No 145 – série 2025-2026

Évangile du mercredi 11 février 2026 – 5ème Semaine du Temps Ordinaire

« Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mc 7, 14-23)

En ce temps-là,
    appelant de nouveau la foule, Jésus lui disait :
« Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
    Rien de ce qui est extérieur à l’homme
et qui entre en lui
ne peut le rendre impur.
Mais ce qui sort de l’homme,
voilà ce qui rend l’homme impur. »

    Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison,
ses disciples l’interrogeaient sur cette parabole.
    Alors il leur dit :
« Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ?
Ne comprenez-vous pas
que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors,
ne peut pas le rendre impur,
    parce que cela n’entre pas dans son cœur,
mais dans son ventre, pour être éliminé ? »
C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.

    Il leur dit encore :
« Ce qui sort de l’homme,
c’est cela qui le rend impur.
    Car c’est du dedans, du cœur de l’homme,
que sortent les pensées perverses :
inconduites, vols, meurtres,
    adultères, cupidités, méchancetés,
fraude, débauche, envie,
diffamation, orgueil et démesure.
    Tout ce mal vient du dedans,
et rend l’homme impur. »

Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.

Méditation – Le cœur est un centre

La législation de Moïse entourait Israël d’interdits pour limiter les échanges avec les païens idolâtres. Comment être pur et rendre un culte à Dieu ? Tel était le problème. La solution avait été trouvée par les législateurs : hérisser autour d’Israël une clôture infranchissable qui protégerait dans le peuple une  conscience pure du Dieu Saint.

Mais, Jésus, qui mène à son achèvement cette Alliance, renverse la perspective lorsqu’Il ouvre le culte du Dieu Saint aux Nations. Jésus multiplie les contacts avec les païens. Dans un impensable renversement, le Dieu Saint, en Jésus, est venu contaminer par Sa pureté les impurs. Depuis que le Verbe de Dieu est passé du secret du Père à notre monde, depuis qu’Il s’est Lui-même extériorisé, l’extérieur est pur.

Mais le dedans ? Mais le cœur ? Mais l’intention profonde qui irrigue l’être ?

Jésus achève la Loi en l’orientant toute entière vers l’amour. Comme l’écrivait le Livre des Proverbes, « comme le creuset pour l’argent, et le fourneau pour l’or, le Seigneur éprouve les cœurs. » (Pr 17,3). Où Jésus trouve-t-il ce creuset ? Ce n’est certes pas dans le four du forgeron… Le creuset qui éprouve la foi se trouve dans le centre de l’homme, dans la forge intime des intentions, c’est-à-dire dans son cœur.

Que Jésus mette en valeur la dimension cordiale de notre être bouleverse nos habitudes superficielles et nos négligences ! Comme l’écrivait le Pape François : « Lorsque nous sommes tentés de naviguer en surface, de vivre à la hâte sans savoir pourquoi, de nous transformer en consommateurs insatiables, asservis au rouage d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence, nous devons redécouvrir l’importance du cœur. » (1) La Bible « nous parle ainsi d’un centre, le cœur, qui se trouve derrière toute apparence, même derrière les pensées superficielles qui nous trompent. » (1) Accompagnés de la Parole de Jésus, les disciples d’Emmaüs ont vécu cette descente dans le cœur : « notre cœur n’était-il pas tout brûlant au dedans de nous quand il nous parlait en chemin ? » (Lc 24,32). Ce point central, Jésus le réveille comme la source de notre être : « Par-dessus tout, veille sur ton cœur, c’est de lui que jaillit la vie. » (Pr 4,23). C’est pourquoi, vivre du cœur est une invitation à relire son existence : « Au lieu de rechercher des satisfactions superficielles et de jouer un rôle devant les autres, il vaut mieux laisser surgir les questions décisives : qui suis-je vraiment ? Qu’est-ce que je cherche ? Quel sens je veux donner à ma vie à mes choix à mes actions ? » (1)

S’éloigner du cœur en déclarant qu’il n’existe pas est une tentation qui permet de vivre à côté de soi-même. Écraser le cœur et galoper à travers les illusions d’un monde qui assèche toute vie… n’est-ce pas le rêve de réussite d’un monde sans Dieu ? Beaucoup de personnages de films ou de séries n’ont pas de cœur ! Froids et distants, ils traversent les relations sans s’y engager. Ils vivent dans notre monde comme s’ils étaient retirés derrière une vitre. La partie la plus intime de ces hommes qui se prétendent puissants s’est vidée. Ils ne se laissent pas attendrir pour ne pas dépendre des autres qu’ils préfèrent manipuler comme des pions.

Avec le Pape François, méditons cette identification du cœur avec le centre vivant de la relation : « En définitive, on pourrait dire que je suis mon cœur, car c’est lui qui me distingue, me façonne dans mon identité spirituelle et me met en communion avec les autres. » (1).

Pour celui qui oublie le cœur et ne se confie qu’à la pensée, tout peut devenir un concept…  une pure idée ou un simple calcul sur un tableau d’ordinateur… La jeune Etty Hillesum, si brillante, se méfiait de la capacité de généralisation et d’abstraction qui vient avec l’intelligence : « Tu ne dois pas vivre de façon cérébrale, mais puiser à des sources plus profondes, plus éternelles. Cela ne doit pas t’empêcher d’être reconnaissante pour ton intelligence, qui est un instrument précieux pour examiner et approfondir les questions qui surgissent de ton âme » (2) Pour un être unifié, l’intelligence est magnifiée par son contact avec le cœur, elle devient une intuition du réel.

Dans l’atmosphère lugubre d’un matin de 1943, dans une Amsterdam quadrillée par les persécutions nazies, le jeune Jan Bool s’emporte contre la méchanceté humaine. L’Occupation de la ville donnait de trop nombreux exemples de brutalités.

Jan tourne son visage vers Etty qui est à ses côtés et demande d’un ton amer :  « Qu’a donc l’homme à vouloir détruire ainsi ses semblables ? »

Etty Hillesum lui répond : « Les hommes, les hommes, n’oublie pas que tu en es un. »

Jan, plutôt bougon d’habitude, en convient. Il fait partie des hommes. La généralisation a inventé un groupe abstrait nommé « homme » auquel Jan attribuait tous les maux, tout en se sentant différent de ce groupe.

Etty poursuit son idée :  « Et la saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d’autre solution, vraiment aucune autre solution que de rentrer en soi-même et d’extirper de son âme toute cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. L’unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-mêmes et pas ailleurs. » (3)

Seigneur Jésus, aide-moi à ôter de moi-même ce que je reproche aux autres.

La lâcheté que je méprise chez les autres, l’hypocrisie que je remarque…

Aide-moi à la corriger par la douceur de Ta lumière et de Ton amour.

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteeck@wanadoo.fr

Notes :

(1) Pape François, Dilexit nos, Il nous a aimés.
(2) Etty Hillesum, Journal, 7 octobre 1941.
(3) Etty Hillesum, Une vie bouleversée, 1943, (p.102).



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