes idées les plus éprouvées fondent-elles comme neige au soleil ? À la place de mes pensées, une petite flaque s’étale qui bien vite s’évapore. Mon courage lui aussi se volatilise…

Tu es surprenant Seigneur ! Qui trouve que la mer est un champ favorable pour planter ? C’est Toi Seigneur ! Car, Tu oses dire à l’arbre de l’impossible fécondité : « Déracine-toi et va te planter dans la mer » (Lc 17,6). Qui donc trouve que la mer est un chemin où marcher ? C’est Toi, Seigneur ! « Par la mer passait ton chemin, tes sentiers, par les eaux profondes. » (Ps 76,20). Par l’océan de mon angoisse, Tu fais passer Ton chemin. Tu es surprenant Seigneur et je ne me laisse pas surprendre…

Seigneur, là où Tu poses les pieds, Tu affermis un sol qui devient praticable. Ta vérité n’est pas une leçon à réciter. Ta vérité, je la remarque par le sol solide qu’elle affermit sous mes pas. Ta vérité, c’est ce qui résiste. Encore faut-il que je m’élance avec audace dans l’action pour que je sente la fermeté de Ta vérité ! Combien de fois je reste sur le bord pour vérifier la température de l’eau ! Combien de fois je préfère discuter sur Ta vérité au lieu de la vivre ! Et pourtant, Ta vérité fournit un point d’appui quand je chancèle. Tu es dans la vie qui bouge. Tu es dans les paquets de mer qui bousculent, alors que je préfère T’imaginer dans la niche creusée dans le mur d’une église comme si Tu étais une statue de plâtre !

Parfois, je trouve une opinion sur laquelle m’appuyer. Comme les ours blancs qui s’avancent sur la banquise, je ne crains plus la mer. Calé par l’épaisse couche gelée sous mes pas, j’avance accroché à mes convictions. Pourtant, comme les ours blancs, j’ai souvent de vilaines surprises : sous un soleil trop ardent qui réchauffe le pôle, un morceau de banquise se détache et enferme l’ours blanc sur une île de glace qui se perd en mer. La banquise fracturée dérive. Alors, je marche sur ma certitude, mais cette certitude n’est plus rattachée à rien… Mais elle flotte et vagabonde dans l’océan… Liquéfié avec la glace qui s’échauffe, j’ai peur. Je te vois passer devant moi… Toi le Vivant ! Et je ne vois qu’« un fantôme » !

Lorsque Tu déclares : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! », tu ne pratiques pas un exercice pour regonfler ma bonne conscience en berne. Sur la tige de mon ego, rien de divin ne peut s’épanouir. Tu fais bien mieux ! Sur les flots de mes égarements, Tu prononces Ton Nom divin confié à Moïse : « Je suis » (Ex 3,14). Tu fais éclater Ta gloire (Ex 15,21) ! Tu Te fais reconnaître par le signe de la Présence : « Courage ! Je suis. » (traduction André Chouraqui). Comme un acide, ma peur dissout ce que je suis, qui s’égoutte comme une eau. Mais, Toi, Seigneur, Tu crois en moi. Tu me demandes de m’appuyer sur la confiance que, comme deux cales solides, Tu places sous mes pieds.

Tel est l’ordinaire miracle de vivre, ô maître de l’existence : Tu me conduis pour naître (Jn 3,6) ! L’horizon que Tu tends devant moi n’est pas celui de la mort, mais un « à venir » de naissance. Le « Je suis » que Tu prononces est le berceau où je me découvre. Ton regard me dit : « Je veux que tu vives ! » (Ez 16,6). Ta Parole est une nourriture à laquelle mon propre « je » reprend ses forces. Dans Ta confiance, « je » grandis en dignité. Devenu dense de Ta présence, je ne crains plus les flots fluctuants. Mon « je » est une écorce qui craque sous une puissante poussée de Vie. Je m’étonne de sentir en moi un « Je suis » plus vaste, un « Je suis » plus léger qui respire un air plus haut. Les racines de Ton Être, Seigneur, plongent en moi pour que je croisse à Ta dimension. Prodige incroyable ! Quelle est cette plante sauvage greffée sur le tronc d’un arbre noble pour en acquérir la vigueur (Rm 11,24) ? C’est la merveille que je suis (Ps 138,18) ! Dans le creux (Ex 33,22) de ton « Je suis » divin, je nais à une gloire plus lumineuse. « Au comble de la stupeur » et n’ayant « rien compris » de ce mystère, « je » me découvre « participant de la nature divine » (2 P 1,4) et porteur du Christ (Ga 2,20) !

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr



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