No 132 – série 2025-2026
Évangile du jeudi 29 janvier 2026 – 3e semaine du temps ordinaire
« La lampe est apportée pour être mise sur le lampadaire. La mesure que vous utilisez sera utilisée pour vous » (Mc 4, 21-25)
En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Est-ce que la lampe est apportée pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? Car rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir à la clarté. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
Il leur disait encore : « Faites attention à ce que vous entendez ! La mesure que vous utilisez sera utilisée aussi pour vous, et il vous sera donné encore plus. Car celui qui a, on lui donnera ; celui qui n’a pas, on lui enlèvera même ce qu’il a. »
Texte d’Évangile tiré du Prions en Église. S’abonner au Prions.
Méditation – 1143 lueurs
La Parole de ce matin atterrit au milieu de ma tablée entourée d’adolescents et de jeunes adultes allumés. Tous et toutes devisent sur l’avenir, le leur, celui qui recevra leur appel, s’inscrira dans leur mission si singulière et si unique. Confiants malgré le chaos de ce monde si peu accueillant, deux d’entre eux souhaitent que leur métier les extirpe de l’impuissance ambiante et devienne empreinte de bonté pour ce monde. J’en étais à cet émerveillement : faire fructifier les talents donnés, mettre sous le lampadaire cette vie lumineuse afin qu’elle brille et nous éclaire les uns les autres. Je les contemplais ainsi lorsque l’un d’eux, le plus jeune de mes fils, refusa de se prêter au jeu. Qu’adviendra-t-il ? Aucune idée, haussement d’épaule, l’air nonchalant si typique des adolescents. Puis, devant le silence insistant, il confirme la peur. Celle-là même qui se drape si souvent de cette indolence fabriquée à l’aide de lambeaux d’angoisse : « Je ne veux juste pas finir seul ».
Finir seul… D’abord « finir ». Dans la bouche de la jeunesse québécoise, « finir » signifie se retrouver quelque part entre aboutir et éteindre. Comme une lampe mise sous un lit au fond d’une chambre plongée dans une nuit gardée par la porte que l’on tient bien fermée. La flamme vacillante n’est ni vue ni entendue ni reconnue malgré sa chaleur, son éclat et son intensité. L’affirmation si vraie et poignante d’un enfant de 13 ans qui a peur de finir seul, c’est-à-dire isolé jusqu’à s’éteindre est une vérité sociale que personne ne veut voir. Une enquête intitulée La solitude au Canada révèle que chez les 15 à 24 ans, une jeune personne sur quatre se sent souvent ou toujours seule. Dans ce pays riche et accueillant, le vivre-ensemble se révèle un vivre ensemble seuls.
Sa sœur, si rationnelle, tente de le rassurer en lui rappelant qu’il est bien entouré avec sa famille, ses amis. Mais cet entourage reçoit-il vraiment son éclairage ? Tenons-nous la porte bien fermée ou nous efforçons-nous de mettre l’espérance que nous leur portons sur le lampadaire ? N’est-ce pas là une responsabilité partagée ? Son frère aîné tente à son tour de le consoler en l’informant que chaque année plusieurs dépouilles ne sont pas réclamées. Ça pourrait être encore pire! Ces vies qui se tarissent sur le trottoir, au creux de la précarité vorace ou dans la violence d’un milieu mortifère. En 2023, au Québec, ce fut 1143 corps qui ne furent pas réclamés (La Presse, 26 janvier 2026). 1143 lueurs éteintes dans l’indifférence démesurée. 1143 vies mises sous le boisseau, ce contenant cylindrique servant à mesurer du blé, du charbon, du sel. 1143 vies sans valeur, emportées dans l’isolement le plus complet. Malgré le dessert appétissant, l’atmosphère de la tablée était solidement plombée.
S’engager dans la mission, répondre à sa mission, n’est-ce pas déjà porter l’espérance pour l’autre et le monde ? N’est-ce pas là le sens profond de cette vie qui tire sa lumière de Son espérance pour nous et qui nous est confiée ? Une espérance que l’on ne peut garder pour soi pour ne pas penser à finir seul. Car celui qui a l’espérance, la vie se donnera à lui par autrui et grâce à la communauté; celui qui n’a pas d’espérance, la vie s’enlèvera, s’éteindra sous le poids de l’isolement et de l’indifférence. Entourée de ces jeunes personnes qui goûtent déjà le zèle de la mission, je rends grâce, puisqu’ils portent aussi mon espérance, celle du plus jeune, et celle de notre monde.
Barbara Martel – bmartel@lepelerin.org
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