No 152 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 18 février 2026 – Mercredi des Cendres

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6,1-6.16-18)

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Ce que vous faites pour devenir des justes,
évitez de l’accomplir devant les hommes
pour vous faire remarquer.
Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous
auprès de votre Père qui est aux cieux.

Ainsi, quand tu fais l’aumône,
ne fais pas sonner la trompette devant toi,
comme les hypocrites qui se donnent en spectacle
dans les synagogues et dans les rues,
pour obtenir la gloire qui vient des hommes.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l’aumône,
que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite,
afin que ton aumône reste dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

Et quand vous priez,
ne soyez pas comme les hypocrites :
ils aiment à se tenir debout
dans les synagogues et aux carrefours
pour bien se montrer aux hommes
quand ils prient.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu pries,
retire-toi dans ta pièce la plus retirée,
ferme la porte,
et prie ton Père qui est présent dans le secret ;
ton Père qui voit dans le secret
te le rendra.

Et quand vous jeûnez,
ne prenez pas un air abattu,
comme les hypocrites :
ils prennent une mine défaite
pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent.
Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes,
parfume-toi la tête et lave-toi le visage ;
ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes,
mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ;
ton Père qui voit au plus secret
te le rendra. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – C’est carême !

Un médecin du comportement, qui était un expert très savant et très reconnu, se penche sur le lit d’un malade.

— Ah… c’est sérieux…

Les yeux froncés, il reprend son stéthoscope qu’il applique de nouveau sur le cœur de son patient. Il respire profondément avec un air abattu  :

« — Un vilain cas ! Manifestement, vous avez développé une âme. Une âme ? C’est un vieux mot bizarre, depuis longtemps oublié. On dit encore quelquefois : “états d’âme”, “charge d’âmes”, “âme en peine”… Mais “une âme” tout court…

— C’est… très grave, ai-je balbutié.

— Inguérissable, à couper… Ciseaux. » (1)

— Mais, pourtant, docteur, je regarde Tik Tok tous les jours. Je scrolle sur Instagram. J’ai un compte Facebook. Depuis longtemps, je suis mes amis virtuels.

— C’est un bon début, répondit l’expert. Mais, il faudrait augmenter le temps de visionnage des vidéos de 9 secondes… ça diminue la capacité d’attention. C’est reconnu comme un remède efficace par l’Académie du Bon Comportement. C’est l’ABC de la vie moderne.

— C’est justement ce que je fais. Mais, j’avoue que… à la longue… c’est décevant… Je ressens le besoin d’autre chose… de quelque chose de plus nourrissant… J’aimerais trouver un sens à tout ça…

— Et bien voilà… nous y sommes… grommela l’expert qui se redressait. Trouver un « sens » ? Mais, c’est là le souci… Mais, c’est là le danger… Pourquoi ne pas vouloir être une « personne » ? Pourquoi ne pas vouloir être aimé ? Non, je vous le dis amicalement… c’est justement comme ça que ça commence l’expansion de cette tumeur qu’on nomme une « âme » : chercher le « sens » de sa vie, établir des relations profondes. Pourquoi ne pas chercher une « intériorité » ? Bon… quand on en est là… c’est le stade terminal. Heureusement, tu n’en es pas là…  

— Oui, ça fait peur…    

— J’ai un patient qui est en ce moment au stade terminal. Quel dommage ! C’était un ingénieur de talent… sorti major de l’École du Bon Comportement… Il en avait assez des salutations publiques et des médailles qu’il jugeait creuses et vides. Il était adepte d’un groupe qui faisait circuler un texte étrange faisant la promotion d’un espace secret… Je ne me souviens plus vraiment.  

— Ah oui… ça devait être ça la formule : « retire-toi dans ta pièce la plus retirée ». C’est la chambre secrète du cœur. Moi, aussi, j’ai lu ce texte qui passe sous le manteau. Un voisin m’a fait lire cette phrase. C’était touchant d’apprendre que j’avais un cœur et que je pouvais m’y retirer.

— Oui, c’est cette phrase qui a fait tant de mal à mon patient. Le pauvre, il est presque perdu maintenant. Je vous conseille d’oublier tout cela. Faudrait travailler un peu plus… Rien ne vaut l’œil luisant de son patron croisé dans l’ascenseur et qui décerne un compliment sur ton chiffre d’affaires…

— C’est vrai. Mais, vous croyez que ça suffit pour vivre ? Dans ce texte, il parlait d’une origine qui ouvre la vie sur l’amour. Il parlait d’un Père. Ça m’a touché.

— Je ne vous comprends plus, répliqua le médecin. De plus en plus de patients me disent cela. Pourtant, rien ne vaut une bonne promotion au supermarché ! Ça… c’est du lourd… on repart content.

L’expert fait voir son téléphone :

— Regardez ! Le patient en phase terminale m’a dit d’ouvrir mon cœur. J’ai même reçu ce texto que je ne comprends pas : « C K’r M »  

— Oui, c’est carême !

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Note : (1) Nous autres, (écrit en 1920-1921), de Evgueni Zamiatine (1884-1937), édition Acte sud, Coll Babel, traduction de Hélène Henry, (p.92-93).



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