No 18 – série 2026-2027

Évangile du jeudi 24 septembre 2026 – 25ème Semaine du Temps Ordinaire

« Jean, je l’ai fait décapiter. Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? » (Lc 9, 7-9)

En ce temps-là,
    Hérode, qui était au pouvoir en Galilée,
entendit parler de tout ce qui se passait
et il ne savait que penser.
En effet, certains disaient que Jean le Baptiste
était ressuscité d’entre les morts.
    D’autres disaient :
« C’est le prophète Élie qui est apparu. »
D’autres encore :
« C’est un prophète d’autrefois qui est ressuscité. »
    Quant à Hérode, il disait :
« Jean, je l’ai fait décapiter.
Mais qui est cet homme dont j’entends dire de telles choses ? »
Et il cherchait à le voir.

Méditation – La fermeture de coeur

Que représente Hérode ? Hérode n’est-ce pas l’âme qui dégringole de désespoir en angoisse en se raccrochant à des illusions ? Comme lui, bien souvent, à la foi, nous préférons la frénésie. Nous délaissons l’amour pour le contrôle. Et alors… l’espérance se ferme comme une porte qui claque dans un vent glacé.

Nous abritons tous un Hérode dans notre âme. Un petit Hérode qui sommeille… ou un gros Hérode au ventre lourd qui arrondit son oeil cruel. Comment une âme en vient-elle à éteindre la vie divine ? Comment s’endort-elle dans l’indifférence ? Face à l’assèchement du coeur, cette page d’évangile sonne comme un avertissement.     

Hérode Antipas II (1), dont il est question ici, répudia sa première femme (2) pour épouser Hérodiade, qui était sa propre nièce, c’est-à-dire la fille de son demi-frère (3). Cette femme, Hérodiade, était la petite-fille d’Hérode le Grand, père d’Hérode Antipas II dont nous parlons. Hérodiade, seconde femme d’Hérode, était la femme de son demi-frère (4) qu’elle quitta de son vivant, ce qui fit scandale. Jean le Baptiste dénonça publiquement ce remariage incestueux. En réponse, Hérode Antipas II fit couper la tête du Baptiste.

Hérode alla aussi loin que possible dans la manipulation. Mensonge et domination enduisirent son âme d’une couche si épaisse qu’il se rendit étanche à la grâce. « Hérode, qui était au pouvoir en Galilée » contrôlait son entourage. Pour déjouer les complots, il déplaçait les personnes comme des pions. Sur son échiquier, il éliminait l’un, ou poussait un autre dans les honneurs. Il tordait les lois selon la courbure de ses intérêts. 

Soudain, un salut émergea en Palestine ! Sillonnant les routes, Jésus manifestait publiquement le don de Dieu. Quelle fut la réaction d’Hérode ? « Hérode (…) entendit parler de tout ce qui se passait et il ne savait que penser ». Lorsqu’il qui entendit parler du mouvement des foules soulevées par Jésus, Hérode prit peur.

« Certains disaient que Jean le Baptiste était ressuscité d’entre les morts. » Voilà ce que nous dit cette page d’évangile. Comme c’est étrange ! Pourquoi évoquer un retour de ce Juste après sa mort ? Pourquoi Hérode accordait-il tant de crédit à cette rumeur ? Pourquoi reliait-il la venue de Jésus à l’assassinat de Jean Baptiste ? Si Hérode avait peur, c’est parce que, selon la mentalité de l’époque, un Juste exécuté qui revenait à la vie possédait une puissance divine décuplée pour accomplir des miracles. « Le roi Hérode entendit parler de Jésus, dont le nom était devenu célèbre. On disait : “Jean le Baptiseur est ressuscité d’entre les morts, et c’est pour cela que des forces miraculeuses agissent par lui.” » (Mc 6,14). Jean Baptiste ne reviendrait-il pas de la mort pour se venger d’Hérode ?

Lorsque la foule commença à dire que Jean Baptiste était revenu sous les traits de Jésus, Hérode Antipas fut pris d’angoisse : sa mauvaise conscience et sa peur fusionnèrent dans une paranoïa. Hérode avait exécuté Jean par peur d’une révolte politique induite par son influence religieuse. Mais, cette élimination ne lui offrit aucun répit. Car, après la mort de Jean, le peuple vit dans la défaite militaire ultérieure d’Hérode une vengeance de Dieu pour ce meurtre. Flavius Josèphe, un historien antique, nous l’apprend : « Or, il y avait des Juifs pour penser que, si l’armée d’Hérode avait péri, c’était par la volonté divine et en juste vengeance de Jean surnommé Baptiste. En effet, Hérode l’avait fait tuer, quoique ce fût un homme de bien (…) » (5).

Cette page d’évangile sert de loupe pour voir à quel point les passions déréglées et l’obsession du contrôle déboussolent une vie. Ne nous croyons pas à l’abri en disant : « Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, rapaces, injustes, adultères » (Lc 18,11), car, sous l’habit du pharisien, ne serait-ce pas un petit Hérode qui risquerait de parler ?

Demandons à l’Esprit de nous éclairer… « La lumière de l’Esprit nous invite à découvrir que l’envie et la violence, la volonté de puissance et le besoin de se suffire sont, chez les fils d’Adam, une mer « harcelée par les vagues » (Mt 14,24), un gouffre prêt à les engloutir. Se vouloir au-dessus des autres, ressentir du dépit quand un proche réussit dans ses entreprises, du plaisir quand il échoue, ne jamais dire merci, refuser de dépendre en toutes choses de la bienveillance du Père (Mt 11,27), c’est l’œuvre du « péché qui habite en nous » (Rm 7,20), l’œuvre mortifère d’une voix de mensonge qui ne fait miroiter que des mirages. » (6)

Le grain qui tombe se durcit pour résister à l’eau de la grâce et à la possibilité de fructifier qu’offre la terre ! Osons regarder le petit Hérode que nous hébergeons comme un frère qui demande à être écouté et aimé. Que l’Esprit nous éclaire pour amener avec tendresse et détermination cet Hérode intérieur à la conversion !

Vincent REIFFSTECK – vincent.reiffsteck@wanadoo.fr

Notes :

  • Hérode I° le Grand (73 avant JC à 4 avant JC) fut roi de Judée. Sa réputation de cruauté s’appuie dans l’évangile sur le massacre des Innocents (Mt 2,16-18). Il se lance dans la reconstruction du Temple de Jérusalem. Cette page d’évangile montre son fils, Hérode Antipas II (21 avant JC à 39 après JC), tétrarque de Galilée et de Pérée.
  • la Nabatéenne Phasaélis, fille d’Arétas IV de Pétra.
  • Aristobule IV (né v. 35 av. J.-C., mort en 7 av. J.-C.) est le fils d’Hérode le Grand et de la princesse hasmonéenne Mariamne l’Hasmonéenne.
  • Hérode Boëthos appelé aussi Hérode Philippe Ier ou Hérode II est le fils d’Hérode le Grand et de Mariamne, la troisième femme d’Hérode, la fille du grand-prêtre Simon Boëthus.
  • Citation de l’historien juif antique Flavius Josèphe dans les Antiquités judaïques, (XVIII, V, 2), Traduction de G. Mathieu et L. Herrmann, édition Leroux, 1929.
  • Père Michel CORBIN, Louange et veille III, édition 2015, Cerf, Coll Patrimoines, p.257.



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